n°1180 mai 2006
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Santé Toxicomanie Substitution story (la suite...)
La buprénorphine : stupéfiant ou pas ? Les propositions s’accumulent sur le bureau de Xavier Bertrand.
Alors que l’Académie de pharmacie se prononce pour le classement de la buprénorphine en stupéfiant, des experts de la substitution viennent de rendre leur copie. Des médecins, des psychiatres, des pharmaciens impliqués dans des réseaux et des travailleurs sociaux des quatre coins du pays planchaient depuis novembre 2005 à l’initiative de Schering- Plough, sur la question du bon usage des TSO (Traitements de substitution aux opiacés). Stéphane Robinet, pharmacien dans le réseau toxicomanie Espace MG (Strasbourg), constate : « J’ai été agréablement surpris par le nombre de pharmaciens d’officine, impliqués et motivés, dans les ateliers régionaux et lors de la réunion de synthèse à Paris ! »
De cette réunion sont sorties dix propositions jugées prioritaires :
  Structurer la prise en charge de manière globale, au même endroit.
  Améliorer la prise en charge, en particulier l’accueil et l’orientation des nouveaux patients.
  Informer les médecins de garde d’urgence au problème des gardes à vue de patients dépendants et informer les officiers de la Police judiciaire.
  Proposer systématiquement un suivi psychosocial des patients sous TSO.
  Créer un cycle de formation professionnelle mixte médecins-pharmaciens et y faire intervenir des patients.
  Créer, structurer et développer des réseaux départementaux spécialisés en addictologie (tabac, alcool, opiacés, psychotropes).
 Rendre impossible l’injection de Subutex haut dosage.
  Susciter des vocations lors du cursus initial (pharmaciens, médecins, infirmiers).
  Développer une buprénorphine à dissolution rapide.  
  Créer des centres de « bas seuil » pour les patients non encore demandeurs d’abstinence.

Structurer, former... financer


Présentées le 15 mars dernier, ces propositions fournissent une base de réflexion sérieuse aux responsables officiels. Ainsi, Didier Jayle, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) constate le bon sens de la plupart des propositions et juge l’idée de faire intervenir les patients dans le cycle de formation « très intéressante ». Pour le Pr. San Marco, président de l’Institut National de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), il convient d’élargir la primo-distribution des TSO et donner le choix de la molécule. Mais il va plus loin, suggérant d’organiser des centres de distribution d’héroïne, comme le font nos voisins suisses.
Opinion partagée par le Pr. Jean-Philippe Parquet, président de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, pour qui réduire le mésusage à l’injection est une « erreur conceptuelle majeure ». Il faut, avant tout « éviter le sous-dosage, proposer des alternatives et mieux prendre en charge les co-morbidités ».
Bref, qu’il s’agisse de formation, de structures, et même de bonnes volontés, c’est une fois encore le problème de financement qui est posé. Donc, de volonté politique...

 Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
Image
ALMA, UN RÉSEAU INITIÉ PAR DES PHARMACIENS
Avant même que la substitution ne devienne officielle, des pharmaciens du sud de l’Alsace avaient déjà créé un réseau méthadone tout à fait inédit. Dans cette région qui jouxte les frontières allemande et suisse, l’héroïnomanie faisait rage au milieu des années 90. Frappés par l’afflux d’ordonnance portant sur l’héroïne, les pharmaciens d’Altkirch avertissent la Ddass, qui leur répond... : « créez un réseau ! ». Ainsi naît l’Antenne méthadone d’Altkirch (Alma) : sept pharmaciens et une dizaine de médecins et infirmières libéraux, qui s’accolent à l’antenne alcoologie de l’hôpital d’Altkirch, où ils disposent d’un local, d’une secrétaire, d’un psychologue et d’un médecin. Une équipe pluridisciplinaire, publique-privée, enthousiaste et très soudée. Mais la plus grande originalité, c’est le concept de substitution, qui repose sur un réglage accéléré. « Les patients sont stabilisés sur une courte durée : de 15 jours à un mois. Ils sont ensuite lâchés dans la nature avec un pharmacien et un médecin référents de proximité », précise François Randé, pharmacien à Altkirch, toujours actif dans le réseau. « Il faut trouver la bonne dose, d’autant que s’ajoutent de problèmes de polytoxicomanie (alcool, benzodiazépines....). Dans l’ensemble, nous avons de bons résultats : jusqu’à 65 % de nos patients travaillent. » Aujourd’hui, Alma a été incorporée dans une structure départementale, « pour la pérennité des subventions ». Il reste trois pharmaciens, qui consacrent trois demi-journées par semaine. Les permanents de la structure, eux, trouvent précieux le regard « différent » des libéraux !