n°1190
mai 2007
Actualité
Gestion
A la reconquête de la marge perdue
Une enquête réalisée par l’Ifop évalue à plus de 18 000 euros par pharmacie les pertes annuelles résultant de la démarque inconnue, qui amputent des bénéfices déjà malmenés en 2006.
L’étude est édifiante, le chiffre, astronomique. 415 millions d’euros : tel serait le montant annuel de la démarque inconnue à l’officine, évalué pour la première fois grâce à une étude réalisée par l’Ifop pour le compte des sociétés Checkpoint Systems (leader mondial des solutions de gestion de la démarque inconnue dans le secteur du commerce) et PCL (expert en supports de communication destinés aux officines). Une première. La démarque inconnue, c’est-à-dire la différence entre le stock théorique et le stock réel, désigne dans 80 % des cas ‘‘ Peu de pharmaciens sont capables de chiffrer leur démarque inconnue’’le vol, en rayon ou en interne – autrement appelé le « coulage ». Elle comprend aussi, dans une moindre mesure, les erreurs imputables aux fournisseurs et les erreurs internes, qu’elles soient administratives, logistiques ou informatiques. « Peu de pharmaciens sont capables de chiffrer leur démarque inconnue et d’évaluer la part qu’elle représente par rapport à leur chiffre d’affaires », constate Matthieu Le Taillandier, DG de Checkpoint Systems. Premiers visés : les produits de parapharmacie, disponibles en libre-service, au premier rang desquels les produits de marque, de petite taille et à forte valeur ajoutée, comme les soins du visage, du corps, d’hygiène ainsi que les produits de puériculture et de diététique (voir le graphique p. 17).
Contrer le préjudice
Contre les erreurs administratives, il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire. Reste à s’attaquer au vol. Les résultats de cette étude pourraient bien inciter les titulaires – notamment les propriétaires de grosses officines – à envisager de plus près le préjudice subi et tenter d’endiguer leurs pertes, leurs bénéfices ayant déjà été entamés l’an dernier par le Plan médicament. Elle pourrait bien les motiver à acquérir un système antivol, alors qu’ils sont peu nombreux à en être équipés et que seules 3 % des pharmacies possèdent un système de vidéosurveillance. « Dans les pharmacies, les systèmes antivol sont très marginaux », confirme Matthieu Le Taillandier. Ceux qui ont opté pour la vidéosurveillance reconnaissent ses limites, celle-ci ne permettant pas de surveiller les moindres recoins de leur pharmacie. « Pour une surface importante, la surveillance humaine est difficile.
Familles de produits les plus volés dans les pharmacies
Soins du visage 73 %
Soins du corps 56 %
Hygiène 42 %
Puériculture 38 %
Diététique 25 %
Compléments alimentaires 16 %
Autres 11 %
Nsp 7 % Je ne voulais pas faire appel à un vigile car cela ne correspond pas à l’éthique de la profession », explique Renaud Nadjahi, à la tête d’une officine de 300 m2 en centre commercial, à Rambouillet. D’après l’expertise PCL/Checkpoint Systems, ses pertes dues à la démarque inconnue atteindraient 1,5 à 3 % du produit des ventes des articles exposés. « A la louche, cela représente 20 000 euros par an. » D’où sa décision de s’équiper du système antivol PharmaOptim conçu par Checkpoint Systems, et de faire l’acquisition d’un système de vidéosurveillance « pour minimiser la démarque ». Nullement influencé dans sa démarche par la perspective d’une mise en libre service de certains produits d’automédication – « la législation n’a pas vraiment évolué » –, ce pharmacien a profité de travaux pour franchir le pas et remplacer un système d’antennes obsolète, « qui fonctionnait mal et se déclenchait à tous bouts de champ ». Même son de cloche à la pharmacie de la Tour, dans le VIe arrondissement de Marseille, où aucune solution antivol ne vidéosurveillance ? « Quelqu’un doit y être affecté en permanence », rappelle Anne-Marie Bagnis, responsable de l’espace parapharmacie. La présence d’un vigile ? « Certains détenteurs de grosses officines y ont recours, mais cela peut être mal perçu par la clientèle. » Reste qu’il est difficile de prendre un client en « flag » et que, côté assurances, il existe peu de recours possibles : le vol en rayon et, généralement, la disparition inexpliquée de produits n’étant pas compris dans les contrats d’assurance.
Essor du libre-service
C’est donc bien souvent l’argument de l’agrandissement des locaux qui pousse les pharmaciens à s’équiper d’un système antivol. « Comme nous avons repris la pharmacie de la Tour en août dernier et que nous démarrons en parapharmacie, nous n’avons pas de point de repère pour évaluer la démarque inconnue. Pour l’instant, il s’agit d’un phénomène marginal, la surface actuelle de l’officine étant limitée », explique Anne-Marie Bagnis. De 80 m2, la pharmacie traditionnelle aux dix salariés et au CA de 1,8 million d’euros est passée à une surface de 250m2 transformée en espace de santé globale, structurée autour de trois zones : pharmacie, parapharmacie et orthopédie. L’accès à cette pharmacie très fréquentée, située dans un quartier central de Marseille, se fait par l’espace parapharmacie, le plus exposé aux vols. Du fait du nouvel agencement de l’espace, la visibilité est moindre. D’où le déclic. « La perspective du développement de l’automédication et du libre accès à certains produits médicaments nous a aussi incité à nous équiper », reconnaît-elle. Installé à Angers, Christophe Le Gall mise également sur l’effet dissuasif des portiques. Dans ses locaux de 300 m2, « les espaces en libre service sont de plus en plus grands : plus de 220m2 pour la seule parapharmacie, qui compte des gammes de plus en plus chères ». D’où des pertes non négligeables pour une pharmacie qui affiche 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie une quinzaine de personnes. « Pour sécuriser les produits en libre service, j’avais déjà installé un système de vidéosurveillance, qui sera couplé avec le dispositif PharmaOptim ».
