
La profession est à l’aube de changements profonds dans la définition de ses missions et dans la reconnaissance de son rôle. Si la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires tient ses promesses, si les sénateurs partagent la même ambition et les mêmes espérances que les députés à l’égard de la pharmacie d’officine, de grandes perspectives s’ouvriront à nous. Mais si l’on veut demain pouvoir saisir cette chance historique, qui consiste à faire le choix de l’excellence contre le mercantilisme, en nous impliquant dans la coordination des soins et en faisant valoir, selon les propres termes de notre ministre de la Santé, « une réelle valeur ajoutée, scientifique et sociale », il nous faudra plus que de la bonne volonté. Il faudra que nos officines aient les reins assez solides, des capacités humaines et logistiques suffisantes pour développer de nouveaux services.
Pour ce faire, nous le savons tous, il nous faudra trouver le moyen de renforcer notre réseau en permettant au plus grand nombre d’officines d’atteindre une taille critique suffisante. Pour y parvenir, il existe deux écoles : poignarder par médias interposés les plus fragiles d’entre nous en les vouant à une disparition pure et simple, ou bien chercher une solution qui permette à la fois aux plus modestes d’unir leurs forces et aux plus anciens de raccrocher les gants sans y perdre leur chemise.
C’est cette piste que la Fédération a choisi d’explorer, en missionnant plusieurs équipes chargées de réfléchir à la résorption des problèmes financiers de ceux qui en souffrent le plus, aux conditions de départ de ceux qui souhaitent vendre leur fond dans des conditions décentes, et à l’amélioration point Ceux qui pensent pouvoir sauvegarder notre indépendance en introduisant dans notre système le poison de la spéculation capitalistique se trompent lourdement par point du réseau officinal. Notre démarche se trouve confortée par l’annonce faite par la ministre, qui souhaite faciliter les procédures de regroupements d’officines. Ces derniers constituent effectivement une solution séduisante, qui doit pouvoir s’additionner à d’autres mesures pour aboutir à un réseau plus fort, plus efficient et plus pérenne.
Notre responsabilité dans cette réflexion est immense et j’en mesure le poids. C’est pourquoi je supporte de plus en plus mal, en tant que président du syndicat majoritaire de la profession, de voir ce débat manipulé par des apprentis sorciers, des « tontons La Bricole » du réseau, qui s’imaginent pouvoir appliquer à l’officine des recettes déjà éprouvées dans le prêt-à-porter, la restauration rapide ou la grande distribution. Ceux qui pensent, parfois avec sincérité, pouvoir sauvegarder notre indépendance et notre qualité de service en introduisant dans notre système le poison de la spéculation capitalistique, se trompent lourdement. Sauf, bien sûr, à considérer que les officines sont des points de vente comme les autres, que la responsabilité professionnelle se divise à l’infini comme autant de parts sociales et que le lieu d’exercice peut être dissocié à l’envi de la personne qui en assume la charge ! Notre devoir vis-à-vis du patient nous oblige à plus d’exigence et de hauteur dans l’approche de ces questions. La FSPF est prête à se mettre autour de la table afin de définir en commun – organisations professionnelles et pouvoirs publics – les solutions à même de faire évoluer notre réseau dans le bon sens, mais elle s’opposera à la dilapidation de ses valeurs. Nos principes nous élèvent : ne les piétinons pas.
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina