n°1210 mai 2009
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Santé Prospective Vers une médecine dématérialisée
Le progrès technologique arrivera-t-il à combler la distance grandissante entre des praticiens trop rares et des malades parfois très isolés ? En route pour le meilleur des mondes de la santé.

Les médecins préfèrent la ville, c’est un fait. Alors que dans nos campagnes, la population vieillit et souffre d’affections chroniques – plus de 15 millions actuellement, le nombre de praticiens diminuent malgré les incitations gouvernementales. Solution de secours, les interventions médicales à distance pourront-elles remédier aux inégalités d’accès aux soins et empêcher l’hémorragie de structures de soins et d’officines ? Le contexte est propice : le haut débit s’est généralisé et le gouvernement – Roselyne Bachelot en tête –, y est favorable. Qu’attendre des interventions médicales à distance ? Elles permettraient « de meilleurs soins, des frais de transport réduits, le maintien des petites structures hospitalières et un décloisonnement ville hôpital », précise Annie Podeur, Directrice de l’hospitalisation et de l’organisation des soins. Quelques initiatives parmi d’autres, très nombreuses, montrent la voie.

Rester au pays

Dans le Cantal, comme dans de nombreuses régions rurales, le radiologue est une denrée rare qu’il convient de partager. Ainsi, les trois hôpitaux d’Aurillac, de Saint- Flour et de Mauriac ont-ils décidé de créer un réseau de téléradiologie, basé sur la mise en commun des images médicales : chaque établissement profite de l’expertise des radiologues en poste dans les autres établissements. Mieux, le radiologue d’astreinte reste à son domicile, où il reçoit les clichés directement transmis sur son ordinateur. En quelques minutes, ceux-ci sont décortiqués, commentés et le compterendu, envoyé en deux clics par mail. Le tout aura duré une « En quelques minutes,
les radios sont décortiquées, commentées et le compte-rendu envoyé par mail »
  vingtaine de minutes. Pour les mêmes raisons, l’hôpital de Saint- Junien (Haute-Vienne) a créé un réseau avec une équipe de radiologues privés de Limoges. Les scanners effectués aux urgences de l’hôpital sont interprétés dans les minutes qui suivent dans le cabinet des libéraux et la prise en charge du patient rapidement décidée. A Saint-Brieuc, l’équipe de néphrologie a ouvert en 2006, le premier centre de dialyse télésurveillée à l’hôpital… de Lannion. Où un système de visioconférence permet au néphrologue, de suivre son patient pendant les quatre heures que dure l’opération. « La télédialyse permet de combiner sécurité médicale et traitement de proximité. La fatigue et les coûts liés aux transports sont épargnés, en contrepartie, elle nécessite un surcoût en matériel ainsi que des structures informatiques qu’il ne faut pas méconnaître », résume le Dr Françoise Léonetti, néphrologue à l’hôpital de Saint-Brieuc. Le même hôpital propose également des consultations de chirurgie vasculaire à l’hôpital de Paimpol. Le Dr Moissan peut examiner des malades allongés à 45 km de là. Deux caméras, un écran, un réseau web médical branché sur le réseau WiFi de l'établissement et le tour est joué. L’infirmière peut même déplacer une station caméra à roulettes dans les chambres.

L’urgence vasculaire

Aujourd'hui, on sait que la thrombolyse du caillot dans un accident vasculaire cérébral, doit être réalisée dans les trois heures suivant l'apparition des premiers symptômes. « Toute minute perdue équivaut à deux millions de neurones en moins », s’inquiète le Pr. Pierre Amarenco, chef du service de neurologie de l’hôpital Bichat. Problème : l’intervention doit être pratiquée dans une unité neurovasculaire par un neurologue expert. Or le nombre de ces unités est relativement limité. « Environ 90 % de ceux qui nous sont adressés arrivent hors délais », précise le praticien. La faute au temps de transport des patients. Voilà pourquoi ce chef de service a créé un réseau de dix hôpitaux en Ile-de-France, de Lagny à Compiègne, en passant par Provins, où l’urgentiste peut faire examiner « télévisuellement » le patient par le service de Bichat et commencer la thrombolyse salvatrice. «Malgré de nombreuses expériences positives, il n'est pas encore possible de conclure de manière définitive sur l'usage de la télémédecine », affirme-t-il. Prudence donc. Sachant que l’idéal serait d’équiper les véhicules du Samu ; pour l’instant la qualité de l’image est insuffisante… A Toulouse le Pr. Louis Lareng, apôtre de la télémédecine et fondateur du Samu a un objectif en tête : « éviter l’hospitalocentrisme ». Depuis 2004, un GIP* réunit 61 établissements adhérents, qui seront bientôt mis en réseau, et pas moins 15 717 professionnels de santé. En 2007, 2 016 consultations et aides au diagnostic ont été réalisées dans la région Midi-Pyrénées contre 678 en 2001. Résultat : 50 % de transferts de malades évités et 12 % dirigés vers le CHU de Toulouse.

