n°1210 mai 2009
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Actualité Cession Sale temps pour les acheteurs
2008 sur le marché des officines, c’est 2007… en pire. Les prix des fonds se stabilisent mais les attentes des vendeurs et la conjoncture économique ne font pas le jeu des nouveaux arrivants.
Dans la logique de marché comme dans un couple, tout est affaire d’équilibre entre envie et obligation. Vendeurs insatisfaits, acheteurs frustrés… le marché des cessions d’officine serait-il au bord de la crise de nerfs ? En 2008, le mot d’ordre semble être « ne pas craquer », les prix se maintiennent à un niveau élevé malgré une rentabilité en baisse et les vendeurs gardent l’avantage dans la négociation. D’après l’étude annuelle Interfimo présentée en avril à Pharmagora, les clichés ont la vie dure : «oui», les officines sont surévaluées et «oui» leur valorisation repose sur un critère – le chiffre d’affaires TTC – abracadabrantesque, puisqu’il ne tient absolument pas compte de la rentabilité du fonds. Or, cette rentabilité est encore en baisse l’année dernière avec un Excédent brut d’exploitation (EBE) qui chute pour la deuxième année consécutive. Les fonds continuent pourtant de se vendre comme si de rien n’était. « La situation est comparable chez les experts-comptables qui valorisent leurs fonds autour du chiffre d’affaires. Cette approche est certes choquante mais partagée par nombre de professions réglementées », tempère néanmoins Luc Fialletout, directeur général d’Interfimo, banque spécialisée dans le financement des libéraux. Tout de même… l’érosion de l’EBE ne cesse pas : « Une entreprise vaut cinq fois son EBE, c’est une norme. Pour l’achat, les prêts sont planifiés sur 7 ans pour une somme correspondant à 70 % du capital… », rappelle Philippe Becker, directeur du département Pharmacie chez Fiducial Expertise.

Déraisonnables


Point de cette modération en pharmacie : les officines se vendent actuellement à 8 ou 9 fois leur EBE et le remboursement des emprunts se déroule communément sur une durée de 12 ou 15 ans. Inquiétant ? Toutes proportions gardées, la situation du marché rappelle celle des «subprimes» aux USA, à l’origine de la crise qui continue de secouer le monde. «On a permis à des gens d’acquérir des biens, des villas, des immeubles alors qu’ils n’en avaient pas les moyens ! Il ne faut pas rentrer dans ce non-sens économique. Si les jeunes ne peuvent pas s’installer, les partants auront un vrai problème », analyse Philippe Becker. C’est entendu : pour avoir un marché sain, il faut des vendeurs… et des acheteurs : c’est là que le bât blesse. « Le contingent de pharmaciens partant en retraite a doublé : les gens quittent la profession. Au contraire, les réinstallations sont freinées. Pourtant les bonnes nouvelles tombent de façon saisissante dans la transmission des PME, cela devrait permettre aux vendeurs d’être moins gourmands. » Le chiffre des mutations est pourtant en chute libre de près de - 15 %: « En fait ce sont les acheteurs qui veulent se réinstaller qui ont déserté le marché. L’effectif des partants est énorme mais les titulaires vieillissent et ne veulent pas partir. On a tous les syndromes d’un marché bloqué où acheteurs et vendeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde », déplore le financier.

Position de force

Pas assez de capitaux propres, officines trop chères, les organismes financeurs serrent les cordons de la bourse et refusent bon nombre de demandes de prêts, d’où un nombre de mutations en chute (voir graphique ci-dessous). Surtout que certaines pharmacies s’arrachent tandis que d’autres sont délaissées par les futurs acquéreurs : le phénomène n’est certes pas nouveau mais les grosses officines continuent de s’apprécier tandis que le prix des plus petites reste stable. Le phénomène des Sel aidant, les fonds de belle taille, plus de deux millions d’euros, attirent tout le monde : les futurs titulaires qui n’ont pas envie de s’installer seuls, et les titulaires qui possèdent déjà un capital et cherchent à se réinstaller. Ces derniers préféreront d’ailleurs toujours céder plutôt que de grignoter leur apport, quitte à payer le prix demandé. C’est le cercle vicieux ! «Le marché était plus intelligent en 1998 qu’en 2008, une pharmacie qui se vendait cher à l’époque était aussi plus rentable qu’une autre : ce n’est plus le cas en 2008. Beaucoup de ventes apparaissent aujourd’hui comme des prix de contraintes », s’étonne Luc Fialletout. Certains petits malins ont d’ailleurs joué les apprentis sorciers, en spéculant sur une hypothétique ouverture du capital suite à une décision de la Cour de justice européenne, qui sera rendue le 19 mai prochain. « Cela crée une bulle spéculative, commente Philippe Becker, certains pharmaciens se comportent comme des marchands de bien. Ces calculs financiers ne sont évidemment pas très confraternels et ont en plus l’inconvénient de donner une mauvaise direction au marché ».

