n°1220
mai 2010
Actualité
INTERVIEW
Cyclamed en « prime time »
L’association de recyclage des médicaments revient sur le devant de la scène. Thierry Moreau-Desfarges, son président, s’en explique en compagnie de Philippe Gaertner, président de la FSPF.
Après de longues années de silence, Cyclamed revient sur les écrans avec une campagne de communication grand public. L’association revient de loin… Comment va-t-elle ?
Thierry Moreau-Desfarges : Cyclamed va bien, grâce au travail accompli depuis toutes ces années : nous avons connu une crise en 2005 et 2006, mais la mobilisation du public et des pharmaciens d’officine a permis de continuer à rapporter des quantités notables de médicaments non utilisés (MNU).
Les tonnages de MNU récupérés par les pharmaciens n’ont d’ailleurs jamais baissé, même au plus fort de la crise. Comment analysez-vous ce phénomène ?
Philippe Gaertner : À la Fédération, nous avons toujours soutenu Cyclamed. En aucun cas on ne pouvait laisser les MNU dans la nature : il était donc important de continuer à soutenir le dispositif. Le cadre a certes changé – la loi a rendu impossible la valorisation humanitaire –, mais il en va de notre responsabilité d’aller jusqu’au bout de la chaîne. Maintenant que tout est recadré, que le nouvel agrément a été accordé, il s’agit de convaincre les Français de ramener ces MNU, pour protéger la nature mais aussi pour protéger les personnes, afin d’éviter que ces produits puissent être ingérés par des enfants.
Comment faire en sorte que ce qui est ramené dans les officines soit conforme ? Ce recentrage sur l’écologie et sur la prévention des accidents domestiques aura-t-il un impact sur les modalités de collecte ?
TMD : Il est fondamental de procéder à un « pré-tri » : il y a des choses qui ne doivent pas figurer dans les cartons Cyclamed [voir Nota bene]. Chaque année, nous faisons une enquête pour en analyser le contenu : à 93%, c’est du médicament au sens classique du terme, un chiffre constant ces dernières années, et puis il y a 5 ou 6% de produits « autres », un peu de cosmétique notamment. Mais, globalement, les règles du jeu sont respectées, et beaucoup de pharmaciens retirent spontanément les produits litigieux. L’engagement bénévole des pharmaciens a toujours été remarquable, même quand cela ne comportait aucun caractère obligatoire. Le fait que la collecte par les pharmaciens soit désormais obligatoire ne change d’ailleurs pas grand-chose.
PG : Souvent, on veut inscrire dans la loi des choses qui sont déjà faites d’emblée. EXE « Le fait que la collecte par les pharmaciens soit désormais obligatoire ne change pas grand-chose » Thierry Moreau-Desfarges Ce qui importe aujourd’hui, c’est la communication vers les personnes qui ont des produits périmés ou non utilisés. Il faut trouver des visuels, comme dans les aéroports, qui indiquent clairement aux patients ce qui peut être rapporté ou pas.
On pousse les Français à trier leurs ordures – ce qui est parfois compliqué ! – et aussi leurs MNU. Comment leur faire comprendre qu’un médicament vétérinaire, par exemple, ne peut pas être rapporté ?
TMD : Même pour les ordures ménagères classiques, il n’y a pas d’homogénéité sur le territoire. Il faut être pragmatique : pour la pharmacie vétérinaire, c’est un peu compliqué. Il y a les médicaments pour les animaux de rente, qui passent par le vétérinaire, et ceux pour les animaux domestiques qui passent par le pharmacien. Mais je pense que quand un client rapporte un médicament vétérinaire périmé à son pharmacien, aucun confrère, avec un peu conscience professionnelle, ne le rejettera. C’est un acte de protection qui évitera que cette substance active, souvent identique aux molécules utilisées chez l’homme, génère une pollution.
