n°1200
mai 2008
Actualité
En couverture
Les quatre vérités de l’OTC
Mesure emblématique, le passage devant le comptoir est surtout une mesure très floue pour le moment. Tour d’horizon en quelques questions/réponses.
L’OTC est elle chère en France ?
Pas vraiment. L’Hexagone se situe dans la moyenne basse de l’Europe (voir tableau ci-dessous), avec un prix moyen à la boîte de 5,41€ en 2006 pour les médicaments « OTC » strict, c'est-à-dire à prescription médicale facultative ET non remboursables. En un an, ce prix moyen est passé à 5,47€, soit 1,1% d’augmentation en 2007. La performance est plutôt remarquable puisque l’inflation pendant la même période a été de 1,49 %. Autant pour le pouvoir d’achat.
L’OTC est-elle un gros marché en France ?
Non, pas énorme. Il se chiffre à 1,9 milliards d’euros : Leclerc déclare vouloir s’en accaparer 1 %. Il faut dire qu’avec une Sécu encore assez protectrice et un réflexe « médecin » très développé, les Français n’ont jamais été de gros consommateurs d’automédication : à peine 30€ par an contre plus de 60€ pour les Allemands en France. Plus de 80% des médicaments à prescription médicale facultative étant vignettés et remboursables, ils ne relèvent donc pas de l’automédication au sens strict du terme (voir graphique ci-contre). La donne est en train de changer avec les déremboursements : l’Etat pousse les patients à s’« automédiquer ».
Le passage de l’OTC devant le comptoir en France peut-il faire baisser les prix ?
Dans une certaine mesure, oui. Les pharmaciens ont été épinglés plusieurs fois par les associations de consommateurs pour de grandes disparités de prix dans l’automédication. Ventes directes, grossistes, groupements : les officines ne se fournissent pas aux mêmes tuyaux, d’où d’importantes différences de prix. Les vagues de déremboursements ont en plus provoqué des dérapages incontrôlés, comme le prouve l’exemple des veinotoniques et de certains expectorants : - 53 % des ventes et des prix qui font le grand écart. Concernant l’OTC, la charte signée entre pharmaciens et industriels appelle à une modération des prix mais n’en fixe pas les modalités. Elle propose juste « une politique de prix facilitant l’accès aux soins pour tous les patients ». A la profession de se débrouiller.
Les centrales d’achat sont-elles la solution ?
Peut-être, mais il faudrait déjà leur donner un cadre légal, ce qui risque d’être coton. Roselyne Bachelot y voit la solution ultime pour lisser les prix de l’OTC en pharmacie et réussir son passage devant le comptoir. Le système pose tout de même une question : qu’est ce qui pourrait empêcher Leclerc – ou tout autre groupe de GMS – de monter sa propre centrale d’achat pour l’OTC et la revendre « à prix Leclerc » ? Cruel dilemme. D’autre part, les partenaires de l’officine ne sont pas chauds : les groupements ne veulent pas en entendre parler tout comme les industriels, tandis que les grossistes-répartiteurs sont hésitants. Tant que la question de leur contrôle par des capitaux pharmaceutiques – ou non – ne sera pas tranchée, les négociations vont se jouer au couteau.
Les officines françaises sont-elles déjà compétitives en termes de prix ?
Oui, sur de nombreux produits. On se souvient que la GMS a subtilisé aux pharmaciens le marché de la parapharmacie après une très longue bataille juridique sur des arguments de prix. Une étude menée par la FSPF sur 12 000 officines apporte un éclairage original. Le plus cher n’est pas forcément celui qu’on croit: parmi les 4000 pharmacies les moins chères de France sur un panel de 12 000 et pour un produit donné, l’officine propose un prix inférieur au réseau parapharmacie/GMS dans 80 % des cas ! Par exemple, le stick Neutrogena est en moyenne dans ces 4000 officines «bon marché» à 3,64€; dans le réseau parapharmacie, il est à 3,85€. Plutôt encourageant, même si ce bon résultat cache de grandes disparités.
Pourra-t-on trouver toutes les spécialités d’automédication devant le comptoir ?
Non. Cela dépendra à la fois de la liste définitive qu’éditera l’Afssaps, de la politique commerciale de chaque officine et de la volonté des industriels. Bien que déjà arrêtée, cette liste ne sortira pas avant le décret fixant les modalités pratiques de cette réforme. Il ne faut pas compter sur sa publication avant quatre à cinq semaines, elle comportera non plus seulement des noms de molécules mais répertoriera toutes les spécialités susceptibles de passer devant le comptoir. Les listes déjà publiées sont donc caduques.
La GMS peut-elle vendre l’OTC moins cher ?
Oui, certainement. Mais il y a plusieurs gros bémols pour un consommateur par ailleurs pas tellement motivé par le prix. Tout d’abord les grandes surfaces ne référenceront que 15 % à 20 % des spécialités existantes. D’autre part, l’exemple italien prouve que si les prix sont effectivement plus serrés, il existe de grandes disparités : par exemple, les grandes surfaces proposant de l’automédication n’existent pratiquement que dans le Nord du pays. Quid de la concurrence quand il n’y a pas de concurrents ?
Les pharmaciens seront-ils obligés de vendre de l’automédication devant le comptoir ?
Non. Cela relève de la politique commerciale de chaque officine : la décision en revient au titulaire. Mais s’ils n’y sont pas obligés, les pharmaciens y ont intérêt. Il s’agit de donner des gages de bonne volonté au gouvernement : les pharmaciens auront besoin de son soutien face à la Commission européenne, qui vient de finir de rédiger son avis motivé sur l’ouverture du capital des officines en France. Les décrets définitifs fixant les modalités de l’OTC en libre accès et la liste précise des spécialités concernées sortiront a priori fin mai.
Pourquoi ne pas passer les médicaments vignettés devant le comptoir ?
La question n’est pas encore tranchée. Les fabricants – au moins ceux d’OTC – ne sont pas vraiment chauds : il est vrai qu’avoir l’un à côté de l’autre un médicament « over the counter » dont le prix est libre et un Doliprane dont le tarif de remboursement est imposé par l’Etat ne serait pas vraiment à l’avantage du premier en termes d’affichage : le prix moyen du « semi-éthique » est de 2,61€ par boîte, à comparer aux 5,41€ de l’automédication « pure ». Pourtant, des vignettés devant le comptoir couperaient le sifflet de la grande distribution : plus moyen d’arguer de prix bas face à des spécialités dont le tarif est géré par l’Etat. Et la profession compte 23 000 points de vente contre quelques centaines au grand maximum pour la GMS.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina
