n°1178 mars 2006
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Actualité Grippe aviaire Veillée d'armes
Au prochain niveau d’alerte, les pharmaciens seront appelés à dispenser masques et antiviraux. Voici comment.
Dans le sillage de son plan actualisé de lutte contre une pandémie grippale, le ministère de la Santé a souhaité préciser les modalités de dispensation des traitements concernés en cas d’alerte pandémique. La réunion du 26 janvier, où étaient représentés les syndicats de pharmaciens, « a porté sur la mise au point d’un protocole de dispensation des antiviraux et des masques », résume André Kuypers, président de la commission Affaires rurales de la FSPF. Elle a notamment permis de préciser les modalités d’approvisionnement des officines. L’alerte est toujours au niveau 3 (1), sur une échelle de 6. Mais lorsqu’elle atteindra le niveau 4 (2), antiviraux et masques de prévention seront distribués gratuitement aux patients, sur ordonnance. Le pharmacien sera rétribué,
a priori sous forme d’honoraires.
« Ils seront stockés chez le grossiste : le pharmacien n’aura pas à les acheter ni à les vendre », précise le représentant de la Fédération. De fait, chaque officine de la zone ciblée recevra gratuitement dix traitements, chacun étant composé d’une dose d’antiviral et de cinquante masques antiprojections. Il est d’ores et déjà établi que le pharmacien sera rétribué pour cet acte, a priori sous forme d’honoraires. Aux officines ensuite de passer de nouvelles commandes de traitements à leur grossiste attitré – chaque établissement aurait environ 150 pharmacies à livrer –, au fur et à mesure des besoins, et ce afin d’éviter toute velléité de stockage. Côté patients, cette tentation de stocker « au cas où » sera tempérée par la nécessité d’une ordonnance, engageant de fait la responsabilité du prescripteur.

Nombreuses inconnues


Les grossistes seront eux-mêmes alimentés par la Pharmacie centrale des armées, qui assurera la transformation en comprimés de Tamiflu à partir d’oseltamivir livré en vrac par Roche, afin d’adapter le stock à la demande sur plusieurs mois, selon les évolutions et les localisations géographiques de la pandémie. Si les pharmaciens sont sur le pied de guerre, bien des points restent à préciser sur le terrain. Plusieurs aspects logistiques restent à déterminer, comme la gestion de l’absentéisme dans les officines en cas de pandémie. Dans quelle mesure les pharmaciens seront-ils réquisitionnés pour épauler les médecins et les personnels hospitaliers ? Le cas échéant, fera-t-on appel aux retraités, aux étudiants de 3ème cycle, aux assistants et aux préparateurs ? Nulle mention pour l’instant d’un éventuel « corps de réserve sanitaire » pour suppléer les équipes soignantes. Mystère aussi quant au traitement des déchets infectieux. Après l’exercice régional le 24 février, à Lyon, l’exercice national de préparation à la lutte contre la pandémie de grippe d’origine aviaire aura lieu le 15 mars. Deux occasions de tester l’efficacité du dispositif ainsi que ses limites.

Fanny Rey
photo Miguel Medina

(1) Infection humaine confirmée, avec des cas isolés de transmission d’homme à homme.
(2) Transmission d’homme à homme au sein de petits groupes localisés.

Image
Les grossistes seront alimentés par la Pharmacie centrale des armées, qui assurera la transformation en comprimés de Tamiflu à partir d’oseltamivir livré en vrac par Roche.  Le bémol des parlementaires
Certes, la France a stocké des médicaments et du matériel de prévention en quantité. Mais le 26 janvier, la mission d’information parlementaire sur la grippe aviaire est venue nuancer l’optimisme affiché par Xavier Bertrand. « En cas de pandémie, les besoins en moyens médicaux seraient tels que les capacités de production actuelles, si elles demeuraient inchangées, ne permettraient pas de répondre à la demande », a indiqué le rapporteur Jean-Pierre Door (UMP). Il faudra notamment s'assurer que la France dispose en quantité suffisante d'acide shikimique, extrait de l'anis étoilé (la badiane), pour la fabrication de Tamiflu, de polymères pour fabriquer des masques de protection et veiller à l'approvisionnement en oeufs pour la fabrication du futur vaccin pandémique.