n°1188
mars 2007
Santé
Plan cancer
Quels acquis pour les pharmaciens ?
Avec le Plan cancer, c’est toute l’organisation des soins qui est repensée. La coordination devient le maître-mot pour prendre en charge les patients cancéreux, et l’accompagnement des malades rime avec le développement des soins à domicile.
C’était l’un des grands projets de son quinquennat, l’un des trois chantiers nationaux que Jacques Chirac avait mis sur le devant de la scène pour son deuxième mandat, bien déterminé à agir face à l’insuffisance du système français de santé en cancérologie. Le 24 mars 2003 marquait le coup d’envoi du Plan cancer, qui devait se concrétiser par 70 mesures, déclinées en 200 actions, correspondant à six axes stratégiques : la prévention, une meilleure organisation du dépistage, la mise en place de soins de meilleure qualité centrés autour du patient, un accompagnement social plus humain et solidaire, une formation plus adaptée et une recherche porteuse d’espoir. Traduits dans la loi de santé publique du 9 août 2004, ces objectifs sont orchestrés par l’Institut national du cancer (Inca), qui s’est substitué en 2005 à la Mission interministérielle de lutte contre le cancer afin de piloter la mise en oeuvre du Plan, alors que le nombre de malades est en constante progression.
Optimisme déraisonnable
Quatre ans plus tard, où en est-on ? Les patients se sont vu garantir l’égalité d’accès à des soins de qualité. Le « dispositif d’annonce », qui leur permet de bénéficier de meilleures conditions d’annonce du diagnostic, devrait être généralisé dans le courant de l’année. L’accès à l’oncogénétique, qui permet d’identifier les personnes à risques, a fortement progressé depuis 2003, avec 94 sites de consultation répartis sur tout le territoire, et les sept cancéropôles structurés depuis 2003 ont permis une nouvelle approche de la recherche sur le cancer. Côté prévention, on retiendra essentiellement les mesures contre le tabagisme, le Plan ayant permis de le faire reculer, avec 1,4 million de fumeurs en moins, soit près de 100 000 vies sauvées. « En 2003, le but était de réduire la mortalité de 15 %. Rétrospectivement, nous avons été coupables d’un optimisme déraisonnable : même si la courbe a été infléchie, l’objectif quantitatif affiché à l’époque n’a pas été atteint, nuance Henri Pujol, président de la Ligue nationale contre le cancer. Le dispositif de dépistage du cancer du sein est désormais généralisé, mais la moitié des départements seulement atteignent 60 % de taux de dépistage, ce qui est insuffisant. Pour le cancer colorectal, nous n’avons pas rempli le contrat. Actuellement, 24 départements sont concernés, alors que l’objectif est de 50. »
Logique conventionnelle
Lutte contre le tabac et l’alcool, mise en garde contre l’exposition au soleil, informations et conseils en matière de nutrition : les pharmaciens étaient déjà actifs en matière de prévention des cancers, en plus d’inciter leurs clients à participer aux dépistages organisés. Leur rôle en matière de cancérologie a connu un tournant avec l’arrivée progressive à l’officine, depuis 2004, de produits cytotoxiques et cytostatiques.L’Inca souhaite conforter l’implication des officinaux
dans le dispositif « Le pharmacien est appelé à tenir dans le Plan une place éminente, depuis la prévention, le dépistage, la qualité et la sécurité des soins, l’accès à l’innovation thérapeutique, la recherche, jusqu’à l’accompagnement du patient pendant et après le traitement », a rappelé Dominique Maraninchi, président de l’Inca, à l’occasion de la XIXe Journée de l’Ordre. D’autant que le Plan cancer s’articule avec la réforme de la rétrocession. De même, les objectifs de la Convention nationale entre les pharmaciens d’officine et l’Assurance maladie sont en adéquation avec ceux du Plan cancer, notamment pour le développement de la coordination des soins, le renforcement de l’accompagnement par le pharmacien des patients en ALD ou sous traitement particulier, ou encore la participation des pharmaciens aux réseaux de santé. Lorsque c’est possible et souhaité par le patient, le Plan cancer ambitionne de permettre une prise en charge à domicile ainsi qu’une meilleure coordination ville-hôpital. La chimiothérapie à domicile, qui s’envisage en complémentarité de l’hospitalisation avec laquelle elle se coordonne, relève de modalités de prise en charge différentes : HAD ou exercice dans le cadre d’une activité libérale. Dans ces deux cas, et conformément à la mesure 29 du Plan, elle s’inscrit obligatoirement dans le cadre des réseaux de cancérologie. On compte aujourd’hui environ 8 000 places en HAD en France selon les chiffres de la Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile. « Administrativement, le statut d’établissement de HAD est beaucoup plus lourd que celui de réseau », explique Gilles Courselaud, pharmacien à Brive-la-Gaillarde et trésorier d’Oncorèze, établissement d’hospitalisation à domicile après avoir été un réseau de cancérologie pendant six ans. Cela implique d’augmenter le nombre des personnels soignants, mais cela permet aussi d’ouvrir la structure aux départements limitrophes, d’où un plus grand nombre de patients traités. « Depuis que nous sommes passés HAD, nous avons l’autorisation pour 60 lits à domicile, soit l’équivalent de 300 patients par mois en file active. »
Essor des réseaux de cancérologie
La formalisation de réseaux régionaux est apparue nécessaire pour assurer l’égalité d’accès à des soins de qualité et la coordination de l’ensemble des opérateurs. Conformément à l’une des mesures du Plan, aujourd’hui, chaque région est couverte par un réseau régional de cancérologie, chargé entre autres de l’aide à la formation continue, de l’évaluation des membres et des pratiques au sein du réseau. Sur la base d’un cahier des charges spécifique, en cours de finalisation avec la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins (DHOS) et la Cnam- TS, tous ces réseaux régionaux feront l’objet d’une procédure de labellisation par l’Inca cette année. Les pharmaciens, en plus de bénéficier d’une formation obligatoire via le réseau, auront ainsi accès au « dossier communicant en cancérologie », après accord du patient, qui permettra la transmission des données relatives à la prise en charge du malade à tous les acteurs de soins impliqués. Qu’ils soient antérieurs au Plan cancer ou non, les réseaux locaux doivent s’articuler avec les réseaux régionaux, et les plus anciens doivent adapter leur mode initial de fonctionnement.
