n°1180 mai 2006
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Actualité Gardes Toute une organisation !
Un contexte général et des caractéristiques locales contraignantes... l’organisation des gardes reste un casse-tête ! Passage en revue de situations hétérogènes.
Ce fut longtemps un binôme de rêve : le médecin de famille au chevet du malade, de nuit comme de jour (férié), et le pharmacien de garde à l’articulation médecin-patient. Las, le temps du sacerdoce est révolu... Pour organiser les tours de garde des pharmacies, il faut désormais tenir compte de l’aspiration de tous au temps libre, mais aussi intégrer la nouvelle donne que représente l’implantation des maisons médicales. Autre problème : la sécurité. Le filtrage par le commissariat n’est pas assuré partout – ou n’est pas souhaité. Enfin, l’orientation des patients est plus ou moins efficace, selon que l’on dispose, ou non, d’un système centralisé... Autant de facteurs qui entraînent des disparités énormes dans la fréquence des tours de garde et le volume des prescriptions.... Mais, de manière générale, force est de constater que c’est dans les régions à fort taux de syndicalisation, que l’organisation des gardes « roule » le mieux !

« Faire avec » les maisons médicales


« Avant, c’était le médecin qui se déplaçait, maintenant les patients se rendent à un point central », constate Alain Gaudefroy, président du Syndicat du Nord, évoquant les maisons médicales. « Celle de Lille, par exemple, joue un rôle attractif ; les pharmacies de garde proches sont submergées : elles voient entre 150 et 250 personnes, et cela pose des problèmes de stock. » Depuis deux ans, l’organisation des tours de garde dans le Nord est donc déstabilisée : la cartographie est à revoir. « En fait, il faudrait deux fois plus de confrères syndiqués », déplore Alain Gaudefroy. A Marseille également, l’existence des maisons médicales, mais aussi l’élargissement des secteurs de garde par les médecins, oblige à « re-synchroniser la dimension géographique des gardes de jour » de l’aveu de Thierry Desruelles, vice-président du syndicat des Bouchesdu- Rhône. Autre problème, récurrent à Marseille, celui des gardes sauvages du dimanche, qui déstabilisent l’organisation. « Nous avons écrit à la Drass pour qu’elle prenne ses responsabilités. »
En revanche, à Brest, dans le Finistère, la maison médicale, ouverte le dimanche entre 9 heures et 18 heures, ne pose pas de problèmes. Ici, avec 250 syndiqués pour 360 pharmaciens, « les gardes s’organisent facilement », se félicite le président du syndicat, Frédéric Guyader.

Quand le relief fait obstacle


Dans les montagnes pyrénéennes, l’organisation des gardes est toujours en discussion : le syndicat tente de calquer les secteurs sur celui des médecins. « Nous cherchons à créer des pôles avec au moins trois pharmaciens ; nous travaillons toujours en partenariat avec la CPAM », résume Robert Astuguevieille, co-président du syndicat. Et, en montagne, la situation est plus complexe encore, car il faut s’adapter à la saison touristique, comme à Saint-Lary par exemple ou à Lourdes. « Nous essayons de proposer des services haute saison. »
Dans les Alpes-de-Haute- Provence, l’un des plus grands départements de France et des moins peuplés, l’organisation des gardes se heurte à l’éloignement des pharmacies entre elles et à l’inaccessibilité de certaines vallées l’hiver. Aussi a-t-il fallu rattacher des pharmacies périurbaines à certains secteurs urbains. C'est dans les régions à fort taux de syndicalisation que l'organisation des gardes "roule" le mieux « Il y a dix secteurs de garde plus trois pharmacies orphelines, totalement isolées, qui sont de garde toutes les nuits. Un découpage géographique astucieux et la centralisation de l’information sont les clefs du succès », insiste Pierre Brémond. « Nous avons tenté l’expérience avec la structure Pharmagarde du Var, mais la Ddass l’a contestée parce que des personnes se sont plaint de la cherté de l’appel (un numéro en 0 800). Nous allons donc lui soumettre un cahier de charges afin d’obtenir des financements. » Aux dernières nouvelles, la Ddass a refusé de mettre les moyens, donc retour à l’ancien système avec affichage sur les portes. A suivre... Dans la Haute-Vienne, département peu dense et également difficile d’accès par endroits, la charge est répartie entre douze officines distantes au maximum de 15 kilomètres. Néanmoins, il est « difficile d’élargir les secteurs, malgré le souhait de certains confrères qui ne comprennent pas pourquoi, n’ayant pas de client, il faille rester d’astreinte la nuit, constate Jean Cathalifaud, président du syndicat. Mais c’est un service que nous devons à la population. »

