n°1198 mars 2008
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Actualité Métiers Classification des métiers : ça change
La nouvelle classification des métiers de la pharmacie entre en vigueur le 1er mars. Une révision qui redonne du souffle aux carrières officinales et de l’attractivité au réseau. Au prix le plus juste.
Pour les négociateurs syndicaux qui se sont échinés plus de cinq ans sur la question, le chantier de la classification des métiers relevait un peu de la quadrature du cercle. Comment dégager des perspectives professionnelles pour les métiers-pivots de l’officine que sont les adjoints et les préparateurs sans fragiliser une économie officinale déjà chancelante ? Loin d’être une simple opération de toilettage, la révision de la classification des métiers a voulu ménager ces deux paramètres. Le résultat ? «L’accord peut être jugé incomplet, il peut être taxé par certains d’accord a minima, mais j’estime qu’il répond aux besoins de nos officines, et ce conformément au mandat qui nous avait été confié », estime Jean-Etienne Martineau. Président jusqu’en novembre dernier de la commission Affaires sociales de la FSPF, il a été l’un des principaux artisans de l’avenant à la convention collective signé le 30 janvier, pour une entrée en vigueur le 1er mars. « Dans un contexte économique difficile pour nos entreprises, nous nous sommes concentrés sur notre mandat, qui était de mettre à jour la classification, comme la loi nous imposait de le faire, et non de la révolutionner ». Envisagée un temps, l’introduction dans la grille de nouveaux métiers spécifiques à la branche n’a finalement pas été retenue. En effet, la grande enquête diligentée courant 2006 par la Fédération sur les salaires réellement pratiqués en officine (Cf. Le Pharmacien n° 1180 et n° 1186) a confirmé que le coeur de métier de la pharmacie s’organisait autour des préparateurs et des pharmaciens adjoints qui, à eux seuls, représentent 75 % de la totalité des effectifs de la branche. Dès lors, plutôt que d’engager une refonte totale des classifications, l’Assemblée générale des présidents de la FPSF avait demandé que l’on procède à un simple toilettage de la classification assorti d’une valorisation de ces deux emplois clefs. Objectif : contribuer à fidéliser les salariés qui les occupent.

Auditions tous azimuts

S’est alors engagée la deuxième étape du travail : « Nous avons reçu à la Maison des pharmaciens l’ensemble des syndicats de salariés afin de connaître leurs souhaits, explique Jean-Etienne Martineau. Nous avons examiné toutes les propositions qui nous étaient faites, et nous avons étudié ce qui était faisable et ce qui ne l’était pas. Notre idée était de donner de l’espoir, des perspectives à nos salariés. C’est ce que nous avons fait, au terme de longues et difficiles négociations, au moyen de la validation des acquis de l’expérience pour les préparateurs, et d’un système de rémunération plus incitatif pour les pharmaciens adjoints ». Une ambition que Christian Blanc, aujourd’hui en charge de ces questions au sein du Bureau national de la FSPF, explique : « Dans le contexte actuel – et ça n’est pas l’apanage des officines – nous assistons à une perte de pouvoir d’achat des salariés. Il nous faut en tenir compte. Plus généralement, si l’on veut pouvoir compter sur des collaborateurs formés et motivés, il faut jouer sur plusieurs paramètres : accentuer la formation, certes, mais aussi améliorer l’attractivité salariale. Certains diront que ça n’est pas le bon moment, mais cela fait plus de cinq ans que ce chantier a été lancé, et il devait aboutir ». Passons sur la disparition de métiers qui n’avaient plus rien à faire dans la grille de classification des métiers, tels les mécanographes comptables. Leur relégation aux oubliettes a le mérite de clarifier les choses. On retiendra de cet accord, pour mesuré qu’il soit, qu’il redonne des perspectives à ceux qui en manquaient, qu’ils soient préparateurs ou adjoints.