Un partenariat à conforter
Même si le développement des réseaux sur le territoire n’est pas homogène et que l’implication des différents professionnels de santé concernés est très variable, les officinaux ont bel et bien un rôle à jouer dans ces structures, comme l’a souligné Dominique Maraninchi : « En cancérologie, le pharmacien est largement impliqué dans la démarche qualité et le développement des actions transversales autour du circuit du médicament, à l’hôpital et en interface avec la ville pour la chimiothérapie à domicile ». Le dépistage du cancer du sein demeure insuffisant, malgré
la généralisation du dispositif À lui de procurer au malade cancéreux tout le matériel médical et de traitement à domicile et de surveiller les effets iatrogènes. Après l’arrivée des anticancéreux en ville, le rôle des officinaux sera-t-il appelé à évoluer ? Tout semble l’indiquer, l’Inca souhaitant conforter leur implication dans le dispositif. Ce partenariat accru suppose d’importants besoins en formation et la mise en place de référentiels de bon usage. Après avoir réalisé un état des lieux des demandes des pharmaciens ainsi que de l’offre de formation initiale et continue dans le domaine de la cancérologie, l’Inca impulsera un « programme de formation professionnelle pour l’appropriation du Plan cancer par les pharmaciens et créera une commission de labellisation des formations dans le domaine de la cancérologie. La plate-forme de formation à distance comportera des modules de formation-évaluation pour les pharmaciens », a annoncé son président. Il portera notamment sur les contrats de bon usage, les référentiels sur les médicaments innovants, les chimiothérapies à domicile ou les bonnes pratiques de pharmacie clinique en oncologie. « Il s’agit de les accompagner dans leur mission de santé publique en leur proposant de nouveaux outils pour s’approprier les valeurs et les principes du Plan cancer », résume Dominique Maraninchi. Histoire de décloisonner les exercices respectifs, comme le préconise le Plan, et de permettre aux pharmaciens de trouver toute leur place dans le dispositif.
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
* Détail du Plan cancer sur le site de l’Inca : www.e-cancer.fr

Repères
• En France, plus de 2 millions de personnes vivent avec un cancer ou en ont été guéries.
• Avec 280 000 nouveaux cas diagnostiqués et 150 000 morts par an, le cancer est la première cause de mortalité prématurée en France.
• Les cancers du sein, de la prostate, du poumon et les cancers colorectaux sont les plus fréquents.
TEMOIGNAGES
« Il a fallu se faire admettre »
Bruno Marson, président du réseau Oncade Nouveau-né parmi les réseaux de cancérologie, Oncaude existe officiellement depuis le 3 janvier dernier. Tout a commencé par la volonté de créer un réseau villehôpital de pharmaciens, à l’initiative du Syndicat des pharmaciens de l’Aude, suivie de la décision de cibler la cancérologie. Au-delà des difficultés administratives d’un tel projet, une fois les contacts pris, « il a fallu se faire admettre en tant que pharmaciens », souligne Bruno Marson, pharmacien à Palaja et président de ce réseau. « Nous avons bénéficié d’une bonne écoute au niveau du service hospitalier d’oncologie de Carcassonne. Très impliqué dans les soins palliatifs, le chef du service oncologie a permis de structurer et de recueillir les adhésions de toutes les composantes de santé. » Avec, une fois n’est pas coutume, une surreprésentation de pharmaciens. « Le conseil d’administration compte 17 membres, dont cinq pharmaciens et le président du réseau est un pharmacien, ce qui n’est pas courant ! Les autres professions commencent à nous regarder autrement, c’est important. Nous sommes reconnus comme des professionnels de santé, dans la logique de la convention. » Actuellement, le réseau compte 65 adhérents, dont 28 officinaux, « les plus nombreux à avoir répondu à l’appel, ce qui fut une bonne surprise », constate Philippe Besset, président du syndicat des pharmaciens de l’Aude et membre du réseau. « Il s’agit maintenant de tout coordonner et de mutualiser les énergies, résume Bruno Marson. La chimiothérapie à domicile, c’est mon objectif, mais il va falloir vaincre des réticences au niveau hospitalier. »