n°1198
mars 2008
Actualité
Edito
Quel cap pour l’officine ?
Les pharmaciens ont l’habitude des vents contraires. Ils ont appris à affronter les intempéries réglementaires tout autant que les réformes successives qui ont affecté, parfois sans cohérence, leur exercice. Ils ont aussi pris l’habitude, parce qu’il le fallait bien, de naviguer à vue, tout en déplorant que la conduite de leurs entreprises doive se satisfaire d’un manque de visibilité criant. Nos prédécesseurs dans le métier jouissaient du privilège de pouvoir se projeter dans le long terme. Nous rêverions tous, aujourd’hui, de pouvoir nous offrir le luxe d’une vision à moyen terme de nos économies et de nos exercices. Mais lorsque la complexité cède le pas à la confusion, rien ne va plus. Ballottés entre des rapports prônant la dérégulation tous azimuts et d’incessantes annonces de réformes, les professionnels de santé en général, et les pharmaciens en particulier, ne savent plus où ils en sont. C’est pourquoi nous ne devons pas nous contenter de défendre pied à pied les fondamentaux de notre exercice. Il nous appartient au contraire d’anticiper sur notre avenir et, par là même, de donner à chacun de nous cette visibilité qui lui fait tant défaut. Or, cet avenir s’écrit au-delà du comptoir, au-delà même des quatre murs de nos officines, que ce soit dans l’accompagnement du patient chronique ou dans l’assistance du patient dans le cadre du libre accès aux médicaments de prescription facultative. Faute de cette visibilité, il faut en effet nous armer d’une solide boussole.
Conseil, observance, accompagnement, éducation thérapeutique des patients, voilà ce que seront les points cardinaux qui guideront la pharmacie de demain. Le cap, lui, est d’ores et déjà connu : atteindre la meilleure efficience possible au service des patients. Pour ce faire, il appartiendra à l'ensemble des acteurs de la chaîne du médicament – en concertation avec les pouvoirs publics et les associations de patient – de définir clairement le rôle que chacun sera appelé à jouer en fonction des attentes et des besoins des Français. Les États généraux de l’organisation des soins, qui sont entrés dans leur dernière phase, sont une chance pour la collectivité – professionnels, patients, pouvoirs publics – de réfléchir précisément au rôle de chacun, dans une cohérence globale. Souhaitons que l’on aboutisse à une redéfinition des tâches et à une meilleure répartition des rôles autour du malade. La pharmacie d’officine est prête à prendre sa part à ce chantier, pour peu que l’on mette un coup d’arrêt à la dégradation de son économie. En effet, pour assumer ces nouvelles missions, notre branche professionnelle devra pouvoir compter sur une meilleure visibilité économique, qui passera nécessairement par une amélioration de notre rémunération et par son adaptation à ces nouveaux services. Nouvelles missions, nouvelles compétences : le développement de services nouveaux nécessite de pouvoir disposer d'un outil de travail performant, mais surtout de pouvoir s’appuyer sur des équipes compétentes, formées et disponibles. L'un de nos rôles, en tant que syndicat, est d'y veiller.
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina