n°1220
mai 2010
Pratique
MARCHÉ
Place à la beauté intérieure
Segment roi au sein des compléments alimentaire, la minceur perd de la vitesse dans un marché en pleine recomposition. Analyse.
À peine mature, le marché des compléments alimentaires en officine s’assagit déjà : fini les taux de croissance à + 20 % constatés entre 2002 et 2003. La croissance a même pâti en 2008 (-1,8%) et 2009 (-5,3%), ce qui n’empêchera certainement pas le chiffre d’affaires – tous points de vente confondus – d’atteindre le milliard d’euros symbolique en 2010… Crise d’adolescence ou déprime passagère ? Peut-être lassé de la profusion des formulations et d’allégations parfois outrancières, le public se détourne d’un segment roi : la minceur. 
« Le marché s’est cassé complètement la figure à près de -20%, même s’il reste le plus important en valeur. Du reste, il n’y a qu’en France où il est premier, il est plutôt en troisième ou quatrième position dans tous les autres pays d’Europe », analyse Philippe Bruneau, DG de Biocyte et ancien de Forté Pharma. Pourquoi la bulle a-t-elle explosé ? Les consommateurs en besoin de preuves se tournent vers les spécialités à valeur médicale ajoutée, comme en ophtalmologie où « les produits sont directement prescrits après une visite chez le médecin dans le cas de la dégénérescence maculaire liée à l’âge », confirme le dirigeant. Du coup, le segment se retrouve en troisième position.
Collections
Question de mode : la santé passe aujourd’hui par la bouche, et de nombreuses entreprises pharmaceutiques ont pris le tournant, comme Merck santé familiale dont le produit Bion, véritable carton au rayon probiotique, est responsable à pratiquement lui seul de l’explosion du segment « Défenses immunitaires », qui passe en trois ans de la dernière à la quatrième place du marché. Question point de vente, les cartes se redistribuent. Toujours largement majoritaires, les officines voient arriver de nouveaux concurrents : « Les magasins de diététique sont très au fait des ingrédients et de leur efficacité et sont de manière générale beaucoup plus intéressés par la formulation qu’un pharmacien qui se sent moins proche du produit », témoigne Philippe Bruneau. Mais aussi la GMS, qui a senti le filon : Picard a récemment mis en rayon des compléments alimentaires baptisés « -18°C», aux indications diverses, depuis la beauté jusqu’à la digestion… Passons. Argument bio/santé d’un côté, cosmétique de l’autre, les compléments suivent les modes et l’avenir est résolument à la peur de vieillir et au culte de la jeunesse.
1.Données IMS-Health, conférence de presse Biocyte.
Laurent Simon
Photo : Miguel Medina


Fatigués de la surenchère marketing, les consommateurs se tournent vers les spécialités à valeur médicale ajoutée.