n°1180 mai 2006
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Actualité Retraites "Pas le droit de nous tromper !"
Le Pharmacien de France a rencontré Bernard Lagneau, tout nouveau président de la Caisse d’assurance vieillesse des pharmaciens.
Quelles sont les particularités du régime vieillesse des pharmaciens ? Va-t-il tenir le choc démographique du « papy-boom » ?

Lorsque la retraite par capitalisation a été créée en 1962, il y avait encore quinze à vingt actifs pour un retraité. Personne ne pensait à l’époque que le paiement des retraites poserait un jour problème, ni que cet équilibre pourrait être rompu. Aujourd’hui, nous en sommes à 2,29 actifs pharmaciens pour un allocataire retraité. La situation est à peu près identique pour le régime général. Pire, en 2025, il n’y aura plus qu’un actif pour un retraité. Nous avons dû constituer des réserves en prévision : la décision a été prise il y a dix ans déjà, contrairement aux habitudes en matière de retraite par répartition. Grâce à ces dispositions courageuses, la CAVP peut compter sur six années de réserve, ce qui est énorme ! Quand la situation sera insupportable pour le versement des cotisations de ces retraités en nombre grandissant, nous piocherons dans nos réserves pour verser les allocations. Beaucoup de choses auront peut-être changé dans trente ans.

Les choses auront peut-être changé dans trente ans, mais ont-elles beaucoup évolué pour les pharmaciens depuis la création de la CAVP ?

Qui pouvait imaginer, il y a quarante ans que, l’exercice professionnel évoluerait aussi peu ? Les problèmes de l’époque sont les mêmes qu’aujourd’hui : la pharmacie d’officine reste la pharmacie d’officine. Le titulariat indépendant se maintient, la loi de répartition tient toujours. Ce n’est pas pour autant que nous devons nous priver de faire de la prospective, car la profession évolue tout de même, par petites touches. Une pharmacie cédée aujourd’hui par un titulaire seul qui part à la retraite, l’est souvent à deux titulaires plus jeunes. Pour des chiffres d’affaires supérieurs à un million d’euros, c’est ce que nous constatons. Avec pour effet d’augmenter le nombre de nos cotisants, puisque je vous rappelle que l’affiliation est obligatoire.

Comment se gère une caisse d’assurance vieillesse ? Avec une boule de cristal ?

Il faut avoir en tête la théorie du battement d’aile de papillon à New-York qui provoque une tornade à l’autre bout du monde. Si nous arrêtions les compteurs aujourd’hui, le dernier affilié mourrait vers 2075 ou 2080. Et je vous assure qu’une différence d’un centime aujourd’hui peut avoir de grandes répercussions dans quatre-vingts ans. Le traitement des données doit être extrêmement fiable. Par exemple : est-ce que la natalité va augmenter ou diminuer dans les prochaines années ? C’est une question que nous devons nous poser à travers des simulations. "Notre objectif : un minimum vieillesse de 2000 à 2500 euros" Le paramètre crucial est l’espérance de vie de nos confrères. Et elle est beaucoup plus longue chez les pharmaciens que dans la population générale ! Elle est de 24 ans à partir de 65 ans, soit une différence de quatre ans. Les chercheurs ont toujours dit que l’augmentation de l’espérance de vie allait stagner: ils se sont trompés ! Les gens vivent de plus en plus longtemps et cela aura une grande conséquence sur les retraites. Quand il manquera de l’argent dans le régime général, l’État lèvera de nouveaux impôts. Nous ne pourrons pas faire de même avec nos affiliés : notre autonomie ne nous donne paradoxalement pas le droit de nous tromper.

D’autant que la CAVP que vous dirigez assure aussi votre propre retraite en tant que pharmacien !