Lever les obstacles

« C’est une magnifique invention » se réjouit Robert Pujol, grand prêtre de la formation continue pharmaceutique en Midi-Pyrénées et professeur de pharmacologie à la faculté de pharmacie et de médecine de Toulouse. « C’est moi qui ai lancé les premières visio-conférences de pharmacologie en même temps que se créait l’Institut de Télémédecine de l’université Paul Sabatier, c’est à dire en 1993. Nous avons été poussés par la nécessité : la région est vaste et très rurale. J’utilisais donc le réseau de télémédecine pour les pharmaciens ! » Robert Pujol est optimiste quant à l’avenir de ces technologies, qui peuvent redynamiser les soins en zones rurales, tout en reconnaissant qu’elles sont chères et qu’il manque un cadre juridique. En effet, les expériences précitées ne bénéficient pas de budgets pérennes. Tout repose sur la bonne volonté : ici d’un Conseil régional, là d’un Conseil général ou d’un médecin motivé. « Nous avons un saut à faire » admet Annie Podeur. Un saut budgétaire, mais aussi technologique, pédagogique et juridique. En deux mots : définir le cadre légal de la télémédecine sur la nature de l’acte, son mode d’exercice, sa rémunération. Si la loi Hôpital, Patients, Santé et Térritoire tient ses promesses (lire cidessous), ces technologies seront sans doute appelées à se déployer. A suivre...

Jacqueline Machu
Miguel Medina

* Groupement d’intérêt public

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En France, les initiatives de télémédecine se multiplient sans financements clairs ni cadre légal strict.


FILET ELECTRONIQUE DE SECURITEDans les Alpes-Maritimes, le programme Medecin@pais a été créé pour compenser les inégalités territoriales : une bande côtière surpeuplée et un arrière-pays qui ne compte plus que quarante médecins. Il permet de mettre en relation les hôpitaux locaux, les maisons de santé rurale et les Ehpad, avec les sites hospitaliers de référence de Nice et Menton – tous étant équipés d’un dispositif de télémédecine satellitaire. Les professionnels du haut pays peuvent ainsi prendre avis auprès des spécialistes du littoral en matière de cardiologie, psychiatrie, gérontologie, radiologie et dermatologie. Onze valises médicalisées communicantes viennent en outre d’être remises à des médecins ruraux. Elles permettent de réaliser des examens courants au chevet du patient (ECG, pression artérielle…) de les stocker sur un PC et/ou de les adresser à un expert pour une interprétation. Depuis 2005, trois nouveaux médecins se sont installés dans le moyen et haut pays.


La télémédecine bientôt reconnue
La future « loi Bachelot » prévoit de mettre fin au vide juridique et à l’absence de prise en charge financière qui caractérisent actuellement la télémédecine. Voici ce que dit le projet de loi HPST sur la question :
« La télémédecine est vécue comme sécurisante par les jeunes médecins sortant de la Faculté » se réjouit Marc Raucoules-Aimé, directeur du pôle anesthésie réanimation à l’Hôpital de l’Archet à Nice et référent médical télémédecine. « La télémédecine est une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication. Elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé, parmi lesquels figure nécessairement un professionnel médical et, le cas échéant, d’autres professionnels apportant leurs soins au patient. Elle permet d’établir un diagnostic, d’assurer, pour un patient à risque, un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, de requérir un avis spécialisé, de préparer une décision thérapeutique, de prescrire des produits, de prescrire ou de réaliser des prestations ou des actes ou d’effectuer une surveillance de l’état des patients. La définition des actes de télémédecine ainsi que leurs conditions de mise en oeuvre et de prise en charge financière sont fixées par décret ».