n°1200
mai 2008
Actualité
Economie
Les cessions à contre-courant
Le climat économique morose ne fait rien à l’affaire : les prix de cession continuent de progresser à un train de sénateur : lentement mais surement.
Les temps de disette ne semblent pas perturber outre mesure le marché des achats d’officine. On s’en étonnait l’an dernier, puisque les prix de cession enregistraient déjà un gain de deux points par rapport à 2005, et ce en dépit du frimas économique ambiant. Cette année, même phénomène : « La conjoncture maussade de l’année 2007 n’a pas affecté le prix de cession moyen des pharmacies, observe Luc Fialletout, directeur d’Interfimo, il a même légèrement augmenté en pourcentage du chiffre d’affaires, et plus encore en multiple de l’excédent brut d’exploitation ». Résultat, la moyenne France entière gagne un point, et les officines françaises se vendent à 91% de leur CA (chiffres 2007). Avec un paysage cependant moins disparate qu’en 2006, même si les fondamentaux demeurent. Ainsi, malgré un gain de trois points, le Noooord, comme dirait Galabru, reste toujours à la traîne. Les Ch’tis ont beau être accueillants, ils occupent la queue du classement avec cinq autres régions situées sur une colonne centre-nord du pays. Non loin de là, la Champagne-Ardennes rejoint quant à elle la moyenne nationale, au prix d’un bond de géant : + 10%. Sinon, peu de changements : les régions du sud restent en tête, se stabilisant autour de 100%, et sont désormais talonnées par la Bretagne, les Pays de la Loire et, plus à l’est, L’Alsace. Peu de gadins à signaler, à l’exception notable de la région Poitou-Charentes. Après deux années de forte progression, les cessions pictocharentaises accusent un recul de quatre points.
Les grosses sont les plus convoitées
Comme les années précédentes, le prix de cession moyen recèle des disparités très importantes. Au niveau national, une pharmacie sur trois s’est valorisée soit à un prix inférieur à 80 % de son CA, soit à un prix supérieur à 105 %. En 2007, on voit également apparaître un marché spécifique des cessions à moins de 65 %, qui n’était pas significatif les années précédentes : à ce prix là, ça devient du low cost. Si l’on se penche à présent sur les prix de cession par niveau de CA, on observe qu’en 2007, l’écart de prix entre les petites officines (moins de 800 000 €) et les plus importantes (plus de 2 millions d’euros) se creuse encore pour atteindre 22 points, contre 10 en 2006. Les grosses pharmacies voient ainsi leur prix moyen progresser de trois points. A l’inverse, les petites perdent 9 points à 75 % du CA. Enfin, et au-delà de ce facteur « taille », les écarts de prix s’expriment aussi de manière criante entre les différents types d’officines. Les pharmacies de centre commercial, traditionnellement mieux cotées, creusent l’écart en 2007 avec un prix de cession en hausse de 7 points : elles se vendent en moyenne à 100 % de leur chiffre d’affaires. Au final, si les disparités régionales ont plutôt tendance à s’atténuer, le type de pharmacie et l’importance du chiffre d’affaires deviennent donc des critères de prix de plus en plus décisifs. Qu’importe le climat, pourvu que l’officine soit rentable.
Laurent Gainza
Des mutations en berne
Après une année 2006 particulièrement dynamique, le nombre de mutations a chuté de 15 % en 2007. La faute aux prix, tout simplement, « qui freinent la mobilité interne de la profession, indique Interfimo : les délais de commercialisation s’allongent et le nombre de ventes diminue ». Si l’on additionne les cessions de fonds et les cessions de parts sociales, ce sont 1650 changements de titulaires qui sont intervenus l’an passé. Pour une fois, diront les mauvaises langues, ce sont les retraités qui mettent de l’ambiance : en effet, les départs en retraite qui demeurent la principale cause de transmission. Avec une augmentation de 33 % par rapport à 2006, ils sont plus nombreux que jamais : « Souvent anticipés par opportunité fiscale, ils ont contribué à animer le marché.

Les Sel, la nouvelle norme
En 2000, seules 6 % des « nouvelles » officines étaient constituées en sociétés d’exercice libéral. Sept ans après, ce mode d’exploitation de l’officine est devenu majoritaire parmi les repreneurs, au détriment du statut d’entrepreneur individuel. Une progression fulgurante – un acquéreur sur deux choisit aujourd’hui d’exercer en Sel – qui porte la moyenne nationale à 15,4 % au 1er janvier 2008, contre 12,6 % début 2007. Un chiffre qui masque une grande disparité : dans certaines régions, le quart des officines est composé de Sel ; dans certaines autres, situées dans un grand quart Sud-Est, le modèle fait beaucoup moins d’adeptes.