Ma retraite est celle de tous les confrères que nous administrons, c’est une garantie de sérieux. Il ne faut pas oublier que lorsque les administrateurs de la CAVP prennent une décision, elle les concerne aussi ! Nous sommes parfaitement à l’équilibre entre provisions et dépenses, cela s’est fait au prix de mesures courageuses prises en particulier par la précédente équipe dirigée par Alain Faidherbe [voir encadré].

Est-ce que la montée en puissance des SEL change quelque chose à la problématique de l’assurance vieillesse des pharmaciens ?

Sur l’affiliation, pas du tout. En revanche, cela fait augmenter le nombre de cotisants, puisqu’il y a plusieurs associés dans une SEL. Il y a d’ailleurs à ce propos une petite tromperie, ou plus sûrement une méconnaissance de la loi, de la part des sociétés qui conseillent les pharmaciens lors de la constitution de leur SEL. Elles prétendent que cette forme juridique d’exploitation permet de ne pas payer les cotisations à la CAVP et présentent ça comme une source d’économies potentielles pour les pharmaciens : c’est faux ! Elles confondent avec les SEL des autres professions libérales, pour lesquelles, effectivement, ce genre de cotisations n’est pas obligatoire. Nous avons une vingtaine de contentieux de ce type où les gens en toute bonne foi pensent qu’ils ne doivent pas s’acquitter de leur cotisation à la CAVP. Il ne faut pas oublier que c’est toujours l’exercice professionnel qui conditionne l’affiliation.

Quels sont les changements apportés par la réforme des retraites, dite Loi Fillon, mise en place en août 2003 ?

Les changements ont été à la fois idéologiques et techniques. Mais en ce qui concerne les pharmaciens, seule la part obligatoire de leur régime retraite est concerné, soit près de 20 % de l’ensemble. La loi Fillon a statué qu’à revenu égal, les cotisations et donc les prestations devaient l’être aussi. C’est une bonne mesure, même si elle s’accompagne pour nous d’une plus grande lourdeur administrative. C’est maintenant la Cnav-PL [Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales, ndlr] qui s’occupe de la gestion des cotisations. A mon sens, on aurait dû laisser faire les pharmaciens.

La retraite, c’est encore loin pour beaucoup de vos confrères, qu’aimeriez-vous leur dire ?


Notre objectif est d’assurer à chaque pharmacien un minimum vieillesse de 2000 à 2500 euros par mois. De quoi assurer l’indépendance de nos allocataires en toutes circonstances : ce revenu est suffisant pour payer une maison médicalisée et ne pas être à charge de ses ayant-droits, le cas échéant. Pour cela il faut que les pharmaciens se préoccupent de leur retraite en avance. A 55 ans, l’effort de capitalisation pour un professionnel est cinq fois plus important qu’à 35 ans. Les gens croient toujours qu’une fois vieux, ils auront plus d’argent et qu’il sera alors bien temps de s’occuper de leur retraite. Ils se trompent ! Plus on vieillit, plus on dépense : la voiture, les études des enfants, la construction d’une maison… Le revenu « libre » n’augmente pas tellement dans les faits. Je tiens à dire que nous sommes fiers du régime d’assurance vieillesse des pharmaciens. Grâce à des dispositions légales et fiscales particulièrement avantageuses, il est le meilleur possible, alors qu’ils en profitent !  

Propos recueillis par Laurent Simon  
Photo Miguel Medina 
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La CAVP compte 60 000 affiliés, dont 33 000 actifs, 17 000 allocataires et 10 000 radiés à gérer avec une équipe de 50 personnes. Les flux financiers représentent cinq milliards et demi d’euros. Le coût de gestion de ces dossiers est d’à peine 1 %.  

ALAIN FAIDHERBE PASSE LA MAIN
Vieux briscard de la profession, Alain Faidherbe a, à l’issue des dernières élections de la CAVP, rendu son tablier de président, fonction qu’il avait exercée pendant une quinzaine d’années. Titulaire d’une officine à Lille, Alain Faidherbe a également été vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France durant les trois mandats de Bernard Capdeville.