n°1210
mai 2009
Actualité
Polémique
Querelle de chiffres sur l’OTC
A quelques mois du premier anniversaire de la mesure « libre accès », le ton monte sur la question des prix fabricants. Décryptage.
Que retenir des accusations échangées le mois dernier entre, d’un côté l’Afipa, qui représente les industriels de l’automédication, et de l’autre l’UNPF et l’Uspo ? Au minimum, cet épisode révèle la fébrilité qui entoure le bilan du libre accès, dont le premier anniversaire sera célébré en juillet. Au-delà, cette passe d’armes illustre l’âpreté des enjeux attachés à cette mesure, censée permettre la plus large accessibilité aux médicaments conseil par la modération des prix, ainsi qu’un effort de transparence des conditions commerciales consenties aux pharmaciens. Avec, en filigrane, cette question : les fabricants ont-ils, oui ou non, joué le jeu de la modération des prix ?
Partage de l’effort
On estime aujourd’hui qu’un tiers des pharmaciens ont mis en place un espace libre accès dans leur officine. Mais pour ce qui est de l’évolution des tarifs – ceux des fabricants et ceux des pharmaciens – les premiers résultats fiables ne seront pas connus avant quelques semaines. « Il est aujourd’hui trop tôt pour tirer des conclusions, et nous trouvons regrettable la polémique, temporise d’ailleurs Philippe Besset, président de la commission Economie de la FSPF, c’est pourquoi nous invitons tout le monde à reprendre le chemin du dialogue ».
D’autant que ce premier bilan méritera un examen plus attentif des choses. « Conformément à notre volonté initiale, nous allons essayer de savoir qui s’est le plus impliqué dans la modération des prix, ce qui n’a jamais été le but de l’Observatoire des prix mis en place. Si l’effort n’a pas été équitablement supporté par les différents maillons de la chaîne, il faudra qu’on puisse le démontrer aux pouvoirs publics », estimet- il. Plus qu’une simple évaluation, l’idée consiste surtout à faire évoluer les pratiques commerciales des fabricants afin des les inciter à revenir dans une fourchette de prix achat sur la médication familiale.
Evolution des pratiques
« Certes, concède Philippe Besset, le pharmacien a une responsabilité dans la fixation des prix, mais il n’est pas le seul. C’est pourquoi nous avons décidé de travailler avec les fabricants à une évolution progressive et concertée des pratiques. Aujourd’hui, à l’instar du marché de l’automobile, celui de la médication familiale est assis sur un système de remises qui nuit à l’image même du médicament. C’est pourquoi nous incitons nos confrères à regarder combien leur coûte leur produit en euros, et non en pourcentage de remises. Tel sirop qui sera vendu avec 70 % de ristourne peut s’avérer plus cher que tel autre sirop cédé avec une remise très modeste ». L’idée étant qu’à partir du moment où les pharmaciens auront pris l’habitude de cette démarche, l’attitude des fabricants changera. « Pour mémoire, c’est ainsi qu’on a découragé la pratique des ventes liées [technique de vente consistant à proposer une remise sur un produit à condition d’en acheter un autre, NDLR] », signale Philippe Besset.
Au-delà des chiffres, voilà selon la FSPF le véritable enjeu du libre accès : que les remises reviennent dans des limites raisonnables, en contre partie d’une diminution des prix fabricants : « il faut que les prix retrouvent un sens », tranche l’élu.
Laurent Gainza
Photo Miguel Medina
Les 6 règles d’or de l’affichage des prix
Les pharmaciens oublieux de leurs obligations devraient y prendre garde : la Répression des fraudes (DGCCRF) veille. Profitons-en pour rappeler que l’affichage dans les pharmacies du prix des médicaments non remboursables répond à un « cahier des charges » précis :
Etiquetage du prix public sur le conditionnement des médicaments non remboursables non exposés à la vue du public ;
■ Affichage visible et lisible par le client du prix public des médicaments non remboursables exposés à la vue du public ;
■ Edition mensuelle d’un catalogue listant, selon un ordre alphabétique, le prix public des médicaments non remboursables soumis à prescription médicale obligatoire habituellement détenus dans l’officine. Ce catalogue doit porter des mentions obligatoires très simples et ne doit pas être publicitaire ;
■Sous réserve que le pharmacien en informe le client au moment de l’achat, le prix de vente peut exceptionnellement être différent de celui du catalogue dès lors qu’il existe des contraintes d’approvisionnement ou lorsque le médicament n’est pas immédiatement disponible à l’officine ;
■ Mise en place d’une affichette rappelant le régime de prix des médicaments non remboursables ;
■ Remise d’un justificatif de paiement lorsque le consommateur le demande.