Pharmagarde, une réussite née dans le Var

Il y a une quinzaine d’années, le syndicat du Var a été à l’origine de Pharmagarde, une association de pharmaciens, dont les cotisations et les appels payants permettaient de financer une opératrice. Ensuite, il a été mis en place un automate interactif. Selon l’endroit d’où elle appelle, la personne est orientée vers la pharmacie de garde la plus proche de son domicile. « Le temps d’attente est inférieur à deux minutes », précise Michel Perrier, président du syndicat du Var. Le système Pharmagarde a été étendu à d’autres départements, notamment le Vaucluse où « tout se passe bien », de l’aveu du président Roger Grebert, « sauf avec SOS Médecin qui ne veut pas payer les 30 centimes que coûte l’appel. Donc, je leur envoie la liste des pharmacies de garde par courrier. »

Bas-Rhin : une organisation exemplaire


Cas unique, sans doute : le nom des pharmacies de garde de Strasbourg est encore diffusé par voie de presse, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Ici, 108 officines se partagent les astreintes, au sein d’une organisation orchestrée par le syndicat. Quatre groupes de 27 officines se répartissent quatre secteurs géographiques du centre, de l’ouest, du sud et du nord de la ville et de sa périphérie. Pour la nuit, notamment : deux pharmacies assurent la tranche de 19 heures à 22 heures, et deux autres « veillent » de 19 heures à 9 heures du matin. « Nous prenons, en gros, une garde par mois : un mois sur deux jusqu’à 22 heures, un mois sur deux toute la nuit », commente Stéphane Robinet, pharmacien à Strasbourg. Et ce n’est pas le commissariat qui filtre : les clients sonnent. « Il a été question du passage par le commissariat, j’étais seul contre cette mesure, plaide-t-il. Le système tel qu’il existe donne une bonne image du pharmacien à la population, une image de disponibilité. » Sans compter qu’avoir son nom dans le journal, c’est un peu de publicité gratuite !

Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
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« Un moment où l’on fait de la vraie pharmacie »
En plein cœur de Marseille, la pharmacie de Castellane est l’une des cinq officines ouvertes la nuit. David Aïdan, le titulaire, est de garde une semaine par mois, du samedi au samedi. « Avant minuit, nous rendons service. C’est une heure, où l’on fait vraiment de la pharmacie. Les clients ont besoin de nous, la communication est plus douce. Jusqu’à 24 heures, nous sommes trois, j’en profite pour dynamiser mon équipe. » Ensuite, il est seul, et l’ambiance change. « Notre rôle est de plus en plus mince : le Samu fait ses consultations par téléphone, à moi d’adapter les galéniques. » Quant aux urgences, en général pédiatriques, elles ne satisfont pas notre interlocuteur. « Les urgentistes ne jouent pas le jeu de l’urgence complète ; ils prescrivent un seul produit et incitent à une consultation pédiatrique ultérieure. Donc, un double d’ordonnance. » De plus, les patients se retrouvent excédés d’avoir attendu pendant deux ou trois heures. Les quelques minutes d’attente supplémentaires devant les grilles de la pharmacie font déborder le vase. D’autant que, dans l’affolement, tous ne pensent pas à apporter leurs papiers. Sans parler de ceux qui refusent les génériques. « Le ton peut monter rapidement. » De minuit à 8 heures du matin, David Aïdan voit ainsi passer quatre à cinq urgences. Plus « des étrangers perdus dans la ville sans leur brosse à dents, des toxicomanes pour un steribox, des jeunes filles pour du Norlevo ou des tests de grossesse, ou une dame qui vient “d’avoir” des chiots et a besoin de tétine et de lait ! » Ce qu’il souhaiterait ? Organiser des tables rondes entre urgentistes et pharmaciens. A bon entendeur...