En attendant l’Europe…

Une fois le capital ouvert, les spéculateurs revendraient donc l’officine achetée deux ou trois ans auparavant. Le phénomène est marginal mais existe bel et bien et a une influence à la hausse sur le marché. Et si la CJCE décide de ne rien changer ? « Les pharmaciens seront obligés de garder ces officines qu’ils auront acheté trop cher » et, pour rentrer dans leurs fonds, ils seront bien obligés de vendre au moins aussi cher ! Tel est pris qui croyait prendre. Peuton pour autant dire que les officines sont devenues un mauvais business ? Que nenni. Le monopole sur la vente de médicaments remboursables ou non a été réaffirmé et leur répartition démogéographique « solvabilise » ces ventes effectuées à un niveau très élevé. Et l’avenir réserve quelques bonnes surprises, en particulier les systèmes de holding de pharmacies au travers de SPFPL* qui permettront aux adjoints de se « titulariser » plus facilement et injecteront un peu d’huile dans ce marché décidément très rouillé.  

Dossier réalisé par Laurent Simon  

* (société de participations financières des professions libérales) 


ATTENTION AUX ARNAQUES A LA SUBSTITUTION
Phénomène nouveau et regrettable, on nous rapporte que certains cabinets de transactions peu scrupuleux n’hésiteraient pas à conseiller à leur client vendeur de gonfler artificiellement leur chiffre d’affaires. Comment ? Très simple : en arrêtant la substitution quelques mois avant la cession de leur officine. Privé de génériques, le CA part donc à la hausse, même si la rentabilité ne bouge pas : rappelons que les marges sur le générique et le princeps sont identiques. Seule perte : les remises octroyées par les génériqueurs, qui représenteraient à peu près 20 000 euros pour une pharmacie de deux millions d’euros de CA annuel. Mais à la clef une belle culbute pour le pharmacien vendeur, qui aura pu gonfler son prix de vente de quelques pourcents et qui échappera de toute façon aux sanctions de la CPAM. Un beau pactole pour le cabinet de transaction, qui est payé au pourcentage… mais un sale coup de bonneteau pour l’acheteur, qui se retrouve avec une officine surcotée et des rêves de croissance qui se confronteront vite à la dure réalité. Est-ce vraiment de cette façon que les jeunes auront envie de s’installer ? On ne peut donc que conseiller aux futurs titulaires – et à tous ceux qui chercheraient à reprendre une officine – de vérifier à deux fois les factures de génériques de leur future pharmacie sur les années précédentes. Deux précautions valent mieux qu’une pour échapper à cette combine… légale, peut-être, mais révoltante.

PRIX DE CESSION PAR NIVEAU DE CHIFFRE D'AFFAIRES TTC

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Plus c’est gros, plus c’est cher ! Les fonds de plus de deux millions d’euros, qui peuvent accueillir plusieurs titulaires et sont donc très recherchés, se vendent autour de 100 % du CA. 

PRIX DE CESSION PAR TYPE D'OFFICINE
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Ce n’est pas une nouveauté mais avantage est donné aux pharmacies de centres commerciaux, qui se négocient (très) chers, au-delà de 100 %. Ce ne sont pourtant pas forcément les plus
rentables ! 

MODES D'EXERCICE DES ACQUEREURS
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2008 marque un tournant, les Sel sont maintenant majoritaires dans les nouvelles acquisitions d’officines. Toujours le même problème en toile de fond : les Sel, facile d’y rentrer, difficile d’en sortir

!