n°1180
mai 2006
Actualité
Prix de cession
Tensions à l'achat
La mouture 2005 des « prix de cession des pharmacies » d’Interfimo ne réserve pas de grandes surprises, mais quelques évolutions remarquables.
Comme les vins de garde, les prix de cession se bonifient avec les années. « Depuis 1999, alors que l’excédent brut d’exploitation progresse de près de 30 % en valeur (4,3 % par an), le prix de cession moyen augmente de près de 50 % sur la même période (6,7 % par an). » Une évidence qu’il est tout de même bon de rappeler : ce n’est pas parce que le pourcentage de prix de cession stagne que les prix de cession en font autant. 88 %, la moyenne nationale pour 2005, est un pourcentage du CA, et le CA, lui, augmente bel et bien largement au-delà de l’inflation. Certaines régions font toujours preuve d’un grand dynamisme, comme le Poitou-Charentes ou la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont la vigueur ne se dément pas au fil des années. Toujours sur le devant de la scène pour ses prix de cession extravagants, elle ne déroge pas à la règle en 2005. Il y a le ciel, le soleil et la mer... « C’est devenu une situation classique : dans le Midi, de nombreuses officines se vendent à 110 % ou 120 %, on retrouve cette situation au Pays basque et dans les Pays de Loire, dont les prix de cession ont augmenté de six points l’année dernière, pour atteindre 97 % », constate Christian Brémond, récemment nommé à la présidence du directoire d’Interfimo. Encore une fois, la région caracole également en tête des taux de rotation, avec 82 mutations pour 1000 officines. Largement devant le « challenger », la région Haute-Normandie, qui plafonne à 67 pour 1000. Autre particularité régionale, que Le Pharmacien de France n°1179 avait déjà relevé dans son dossier « Paris brûle-t-il ? », les prix de cession dans la capitale connaissent quelques soubresauts. Conséquences d’un marché francilien très dispersé où « une pharmacie sur cinq s’est négociée en dessous de 79 % [et] une pharmacie sur cinq s’est négociée à 100 % du chiffre d’affaires ou au-delà » (voir le tableau de bord en p.12). Un peu à l’image du pays tout entier.
Papys, plus tard
Au niveau national, « malgré un prix de cession moyen stable à 88 %, les disparités entre les régions sont grandes », analyse Christian Brémond. De son côté, le nombre de mutations se ralentit : il augmente de 3,5 % seulement cette année, alors que la progression était de 11 % l’année dernière. La retraite étant la principale cause de transmission, les récentes lois fiscales sur l’exonération des plus-values (voir dans Le Pharmacien de France n°1178, le dossier « Bercy qui ? ») ont poussé vers la retraite certains pharmaciens, A Paris, une pharmacie sur cinq s'est négociée en-dessous de 79 % qui ont saisi l’opportunité de se retirer dans de meilleures conditions financières. Le mouvement n’a pourtant pas l’ampleur de la lame de fond qu’on aurait pu attendre : « Les mesures d’exonération fiscale sur les plus-values n’ont pas entraîné pour le moment un mouvement de cessions important », avance le responsable d’Interfimo. Les anciens ont du mal à partir... et les jeunes qui veulent devenir titulaire ont plus de mal encore à se ménager une place. « Trop de candidats acquéreurs, principalement chez les jeunes, n’ont pas les apports personnels qui permettraient d’acheter des pharmacies importantes ou à potentiel de prix qu’en exigeaient les vendeurs. Compte tenu des prix élevés, l’installation des jeunes générations de pharmaciens peut devenir problématique. La création de Selas, a pu, dans certains cas, provoquer des distorsions importantes entre le «pharmacien investisseur» pouvant détenir jusqu’à 95 % du capital, et le jeune pharmacien qui s’installe et détient la majorité des droits de vote ; or, les dividendes du développement de l’activité ne reviennent pas à celui qui travaille et engage son diplôme. » En poussant le bouchon, on pourrait dire qu’une relation de type vassal à suzerain s’engage entre les deux partenaires. Problématique ? L’avenir le dira.
Tous en Sel !
Enfin, ça devient un poncif mais l’exploitation individuelle et la SNC se réduisent comme peau de chagrin. La première option reste le choix de seulement 34 % des acquéreurs, contre plus de 60 % en 2000, et la seconde fond de 23 % à 14 % dans la même période. « Les SEL qui représentent déjà 40 % des transactions deviendront d’autant plus un sujet épineux que la profession n’aura pas organisé son cadre d’exploitation. En effet, si rien n’évolue, la sortie des SEL deviendra fiscalement prohibitif, à cela s’ajoutera l’attitude des établissements prêteurs plus enclin à financer des fonds de commerce que des parts sociales », analyse Christian Brémond. En clair, ça va être plus dur d’obtenir un prêt. Le président d’Interfimo laisse également apparaître quelques inquiétudes au niveau macro-économique. « Le marché manque de stabilité, des officines à moins de 700 000 euros de CA se vendent à 60 % ou 70 % du CA, alors que d’autres se négocient beaucoup trop cher. J’espère que les pharmacies qui se vendent 120 % ou 130 % du CA possèdent un gros potentiel de développement. » Trop de candidats n'ont pas l'apport personnel qui permetttrait d'acheter des pharmacies importantes D’autant que les officines sont des entreprises pas tout à fait comme les autres. « Moi qui vient du secteur entreprise de LCL [ex Crédit Lyonnais, ndlr], je m’étonne que le prix des pharmacies soit calculé sur le chiffre d’affaires TTC. La valeur d’une entreprise, c’est le cash qu’elle dégage, en d’autres termes, c’est l’Excédent brut d’exploitation. » Interfimo définit ce dernier comme « le bénéfice avant déduction des frais financiers, des amortissements et des charges exceptionnelles ». En clair, c’est avec l’EBE que le pharmacien paie ses crédits et se verse un salaire. Si ce paramètre est moins utilisé que le chiffre d’affaires dans les transactions, il n’en pas moins important. « Un consensus s’établit pour considérer comme raisonnable un prix de cession compris entre 5 et 6 fois l’EBE. En 2005, le prix de cession moyen franchit très largement ce seuil et s’affiche à 7,7 fois l’EBE. » Le prix de nombreuses officines est donc surestimé par rapport à leur rentabilité : elles sont vendues trop cher. « Je pense que le marché ne peut pas continuer à augmenter indéfiniment, la raison voudrait que les prix baissent, le doublement des départs à la retraite d’ici à 2012 devrait aussi y contribuer, appuie Christian Brémond, la logique conduit donc à prévoir une baisse des prix. » Que sera, sera...
Laurent Simon
Photo Miguel Medina