Selon certaines observations effectuées au cours des dernières décennies, les anomalies de la fonction de reproduction masculine seraient en augmentation. Vraie certitude scientifique ou simple hypothèse ? Y a t-il menace sur la fertilité de l’homme ?
Facteurs environnementaux
La concentration du sperme en spermatozoïdes aurait diminué de moitié au cours des cinquante dernières années. De même, une augmentation des malformations des organes reproducteurs à la naissance(1) a été mise en avant. « Les phénomènes observés sont probables mais les prouver s’avère difficile d’un point de vue méthodologique », indique Rémy Slama, chercheur en épidémiologie environnementale à l’Inserm. En revanche, la progression du cancer du testicule dans de nombreux pays comme la France représente, malheureusement, une vraie certitude. Pour Rémy Slama, « ces anomalies pourraient être les manifestations d’une altération du développement du testicule au cours de la vie foetale ». Depuis quelques années, on s’interroge sur le rôle que pourraient jouer les facteurs liés à notre mode de vie et notre environnement. Les scientifiques ont notamment mis en évidence, chez l’animal et in vitro, l’activité perturbatrice sur le système endocrinien des phyto-oestrogènes, PCB (pyralène), bisphénol A (qui entre dans la fabrication des biberons, des bouteilles en plastique, etc.) et phtalates(2) (additifs utilisés dans les matières plastiques, les emballages alimentaires, les cosmétiques).
Système hormonal perturbé
Comment agissent plus précisément ces perturbateurs endocriniens ? En bouleversant le système hormonal, notamment l’équilibre androgènes/oestrogènes : certains vont agir en mimant l’action des hormones femelles, les autres en bloquant celle des hormones mâles. « L’exposition à ces substances est à craindre tout particulièrement à certaines périodes de la vie où l’organisme est plus vulnérable, explique l’épidémiologue, c’est ce qu’on appelle les fenêtres de susceptibilité qui, dans le cas des perturbateurs endocriniens, incluent la vie foetale – et notamment le début de la grossesse, lors du développement testiculaire – et peutêtre les premiers mois de la vie ». Cependant, le danger des perturbateurs endocriniens ne se limite pas à la fonction de reproduction. S’ils sont une menace pour la fertilité de l’homme, ils pourraient aussi avoir un rôle dans la survenue de pathologies tels que les cancers hormonodépendants, le diabète ou l’obésité.
Claire Grevot
Miguel Medina
(1) La cryptorchidie (non descente des testicules) atteindrait 2 à 4% des nouveaux-nés, et l’hypospadias (orifice urogénital en position ventrale sous le pénis), 0,3 à 1% des garçons à la naissance. (2) Des travaux français récents ont mis pour la première fois en évidence l’effet néfaste des phtalates sur le testicule foetal humain (Environmental Health Perspectives). http://www.ehponline.org/docs/2008/11146/abstract.html).

La nouvelle génération d’hommes accuse une baisse préoccupante de concentration du sperme en spermatozoïdes.
PAR PRECAUTION
Des mesures simples doivent être prises aux périodes et âges sensibles.
• Au cours de la grossesse et de l’allaitement : utiliser le moins possible de cosmétiques et de lotions, bannir les parfums, les teintures pour cheveux et les sprays, éviter l’exposition aux peintures.
• Chez le jeune enfant : limiter l’usage de lotions, laver tous les objets qui lui sont destinés.
• Privilégier les produits sans solvant et ceux dotés d’un label écologique (marque NF Environnement et Eco-label européen).