n°1188 mars 2007
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Santé Tabacologie La guerre du sevrage
Champix contre Zyban, premier round. Apparemment mieux toléré, le cadet a une longueur d’avance. Mais les substituts nicotiniques restent pour l’instant le traitement de référence.
Les fumeurs n’ont plus le choix, mais que l’embarras : décret restrictif, regard torve des non fumeurs ou pire, des ex-fumeurs encore sur les nerfs… Pourtant, les solutions ne manquent pas. Nicotine sous toutes les formes imaginables, méthode Allen Carr, acupuncture ainsi que les « camisoles chimiques » : le Zyban (bupropion) et le tout nouveau Champix (varenicline), disponibles depuis le 12 février. Ce dernier agirait sur deux leviers. Primo, il diminuerait l’envie et, deuzio, il supprimerait le plaisir en cas de reprise. Séduisant. Pfizer clame une efficacité une fois et demie supérieure au bupropion et deux fois et demie supérieure au placebo. Quid des substituts nicotiniques ? Mystère, le laboratoire n’a pas encore publié de résultats comparatifs entre son nouveau poulain et les patchs, gommes et autres inhalateurs. Acte manqué ou volontaire de la part du laboratoire au moment où tous les feux médiatiques sont braqués sur la varénicline ? La question se pose. La revue Prescrire avait déjà conclu à la non-supériorité du Champix par rapport à la nicotine il y a quelques semaines.

Ne mégotons pas

« Pfizer a mené trois bonnes études pour prouver l’efficacité de son produit, dont deux jumelles, versus placebo et bupropion. Le seul défaut – mais il est majeur – de leur méthodologie est de ne pas l’avoir comparé aux substituts nicotiniques. Il est donc impossible pour l’instant de dire s’il marche mieux ou pas », souligne Ivan Berlin, président de la Société française de tabacologie. Toujours est-il qu’à un an, le taux de sevrage sous varénicline tombe à 23 %, ce qui est relativement plus élevé que le placebo, mais pas miraculeux dans l’absolu. L’avantage à peu près certain du Champix est qu’« il semble mieux toléré que le bupropion à moins que la mise sur le marché ne révèle d’autres effets secondaires. En plus il n’a pas de contre-indications majeures », continue le tabacologue. Ce qui pourrait en revanche être fatal au Zyban, c’est l’inscription de son concurrent sur la liste des substituts remboursés à hauteur de 50 €, voire carrément au remboursement par l’Assurance maladie. Le Zyban en étant privé, c’en serait fini de lui.

Laurent Simon
Photo Miguel Medina

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INTERVIEW
« Le Champix ne fera pas de miracles »
Pr. Bertrand Dautzenberg, pneumologue, Pitié-Salpêtrière.

L’ancien Zyban contre le nouveau Champix, lequel est supérieur ?
Le Champix semble être supérieur au Zyban. Avec notamment un meilleur profil d’effets secondaires, et une action sur les récepteurs nicotiniques moins " mystérieuse " que celle de son concurrent. On attend moins d’effets secondaires bizarroïdes avec le Champix, seulement des nausées ou des insomnies, mais rien qui ne puisse être également attribué au sevrage tabagique. Si un fumeur est déjà en traitement avec une autre méthode, il n’y a évidemment aucune raison de l’arrêter, il ne fera pas miracles.

Quid des substituts nicotiniques ?
Un essai est en cours pour les comparer au Champix. Théoriquement, les résultats de la varénicline devraient être meilleurs. Le gros avantage des substituts restera néanmoins toujours qu’ils pourront être pris de façon ponctuelle et que la posologie est facilement adaptable. Reste que le Champix est cher, certes moins qu’un paquet de cigarette par jour mais plus que les autres médicaments disponibles sur le marché. Il faudra attendre son éventuel agrément aux collectivités et son inscription sur la liste des spécialités prises en charge par le forfait à 50 €.