n°1220
mai 2010
Santé
FICHE CONSEIL
Les collyres
Complexes, les collyres ne sont pas simples d’usage, ni sans risque. Petit rappel non exhaustif…
CONSERVATION
La conservation après ouverture des collyres et pommades ophtalmiques varie en général de 1 à 4 semaines. Les systèmes Abak et Comod (Cromabak, Larmabak, Timabak, Timocomod, Hylo-Comod…) – « BAK » étant l’abréviation de benzalkonium – allongent respectivement cette durée à 8 et 12 semaines sans recours à un conservateur.
En l’absence de précisions sur l’emballage, les pommades ophtalmiques peuvent être utilisées jusqu’à 1 mois après l’ouverture (noter la date sur le conditionnement). Les unidoses sont à jeter au bout de 24 heures maximum.
Certains collyres se conservent au réfrigérateur (Xalacom, Lucentis) ou à l’abri de la lumière (Azyter, Cosopt…) ou les deux (Xalatan). Les flacons et tubes sont impérativement refermés après chaque instillation et à usage strictement personnel.
INSTILLATION
L’opération débute par un lavage des mains à l’eau savonneuse. Le bouchon est posé face interne vers le ciel. Les suspensions (Lévophta) sont agitées avant usage. Les collyres sont toujours administrés avant les pommades. Si plusieurs produits sont prescrits, leur instillation est espacée d’au moins 15 minutes. Un applicateur, type Opticare, peut être conseillé s’il existe un problème de préhension.
• Le collyre chez l’adulte
1. Tirer légèrement sur la paupière inférieure afin de former une petite poche.
2. Regarder vers le haut et approcher horizontalement le flacon de l’oeil sans toucher les cils (main opposée à l’oeil traité). Instiller la goutte dans le cul-de-sac conjonctival.
3. Fermer doucement les paupières et appliquer une pression douce sur le coin interne de l’oeil pendant 1 minute. Cette manoeuvre améliore l’absorption locale du principe actif, en limitant son passage systémique par le canal lacrymal.
4. Répéter l’opération autant de fois que le nombre de gouttes prescrites.
• Le collyre chez l’enfant
1. Allonger l’enfant sur le dos et lui demander de fermer les yeux.
2. Tout en maintenant une main sur la joue de l’enfant, déposer une goutte dans le coin interne de l’oeil, sans le toucher. Les paupières s’ouvrent par réflexe.
• Les pommades
1. Former une poche en tirant légèrement sur la paupière inférieure et déposer une « goutte » de pommade.
2. Fermer doucement les yeux pendant 1 à 2 minutes et bouger les yeux dans toutes les directions. La vision est souvent trouble pendant 5 à 10 minutes.
VOS CONSEILS SPÉCIFIQUES
• Larmes artificielles : les produits à haute viscosité (Lacryvisc, Artelac, Refresh…) réduisent le nombre d’instillations, mais entraînent plus fréquemment un brouillard visuel.
• Collyres à base de corticoïdes : ne jamais utiliser sans avis médical sous peine de s’exposer à des complications graves (aggravation d’un herpès ophtalmique).
• Collyres antiglaucomateux :
• Les β-bloquants (Bétoptic, Cartéol…) peuvent provoquer une sécheresse oculaire (surtout le timolol) et une majoration des effets des β-bloquants oraux. À l’exception du Bétoptic (bétaxolol cardiosélectif), ils sont contre-indiqués en cas d’asthme ou de BPCO. À long terme, des échappements thérapeutiques sont constatés.
• Les analogues des prostaglandines (Xalatan, Lumigan, Travatan) entraînent dans plus de 10% des cas la croissance des cils et/ou un assombrissement définitif de l’iris. Ils sont administrés de préférence le soir, après les β-bloquants et les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique (IAC).
• Les IAC (Trusopt, Azopt) sont parfois source d’irritations oculaires et plus rarement de réactions allergiques assez sévères.
Anaïs Bellan
Photo : Miguel Medina
QUID DES LENTILLES ?
• Attention lentilles souples ! Ne pas utiliser de collyres contenant des ammoniums quaternaires (conservateurs) ni de collyres qui provoquent une coloration (Rifamycine, vitamine B12).
• Les lentilles rigides de première génération : presque plus utilisées car très peu perméables à l’oxygène.
• Les lentilles rigides perméables à l’oxygène (LPRO) absorbent peu les composants des collyres, donc posent moins de problèmes en théorie… mais en pratique, prudence ! Le conseil le plus judicieux reste de les enlever.
Voir aussi pour compléter cette fiche, l’arbre décisionnel en pdf.

SOURCES
- Avec la collaboration du Dr Jean- Antoine BERNARD, directeur scientifique de la Société française d’ophtalmologie.
- Cespharm, fiche technique : Rôle du pharmacien face aux affections oculaires, février 2008
- Association des pharmaciens du Canada, Patient Self-Care, 2002