Un double défi
L’enjeu est important, et les commanditaires de l’étude, qui ont développé des solutions de protection spécifiques, ne sont pas les seuls sur le marché de la protection antivol. « Nous proposons des technologies et des équipements adaptés aux besoins réels des officines, pour leur permettre de maîtriser la démarque inconnue et, à terme, d’optimiser le retour sur investissement », résume Matthieu Le Taillandier. Le dispositif PharmaOptim repose sur trois éléments : des antennes radiofréquence EAS de 3e génération conçues pour protéger les entrées et sorties des officines, des étiquettes antivol personnalisables – au format adapté aux articles de petite taille – et des désactivateurs intégrés à des scanners, permettant de neutraliser l’antivol au moment de l’encaissement. « Les pharmaciens ont un réservoir de marge important grâce à la lutte contre le vol. Ils ont besoin de solutions spécialement développées pour l’officine, ajoute William Digne, PDG de PCL. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place ce programme qui leur permet de protéger leurs produits. Lors du premier entretien, on passe du temps pour évaluer s’il est rentable de s’équiper. » Libre au pharmacien de l’acheter ou de s’équiper en louant le dispositif « à partir de 200 euros par mois », précise William Digne. Les pharmaciens qui se sont laissés tenter ont dans l’ensemble opté pour la location. « A l’achat, tout dépend du nombre d’antennes. On peut commencer à 5 000 euros. » En toute logique, les principaux intéressés s’avèrent être les grandes officines, même si les partenaires affirment ne pas cibler un profil spécifique, l’étude Ipsos démontrant que tous les profils d’officines sont sujettes au vol. « Cela dit, plus la surface de vente augmente, plus le libre service est développé, et la tentation du vol, accrue... Il faut que ce soit rentable », résume William Digne. « Les hypermarchés sont tous équipés d’un système de protection antivol, les supermarchés en sont équipés à 80 %, les boutiques de vêtements à 65 %, et les commerces alimentaires à 45 % », indique Matthieu Le Taillandier. Et de parier sur 40 % d’équipement des officines dans les trois ans à venir, « à l’image du taux d’équipement des commerces spécialisés ».
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
* Calcul de la démarque inconnue moyenne en euros :
Démarque inconnue déclarée en % du CA et multipliée par le chiffre d’affaires en euros.
CA x démarque inconnue en % du CA / 100
* Calcul de la démarque inconnue moyenne en % du CA :
Démarque inconnue déclarée en % du CA directement, consolidé par les répondants ayant à la fois donné leur CA en euros et indiqué la démarque inconnue en euros.
(Démarque inconnue en euros) x 100 / CA

Les chiffres-clés 2006
● Les pertes liées aux vols et aux erreurs internes représentent 1,3 % du CA du secteur
● La démarque inconnue coûte en moyenne 18 366 euros par pharmacie
● Leur CA moyen est évalué à 1,44 million d’euros
● 51 % des officines ont une démarque inconnue supérieure à 1 % de leur CA
● Pour le tiers d’entre elles, cela représente une perte annuelle de 20 000 euros« La vue d’un portique devrait être dissuasive »
Jean-Luc Poli, titulaire à Ajaccio
« Mon officine subit entre 20 000 et 25 000 euros de perte annuelle à cause de la démarque inconnue. » Fort de ce constat, Jean-Luc Poli, dont l’officine se situe à la périphérie d’Ajaccio, a décidé de s’équiper du système antivol PharmaOptim. Et pour cause : la parapharmacie, qui occupe une surface de près de 150 m2, représente 15 % de son chiffre d’affaires, compris entre 3,2 et 3,5 millions d’euros... Autant d’arguments qui l’on décidé à franchir le pas, à l’occasion de Pharmagora. « J’y pensais déjà depuis longtemps. J’étais déjà équipé d’un système de vidéosurveillance, ce qui est un peu dissuasif, mais ne permet pas d’avoir une vue d’ensemble des locaux. Sans compter qu’on s’aperçoit que les gens prennent les produits et laissent la boîte vide en rayon. » Sa seule réserve : la formation de sa quinzaine de salariés. « Si les produits sont mal désactivés et que le portique sonne alors que la personne n’a rien à se reprocher, on risque de perdre un client. Les Corses ont une mentalité à part : ils sont plus susceptibles que sur le continent. » Qu’importe. « La seule vue d’un portique devrait dissuader 50 % des voleurs potentiels. »