n°1190
mai 2007
Actualité
Economie
Cessions, la rupture tranquille
Les prix augmentent malgré l’instabilité économique, les grosses pharmacies prennent décidément l’avantage sur les petites, les SEL règnent chez les acquéreurs : tout évolue mais rien ne change.
Baissera ? Baissera pas ? Les chiffres sont obstinés, et démentent ceux qui prédisaient une modération dans le marché des cessions. De 88% en moyenne pour la France en 2005, le prix de cession moyen a gagné deux points pour 2006. Où s’arrêtera-t-il ? Difficile à dire, les années se suivent et se ressemblent : « papy-boom » provoquant de nombreux départs en retraite, diffusion massive des SEL et toujours, toujours, le fameux héliotropisme des pharmaciens, qui booste les prix partout où Soleil se prononce SÔleil. Et pourtant… Une année 2006 en demi-teinte économiquement avec des pertes de marge estimées à 160 millions d’euros – même si la croissance est au rendez-vous avec + 3 % environ – aurait logiquement dû inciter acquérants et acquéreurs à plus de modération, voire à une stabilisation des prix. Que nenni. Le marché ne connaît pas de décrue, même s’il ne se comporte pas à l’identique partout en France. En voilà l’illustration (voir également carte de France ci-contre) : « la Haute-Normandie affiche la plus forte hausse (+10 points) et se rapproche du niveau national », remarque la traditionnelle étude des prix de cessions d’Interfimo. Autres régions remarquables de ce point de vue : le Poitou-Charentes (+ 6 points) ou la Bretagne, la Basse- Normandie, la Picardie et l’Île-de-France, toutes à + 5 points par rapport à l’année dernière. Les bonnes affaires sont plutôt à chercher du côté de la région Centre ou de la Champagne-Ardenne, qui chutent d’au moins cinq points chacune.
Ouverture capitale
Interfimo pointe de nombreux paradoxes dans ce marché bien particulier. Déjà boostés par la démographie, les départs à la retraite sont en plus favorisés par des conditions fiscales favorables : le mot d’ordre semble être « profitons-en ! ». D’autant que les élections – et peut-être l’alternance – arrivent et que ces dispositions d’exonération des plus-values en cas de cession risquent de ne pas être « éternelles », selon l’avis même d’Interfimo (Voir Le Pharmacien de France n°1178 « Bercy qui?»). A l’autre extrémité de la vie professionnelle, l’accession au titulariat se fait de façon de plus en plus majoritaire sous le régime de la SEL, système dont on sait qu’il faci lite l’entrée mais pas la sortie du capital de l’officine, pour des raisons fiscales. Au niveau national, les SEL, quelque soit leur type, représentent 12,4 % en moyenne des formes d’entreprises, contre 9,1 % début 2006. A l’heure où la Commission européenne trépigne pour ouvrir le capital des pharmacies à des « agents extérieurs », selon l’expression consacrée, les pharmaciens hésitent de moins en moins eux-mêmes à recourir aux participations croisées dans plusieurs officines. Rompant quelque part le traditionnel binôme exercice et propriété unipersonnelle. Le titulaire n’est souvent plus seul maître à bord.
A l’avenir, laisse venir
Tout comme dans l’immobilier, le dynamisme du marché est porté par le haut de gamme. Les pharmacies chères entretiennent la montée des prix, ce qui n’est pas forcément le cas aux rangs inférieurs. Résultat, un effet ciseau entre des biens convoités et d’autres qui ont du mal à trouver preneur. « Le phénomène de dispersion des prix s’accentue encore en 2006, près de 30 % des officines ont un prix de cession inférieur à 75 % ou supérieur à 105 % », analyse Interfimo. Si l’on regarde cette situation à travers le prisme de l’actualité européenne, le fossé ne risque pas de se combler. Si le capital des officines venait à être ouvert, les grossistes-répartiteurs – entre autres – seront nécessairement à la recherche d’emplacements favorisés en termes de taille, de situation et de chiffre d’affaires. Ce qui risque de faire s’envoler les prix sur certains biens, et d’enfoncer relativement les autres. 2007 et 2008 seront donc des années charnière pour l’officine, politiquement et financièrement parlant. Les pharmaciens en ont-ils pris la mesure ? « Un acheteur sur deux choisit le régime fiscal de l’impôt société [qui concerne les SARL, les SELARL et les SELAS, sur option EURL ou SNC, ndlr] alors que personne ne peut prévoir, aujourd’hui, les conséquences de cette fiscalité sur les valeurs vénales futures et sur la liquidité du marché dans quelques années », analyse Interfimo. Sybillin certes, mais bien malin celui qui peut prévoir ce que sera le marché des cessions officinales dans le futur, même proche.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina

Chiffres-clés
1 300 000 € : le prix de cession moyen d’une officine en 2006 (1,1 millions en 2005).
2/3 des transactions se situent entre 400 000 et 1 600 000 euros.
12,4 % : la proportion de SEL parmi toutes les pharmacies en 2006. Ce chiffre est en constante augmentation.
+ 30 % : la hausse des départs en retraite par rapport à 2005, papy boom et incitation fiscale en sont les principales causes.
1850 : le nombre de changements de titulaires en 2006. On compte également 1550 cessions « pures ».