Libérer les carrières

Plus concrètement, l’enquête réalisée par la FSPF a révélé qu’après quatorze ans de pratique professionnelle, la progression de carrière des préparateurs était freinée par un effet de seuil constitué par le passage au statut d’assimilé cadre. En dehors du coefficient correspondant au statut d’assimilé cadre, les préparateurs progressent automatiquement d’un échelon à l’autre et donc, d’un coefficient à un autre, en fonction du nombre d’années de pratique professionnelle. Afin d’étendre les perspectives d’évolution de ces salariés tout en conservant la logique de progression de leur plan de carrière, il a été décidé de créer de nouveaux échelons accessibles en fonction de la pratique professionnelle acquise et de déplacer le statut d’assimilé cadre Les salaires représentent de 12 à 14% des charges de l’officine. Ils en sont le premier poste de dépenses.
du coefficient 300 vers le coefficient 330 créé à cet effet. Concernant les pharmaciens adjoints, les syndicats de salariés soutenaient depuis plusieurs années que leur statut de cadre justifiait l’octroi d’une rémunération mensuelle au moins égale au montant du plafond mensuel de la Sécurité sociale. Or, l’enquête de la FSPF a montré que, dans leur très grande majorité, les pharmaciens adjoints étaient rémunérés sur la base du coefficient 500. Il a donc été décidé, plutôt que d’augmenter la valeur du point conventionnel de salaire, ce qui aurait eu un impact significatif sur l’ensemble de la masse salariale de la branche, d’instituer, au bénéfice des seuls adjoints, un plan de carrière semblable, dans son fonctionnement, à celui des préparateurs. Ce plan de carrière, composé de plusieurs échelons, permet ainsi aux pharmaciens adjoints d’atteindre, après six années de pratique professionnelle, (effectuées dans une ou plusieurs officines), le coefficient 500 et de bénéficier, à terme, d’une rémunération environ égale au montant du plafond de la Sécurité sociale. « Il y a bien une progressivité, insiste Christian Blanc, un adjoint au coefficient 400 qui comptabilise plusieurs années de pratique professionnelle va franchir au 1er mars l’échelon auquel correspond le coefficient 430. Il lui faudra alors attendre deux ans avant de franchir le suivant, puis trois ans encore avant de parvenir au coefficient 500. » Cette progressivité permettra d’amortir l’impact de cette mesure sur la masse salariale des entreprises, les échelons ne pouvant être sautés. Car tout cela ne sera pas neutre financièrement, « mais l’attractivité est à ce prix », estime Jean-Etienne Martineau. « Si l’on écoute certains, ça n’est jamais le moment d’évoluer, mais il ne faut pas avoir peur de bouger, même s’il nous en coûte financièrement. Si l’on écoutait les tenants de l’immobilisme, la pharmacie deviendrait un jour un post-scriptum dans l’histoire des professions de santé ». Une analyse que partage Christian Blanc, qui a repris le flambeau de la négociation jusqu’à la signature : « Cela faisait vingt ans que cette grille n’avait pas bougé, nous devions évoluer ». Voilà qui est fait.

Laurent Gainza
Photo Miguel Medina

REPERES
Les pharmaciens adjoints représentent 22,5% des salariés de l’officine et les préparateurs 49,5%. L’effectif moyen des adjoints est d’un peu plus d’un adjoint par pharmacie. 2 pharmaciens diplômés et 2 préparateurs sont employés en moyenne par pharmacie.
Source : FSPF

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Les faits
C’est le 30 janvier dernier qu’a été signé l’avenant à la convention collective portant révision de la classification des métiers de la pharmacie d’officine, par les partenaires sociaux réunis en Commission paritaire nationale. Ce texte, signé par quatre des cinq organisations syndicales représentatives des salariés et deux des trois organisations patronales représentatives titulaires, dont la FSPF, doit entrer en vigueur le 1er mars 2008. La CGT et l’UNPF ont refusé de signer l’avenant.   


Les enseignements de l’enquête salaires
Finalisée en 2006 par la FSPF, l’enquête relative aux salaires réels en pharmacie était notamment destinée à éclairer les négociations relatives à la révision de la classification des emplois en pharmacie d’officine. Etablie sur la base des salaires pratiqués au 1er juillet 2005 (hors ancienneté et primes diverses), elle a permis de mieux cerner la répartition des métiers au sein de l’officine ainsi que le niveau des rémunérations effectivement pratiquées. Cette enquête a mis trois points en avant : 1. les salariés sont majoritairement employés dans les fonctions qui constituent le coeur de métier de la pharmacie (adjoints et préparateurs). L’apparition de nouveaux métiers reste timide. 2. les coefficients sont attribués de façon relativement cohérente, conformément à la classification des emplois de la pharmacie d’officine même si l’on constate, pour certaines fonctions, une tendance à attribuer un coefficient en fonction de la rémunération versée ; 3. Un pourcentage non négligeable de salariés perçoit une rémunération supérieure à la rémunération minimale liée au coefficient qui leur est attribué.