n°1190 mai 2007
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Santé Interview Risques : l’Afssaps a un plan

La surveillance des médicaments mis sur le marché connaît un tournant essentiel depuis 2005, année où l’Afssaps s’est dotée d’un département chargé de la surveillance des risques, du bon usage et de l’information sur les médicaments, aujourd’hui dirigé par Anne Castot.

Quelles sont les différences essentielles entre pharmacovigilance et plan de gestion des risques ?
La pharmacovigilance «classique» repose essentiellement sur la notification spontanée ou sur la déclaration obligatoire par les professionnels de santé des évènements indésirables suspectés d’être liés à un médicament. Cette démarche est souvent aléatoire et ne permet généralement pas de suivre les populations réellement exposées. La pharmacovigilance permet de détecter des «alertes» générant, le cas échéant, une réaction a posteriori donc après observation de l’effet indésirable. Elle s’est aussi dotée depuis longtemps d’outils de pharmaco-épidémiologie qui, au travers d’études de cohorte notamment, ont pour objectif d’estimer ou de confirmer un risque ou encore de mettre en évidence des facteurs de risque. A la lumière des récents retraits de médicaments liés à des effets indésirables, la question s’est posée de pouvoir les anticiper et donc de construire un plan de surveillance précoce et de minimisation du risque au cours du développement du produit. Ces plans sont évolutifs et aboutissent à des actions de surveillance, d’investigation ou de minimisation du risque lors de la mise sur le marché ; ces actions doivent bien évidemment permettre de prévenir le risque ou de confirmer un risque suspecté. Cette démarche constitue un plan de gestion des risques (PGR), et on comprend que pharmacovigilance et PGR sont complémentaires.

Selon quels critères un PGR est-il mis en place ?
Les PGR concernent certaines catégories de médicaments et en particulier ceux contenant un principe actif innovant et tous les biosimilaires, par exemple. Dans ce cas, le laboratoire a désormais pour obligation de déposer auprès de l’Afssaps un PGR en même temps que le dossier de demande d’AMM. La mise en place d’un PGR concerne aussi les médicaments génériques lorsqu’un risque est identifié pour le princeps ou encore les demandes d’extension d’indication ou l’utilisation pédiatrique, par exemple, pour un médicament déjà sur le marché. Cet outil réglementaire s’applique aux molécules dont la demande d’AMM européenne suit une procédure centralisée ou de reconnaissance mutuelle et, avec la transposition en droit français de la directive européenne, aux procédures nationales. Pour un nouveau médicament, la demande d’AMM doit s’accompagner d’une présentation structurée de l’ensemble des données relatives aux risques associés, données issues de l’expérimentation animale, des essais cliniques, voire d’informations postmarketing si le médicament est déjà commercialisé hors de l’Union européenne. Les risques importants et démontrés sont identifiés, ainsi que les risques potentiels non parfaitement avérés qui doivent faire l’objet d’une surveillance spécifique. Sur ces bases, le laboratoire organise un plan de surveillance adapté pour chaque risque.

Quels sont les objectifs attendus des PGR ?
Les PGR ne sont pas stéréotypés et dépendent de chaque médicament, de la pathologie traitée, de la population traitée, etc. Ces programmes organisés d’accompagnement de la mise sur le marché d’un médicament visent à sensibiliser l’ensemble des acteurs en vue d’une minimisation du risque dès lors qu’elle a été supposée nécessaire, et à prendre le plus tôt possible les mesures préventives adéquates pour réduire le risque. C’est une démarche proactive s’appuyant sur des échanges avec les laboratoires très en amont de la mise sur le marché d’un médicament. De plus, une démarche collaborative avec les professionnels de santé se met en place, car tous les acteurs directement concernés doivent être totalement partie prenante.

Comment les officinaux participent-ils à ces démarches ?
Le pharmacien d’officine participe pleinement aux démarches de pharmacovigilance de routine ou renforcée par la notification des évènements indésirables dont il a connaissance par le patient. Il peut aussi être amené à participer à des études spécifiques pour répondre à une question donnée : par exemple, évaluer la compliance ou des données de prescription recueillies via des interrogatoires réalisés directement à l’officine. Ce dispositif est très intéressant notamment pour les enquêtes sur les médicaments génériques, d’automédication ou en vente libre. On peut aussi envisager des études plus complexes pour la surveillance d’une population exposée afin de mieux caractériser ou estimer un risque suspecté. Enfin, les actions de minimisation du risque de survenue d’effets indésirables via les PGR peuvent utiliser des outils d’information et de formation des professionnels de santé et des patients au-delà, bien évidemment, du RCP et de la notice du médicament, afin de favoriser le bon usage et la sécurité d’emploi. Il peut envisager de développer une information ciblée à destination du prescripteur ou du pharmacien qui délivre le médicament, un carnet patient ou une information spécifique pour le patient et délivrée par le médecin à chaque prescription ou par le pharmacien à chaque délivrance. Les pharmaciens d’officine ont toute leur place au sein de ces programmes spécifiques.

Propos recueillis par Nathalie Le Goff
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Quelques exemples récents de PGR
Acomplia (Rimonabant) : le PGR européen comporte des études épidémiologiques et un suivi des prescriptions ; en complément, l’Afssaps prévoit une surveillance renforcée des effets indésirables et du risque de surdosage et la diffusion d’une mise au point sur son utilisation pour favoriser son bon usage.
Champix (Varenicline) : le PGR européen comporte une étude de pharmacocinétique chez le sujet âgé et des études d’efficacité/sécurité dans des populations non étudiées ; un suivi national de pharmacovigilance est mis en place en France.
Gardasil (Vaccin anti HPV) : aucun risque important n’a été identifié, mais l’Afssaps a lancé un PGR national pour détecter tout signal d’effet indésirable nouveau ; de plus, un programme d’études pharmaco-épidémiologiques est en cours d’élaboration.
Intrinsa (Testostérone) : le PGR européen comporte une étude de sécurité d’emploi ; l’Afssaps élabore un programme d’éducation et d’information des prescripteurs, en complément d’un suivi de pharmacovigilance.