n°1230
Mai 2011
Santé
CONSEIL
Le latex à l’abri
Les distributeurs de préservatifs installés en extérieur soulèvent les craintes des utilisateurs. Pourtant, ce mode de stockage ne malmène en rien le latex.
Accrocher un distributeur de préservatifs sur le mur de son officine est un geste pour la prévention des infections sexuellement transmissibles… À ceci près que les préservatifs, censés être stockés « dans un endroit frais et sec » ou « à température ambiante » selon les fabricants, pourraient ainsi se retrouver exposés, lorsqu’ils sont en plein soleil, à des températures élevées. « La chaleur excessive risque de les endommager », précise même Protex sur l’une de ses notices. Les distributeurs extérieurs ayant également la réputation de n’être réapprovisionnés que rarement et de subir de nombreux actes de vandalisme, l’idée selon laquelle les utilisateurs devraient s’en méfier, voire carrément les éviter, circule donc sur quelques blogs. À tort ?
Aucun problème à 70 °C
L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé s’est posé la question après la canicule de 2003. Une étude a été initiée en 2005 auprès de quelques industriels. « Dans le respect de la norme NF [voir encadré ci-contre], les industriels font subir à leurs préservatifs des tests d’éclatement après étuvage à 70 °C pendant 48 heures, explique Nicolas Thevenet, chef du département Surveillance du marché des dispositifs médicaux. Aucun problème n’a été rencontré. En outre, même si les préservatifs stockés dans des distributeurs extérieurs sont soumis à des contraintes thermiques importantes, les industriels nous ont indiqué que le volume de préservatifs y est restreint et que ces appareils sont toujours remplis par le haut afin d’assurer une bonne rotation. » Un distributeur compte 15 à 95 boîtes, selon les modèles, et la grande majorité des officinaux interrogés le rechargent au maximum tous les mois. Une rotation qui semble donc garantir la sécurité des préservatifs. Même soumis à de fortes températures, le latex ne s’altère pas.Quant à l’effet d’une température élevée sur les stocks, même pendant quelques jours, « si aucun test en situation n’a été réalisé, les éléments recueillis nous ont rassurés », indique Nicolas Thevenet. Les pharmaciens interrogés par nos soins n’ont d’ailleurs jamais constaté ni altération des étuis, ni de températures anormalement élevées dans leurs distributeurs.
La Pharmacie centrale des armées s’est aussi penchée sur le sujet à travers une étude sur le stockage dans des conditions de chaleur et d’humidité tropicales. Elle a notamment soumis les capotes pendant six mois à des « conditions dites de vieillissement accéléré », à savoir des températures de 40 °C associées à une humidité relative de 75 %. Résultat : « Les conditions de stockage n’ont pas d’effet négatif sur les paramètres physico-chimiques intrinsèques des préservatifs », peut-on lire en 2005 dans la revue Médecine tropicale. En d’autres termes, pas de risque avéré pour la sécurité des dispositifs. Les indices s’accumulent… Si l’on y ajoute que le latex résiste généralement jusqu’à 80 °C, aux dires du Syndicat national du caoutchouc et des polymères, difficile d’imaginer une altération, même dans un distributeur en acier adossé au mur d’une officine varoise en plein été. Voilà de quoi rassurer vos patients.
Anne-Laure Mercier
Photo : Miguel MEDINA
Nota-bene
Si la chaleur peut être dangereuse pour les préservatifs, il n’en va pas de même du froid, le latex y étant peu sensible. Il faudrait au moins atteindre les – 70 °C pour que ce matériau devienne cassant comme du verre. 
Selon les témoignages des pharmaciens, le stock des distributeurs a une durée de rotation d’un mois maximum, ce qui garantit la sécurité des préservatifs.
Un label de qualité
La marque NF qui apparaît sur les boîtes de préservatifs est délivrée par le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE). Ce label certifie, à sa sortie d’usine, que le produit est conforme à la norme NF EN ISO 4074, laquelle « spécifie les exigences minimales et les méthodes d’essai à utiliser pour les préservatifs en latex de caoutchouc naturel ». Le LNE vérifie alors les dimensions du produit, sa résistance à la traction et l’effet barrière vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles. Il réalise aussi des essais d’éclatement, avant et après vieillissement, au cours desquels une pression d’air est appliquée dans le préservatif jusqu’à la rupture.