PG : Si un patient m’en présentait, à titre personnel je ne me battrais pas pour refuser un médicament vétérinaire. En revanche, il faut être très ferme sur les Dasri, les radiographies, les pansements et autres, qui doivent entrer dans des circuits aujourd’hui prévus par la loi mais qui attendent leurs décrets d’application. Quant aux cosmétiques, c’est simple : ils doivent rejoindre les déchets ménagers classiques.
N’est-il pas dommage que des traitements, parfois très onéreux, qui sont à peine entamés ne puissent plus profiter à d’autres ?
TMD : Sur le volet humanitaire, il y a des textes qui régissent l’organisation et nous devons les respecter. Que des groupes de réflexion soient installés, c’est bien, mais Cyclamed n’est clairement pas mandaté pour cela aujourd’hui. Ce qui ne m’empêche pas de penser que, dans un environnement économique difficile, il faille réfléchir aux moyens d’aider un certain nombre de personnes à bénéficier de médicaments.
PG : Il est important de garantir la filière pharmaceutique, qui est parfaitement organisée depuis la fabrication jusqu’à la récupération. Si demain, on se rendait compte que ce qui a été imaginé pour remplacer le volet humanitaire de Cyclamed ne suffisait pas à répondre aux besoins, il faudrait peut-être revenir sur la position actuelle.
Cyclamed, c’est quinze ans d’expertise dans le recyclage. Avec l’émergence des grands débats environnementaux, pourquoi ne vous entend-on pas davantage ?
TMD : Nous voulons justement faire de Cyclamed une association dont l’expertise puisse être entendue, notamment sur les Dasri mais aussi sur les cosmétiques. Nous ne sommes pas mandatés pour le moment, mais nous voulons y réfléchir…
La récupération des Dasri est une problématique extrêmement lourde : ne pourrait-on imaginer que Cyclamed puisse demain assurer la collecte de ces déchets sensibles ?
PG : Pour que Cyclamed puisse jouer un rôle, la première condition est de sécuriser la récupération, de manière à ne pas faire prendre de risques aux intervenants. L’un des atouts de Cyclamed est sa présence sur tout le territoire. Or, on sait que ce qui coûte cher, c’est d’organiser la récupération depuis les points de collecte. Son deuxième atout est d’être un circuit bien connu du pharmacien.
TMD : Nous avons travaillé à une charte qualité, qui deviendra un élément important de notre communication. Il est certain qu’on va donc vers des règles de plus en plus fortes en termes de traçabilité et de qualité, ce qui pourrait nous donner une meilleure légitimité pour intervenir un jour dans ce domaine.
Pour conclure : on sait que la grande distribution rêve de mettre la main sur l’OTC. Est-ce que l’exemple de Cyclamed ne constitue pas un bon argument de défense du circuit officinal ?
PG : Absolument! Bien avant le Grenelle de l’environnement, le système de récupération des médicaments était déjà en place dans nos officines…
Propos recueillis par Laurent Gainza
Photo : Miguel Médina
UNE SAISON EN ENFER
• Juin 2004 : le scandale éclate : des pharmaciens remettraient en circulation des MNU.
• Décembre 2004 : l’Ordre appelle à séparer emballage et blister des MNU avant de les ramener à la pharmacie.
• Février 2005 : une enquête de l’Igas confirme la gravité des trafics.
• 2005-2007 : l’association cesse toute communication.
• Février 2007 : une loi met fin au recyclage humanitaire des MNU.
• Janvier 2009 : Cyclamed relance sa communication TV, la valorisation humanitaire des MNU est effectivement interdite.
• Avril 2010 : l’agrément de l’association est maintenu pour une période de 5 ans
Thierry Moreau-Desfarges et Philippe Gaertner.
Nota Bene
Cyclamed ne reprend pas les médicaments vétérinaires, les produits de parapharmacie, les radiographies, les thermomètres à mercure, les pansements et compresses, les seringues, aiguilles usagées et autres Dasri.