n°1210 mai 2009
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Santé Recherche Toute la prévention dans une pilule
Polycap associe cinq principes actifs agissant sur les facteurs majeurs du risque cardiovasculaire. Simple performance galénique ou révolution dans la prévention de ces maladies ?
Des Anglais l’ont conçue, des Indiens l’ont faite... Polycap est une pilule qui associe cinq principes actifs, agissant sur les facteurs majeurs du risque cardiovasculaire. La formule de cette pilule révolutionnaire ? Une statine, (simvastatine, 20 mg), trois antihypertenseurs (hydrochlorothiazide, 12,5 mg ; aténolol, 50 mg et ramipril, 5 mg), et de l’aspirine (100 mg). Outre la performance galénique, ce produit expérimental mis au point par le laboratoire indien Cadilla Pharmaceuticals, pourrait, à terme, améliorer le traitement et la prévention des maladies du coeur et des vaisseaux. Qui représentent plus de 17 millions de décès dans le monde, dont 80 % dans les pays en voie de développement. La prévention, basée essentiellement sur des mesures hygiénico-diététiques, ne porte pas ses fruits. L’idée d’une prévention médicamenteuse, sous forme d’une pilule unique (polypill) a été avancée en 2003 par Nicholas Ward et Malcolm Law, chercheurs à l'Université de Londres. Après avoir décortiqué une foule d’essais thérapeutiques, ceux-ci estimaient que la prise, dès 55 ans, d'un cachet contenant les principes actifs précités pourrait réduire de plus de 80 % le développement des maladies cardiovasculaires.

Des résultats encourageants

Le produit a été testé, pour la première fois, pendant trois mois, sur 2 053 participants âgés de 45 à 80 ans, en bonne santé mais porteurs d’au moins un facteur de risque – hypertension artérielle, surpoids, tabagisme, hypercholestérolémie. Les candidats ont été répartis en 9 groupes, chacun recevant, soit un seul produit actif, soit l'association de 2 ou 3, soit les 5. Les auteurs de l'étude, le Pr. Salim Yusuf (Hamilton, Canada) et le docteur Prem Pais (Bangalore, Inde) ont présenté leurs résultats au congrès de l'American college of cardiology (Floride) le 30 mars dernier. Les faits saillants : une réduction du taux de LDL, de la tension artérielle et une amélioration de la fluidité sanguine. Les effets secondaires sont les mêmes qu’avec les molécules prises séparément. Par extrapolation, les auteurs estiment que l'administration de cette pilule à une population entière réduirait de 60% les risques cardiovasculaires et de 50 % les risques d'accident cérébral. Le Pr Yusuf envisage une stratégie en trois temps. D’abord réserver Polycap à la prévention secondaire pour faciliter l’observance et réduire les coûts – les composants sont des génériques. Puis s'interroger sur une prévention élargie à toutes les personnes de plus de 50 ans qui n'ont pas encore de maladie vasculaire. « Et si la stratégie n°2 fait la preuve de son efficacité, on pourra se demander s'il ne faut pas mettre ce produit dans l'eau de boisson » ajoute-t-il avec humour. De nouveaux essais cliniques doivent débuter dans les mois qui viennent. Mais cela ne se concrétisera pas avant 10 à 15 ans.

Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
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Une pilule associant plusieurs principes actifs : un tour de force galénique.