n°1230 Mai 2011
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Pratique MARKETING Jouez-la écolo !
Les pharmaciens sont – ou devraient être – éco-responsables. Afficher son engagement en faveur du développement durable, est-ce une stratégie payante ? Témoignages.
Il y a un monde entre le fait de vendre des produits bio – qui ne le fait pas ? – et d’adopter une conduite cohérente en matière de respect de l’environnement. Sans aller jusqu’à la certification ISO 26000, pour les puristes (voir encadré), ils ne sont plus si rares ceux qui ont décidé de mettre leur sensibilité écolo en pratique dans leur exercice. Au-delà de la récupération des déchets de soins ou de médicaments non utilisés, la panoplie des initiatives est large, et les pharmaciens auraient tout intérêt à s’y investir. C’est en tout cas la conviction de la consultante Lydia Boucher, qui a mis en place une formation dédiée pour s’informer sur les avantages de la certification : « Le pharmacien doit s’inscrire dans une démarche de santé éthique non agressive pour l’organisme. Son métier est de protéger la santé des personnes mais aussi de protéger l’environnement. Il doit donc contribuer à informer et à mobiliser le public en matière de prévention et de santé environnementale. » À terme, selon elle, ces considérations pourraient même influer sur les produits délivrés aux clients, à l’image de ce qui se pratique déjà en Suède, où une classification des médicaments en fonction d’un indice de pollution sert déjà de support à la prescription.

Prise de conscience

Le développement durable, Claire Baizeau en a fait son credo. Installée à Lyon depuis 2006, cette titulaire a souhaité orienter son exercice selon sa sensibilité et ses connaissances en micronutrition et en phytothérapie. « Il y a cinq ans, tout le monde s’en fichait, mais on sent une demande croissante, une prise de conscience collective. Les jeunes mamans et les personnes âgées sont les plus sensibles à ces questions. Du coup, aujourd’hui, de plus en plus de pharmacies mettent en avant des médecines moins agressives. » Côté conseil, elle recourt beaucoup à l’homéopathie et à la phytothérapie, « pour leurs moindres conséquences sur l’environnement ». Côté matériaux, la titulaire a utilisé des peintures spécifiques, s’est équipée d’une poubelle verte permettant le tri des déchets, d’une d’imprimante à double bac (l’un étant pour le papier recyclé), a fait installer un thermostat d’ambiance ainsi qu’un système d’éclairage moins consommateur d’énergie. Pour les travaux, elle a cherché elle-même les fournisseurs pour la peinture à l’eau, les solvants, le bois des parquets. Claire Baizeau a également aménagé un coin médecines douces, avec une gamme de cosmétiques naturels, « ce qui implique une démarche de conseil spécifique ». Cerise sur le gâteau, elle propose des sacs en amidon de pomme de terre et vend des couches lavables. Et de conclure : « C’est un moyen de fidéliser la clientèle. » Si elle s’est engagée dans la toute jeune certification Lucie, « un gage de crédibilité », elle concède que la démarche « demeure marginale, plus encore dans le domaine de la santé ».

Démarche vertueuse
Sophie Gaudin-Brivet a également joué à fond la carte écolo, et ce dès sa première installation à Paris, il y a une dizaine d’années. Cela a commencé par la parapharmacie, puis le projet a mûri, jusqu’à concerner tous les aspects de son exercice professionnel. Avec pour objectifs de se positionner « autrement que par la guerre des prix », de se démarquer de la concurrence et de développer son chiffre d’affaires. « Confrontée à une vraie attente, j’ai formalisé ce projet, en le traduisant de façon plus cohérente lors de mon installation à Vincennes, il y a trois ans. » En résumé : un aménagement différent avec une offre cohérente sur le thème du développement durable, accompagnés d’un gros effort de communication. Peinture, sol en béton ciré, suspension des éclairages en papier… Bien loin d’un univers blanc et aseptisé, elle a privilégié des couleurs douces, une lumière travaillée et a porté une attention particulière aux matériaux utilisés. À la pharmacie de l’Olivier, point de « corner bio ». C’est toute l’offre qui est structurée autour de produits naturels. « Mais nous restons avant tout des pharmaciens qui vendons 75 % de médicaments », tient-elle à préciser. Résultat : « Répondant à une demande très large, nous attirons une clientèle qui ne trouvait pas ce conseil en pharmacie. » La certification ? « On y viendra peut-être un jour, mais ce n’est pas une priorité, sa visibilité auprès du grand public étant encore trop faible. »
 « La certification dans le domaine de la santé demeure marginale. » Claire Baizeau, titulaire.Autre argument expliquant le manque d’enthousiasme pour cette démarche : « La certification, c’est bien au niveau éthique, mais cela ne constitue pas un argument de vente », souligne Benoît Thierry, titulaire à Beauvais et président de l’association Santé Environnement Picardie. C’est certainement avec cette idée en tête que Sophie Gaudin-Brivet et son mari ont procédé autrement, en créant leur propre enseigne : Pharm’O naturel *. « Pas une seule des huit pharmacies adhérentes n’a fait moins de 20 % de progression de CA en deux ans, se félicite Mathieu Brivet, fondateur du réseau. Bien loin d’une politique de discount, nous travaillons quasi exclusivement sur les marges avant. Il s’agit d’une stratégie payante alors que la rentabilité des pharmacies est fortement menacée. » Pourquoi ne sont-ils pas plus suivis, alors ? « C’est la mise aux normes qui bloque la plupart de nos confrères », reconnaît Mathieu Brivet. Benoît Thierry confirme, soulignant la lourdeur du processus de certification, l’investissement financier et temporel que la démarche implique. À ses yeux, une démarche écolo, c’est avant tout une attitude vertueuse à s’appliquer au quotidien, tout en y sensibilisant sa patientèle : « Les inciter à faire mieux, même modestement. » Autrement dit : penser global, agir local.
 
Fanny Rey
Photo : DR  

*www.pharmonaturel.com
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Le développement durable est une préoccupation plus récente pour les officinaux que pour les laboratoires et les répartiteurs.

Zoom sur les certifications
En matière de développement durable, le principe de labellisation de l’officine en est à ses balbutiements. Voici les deux possibilités qui s’offrent aux pharmaciens intéressés par cette démarche :
•    La certification « Lucie ». Lancé en octobre 2007, ce label privé s’appuie sur la norme ISO 26000 relative à la responsabilité sociétale des organisations. Ce dispositif compte trois étapes : la signature d’une charte d’engagement, l’évaluation de ces engagements par des auditeurs et la remise d’un rapport avant l’attribution, pour un à deux ans, de la certification par un comité ad hoc. Une plate-forme de promotion des entreprises labellisées a été mise en place. Pour en savoir plus : www.planet-lucie.net
•    Le label « Pharmacie durable ». PHR a lancé début 2009 un label « Pharmacie durable » établi en collaboration avec Bureau Veritas Certification. Celui-ci comprend 120 actions réparties sur un volet santé, un volet social et un volet environnemental. Concrètement, le groupement accompagne ses adhérents en leur proposant un état des lieux, des formations, des outils pratiques, des plans d’action et des modèles de documents.