n°1200
mai 2008
Santé
Thérapeutique
Défendez les veinoactifs !
Le pharmacien est désormais en première ligne pour la prise en charge de la maladie veineuse.
Suite aux déremboursements1, le pharmacien devient l’interlocuteur privilégié du patient souffrant de maladie veineuse. Son rôle est essentiel mais souvent délicat « car il doit poser un diagnostic différentiel en s’appuyant seulement sur un interrogatoire attentif du patient et engager sa prise en charge, souligne le Pr François-André Allaert, président de la Société française d’angéiologie. De plus, le conseil du pharmacien ne doit pas se limiter au médicament, il doit aussi orienter le patient vers un spécialiste ». Et il revient encore au pharmacien de renforcer un message dont la crédibilité est pourtant mise à mal par les autorités sanitaires. « Il faut bien faire comprendre que déremboursement n’est pas synonyme d’inefficacité. Mais les études concernant les veinotoniques, ou plutôt les veinoactifs, n'ont pas été considérées à la hauteur par les autorités de santé », précise François-André Allaert. Un groupe d’une quinzaine d’experts internationaux a publié en 2005 les conclusions – qui restent d’actualité – de l'analyse de 83 études concernant les médicaments veinoactifs et les symptômes de la maladie veineuse chronique2.
Effet antalgique spécifique
Les médicaments veinoactifs sont donc efficaces – même si certains ont mieux démontré leur efficacité que d'autres – pour soulager les symptômes veineux quel que soit le stade d’évolution de la maladie veineuse. Il ressort également de ce travail qu’ils auraient un effet antalgique spécifique sur la douleur, alors qu'un tel effet n'a pas été démontré avec les antalgiques classiques. On estime que dix millions de Français souffrent de maladie veineuse, dont quatre millions ne seraient pas traités. « En Italie, cinq ans après la décision de déremboursement des veinoactifs, on assiste aujourd’hui à une explosion des interventions chirurgicales pour ulcères de jambe. Pour éviter une telle situation en France, le pharmacien est en première ligne pour favoriser le dépistage qui, s’il est précoce, va permettre de freiner l’évolution de la maladie et éviter ses complications ; il a aussi la charge de défendre l’efficacité des veinoactifs », renchérit François-André Allaert. La prise en charge symptomatique recommandée par les experts aux premiers stades de la maladie repose essentiellement sur un traitement veinoactif pouvant être complété par une contention. Elle doit être associée à des conseils hygiénodiététiques simples et permettant de mieux lutter contre la maladie veineuse : éviter la station assise ou debout de façon prolongée, marcher 30 minutes par jour, surélever les jambes, favoriser les douches froides, éviter les vêtements trop serrés, ou encore boire de l’eau régulièrement... Si les experts reconnaissent que le contexte est peu favorable, ils s’accordent néanmoins pour encourager et soutenir le pharmacien dans son rôle d'information, de dépistage, de conseil et d'orientation des patients. C’est toujours ça.
Nathalie Le Goff
Illustration DR
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2 A.A. Ramelet et al., Médicaments veinoactifs dans la prise en charge de la maladie veineuse chronique. Un consensus international : position médicale actuelle, point de vue prospectif et résolution finale. Clin. Hemorheol. Microcirc. 33 (2005) 309-319.