n°1198 mars 2008
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Actualité Polémique THS, la guerre des études
Les résultats de l’étude Mission conduite par la FNCGM soulèvent de nouvelles critiques alors que les femmes attendent un message clair.
Vieille d’un demi siècle, l’histoire du THS est encore en train de s’écrire. Menée à l’initiative de la FNCGM(1) avec le soutien logistique de Theramex, l’étude française Mission(2) a rassemblé plus de 800 gynécologues. L’objectif était louable : prouver que le THS à la française n’augmente pas le risque de cancer du sein. Pourtant l’Inserm, qui a piloté les études « concurrentes » E3N(3) et Esther(4), se montre critique : l’organisme public prône des études « sans conflit d’intérêts ». Autre-ment dit, sans les labos privés. « Nos demandes auprès des organismes de recherche sont restées vaines, faute de moyens », souligne Pia de Reilhac, gynécologue à Nantes et coordinatrice de Mission. Côté Inserm, E3N a montré que le risque de cancer du sein n’est pas augmenté avec l’association d’un estrogène cutané et de progestérone micronisée, contrairement aux progestatifs de synthèse. Et Esther a conclu à l’absence d’augmentation du risque thrombo-embolique veineux avec les estrogènes cutanés et la progestérone naturelle micronisée ainsi que les dérivés prégnanes. De récentes réanalyses des études anglo-saxonnes – dont la médiatisation a donné de nombreuses interprétations abusives – indiquent que le risque cardiovasculaire et le risque de démence ne sont pas augmentés quand le THS est instauré en début de ménopause ; même s’il l’est au-delà de 60 ans. Le message est donc brouillé.

La « vraie vie » du THS


Alors, peut on faire confiance à Mission ? Cette étude franco-française se veut complémentaire en analysant la « vraie vie » du THS. Sa méthodologie originale a été vivement critiquée par les épidémiologistes. «Elle n’en est pas moins intéressante car elle reflète la réalité des pratiques ; le THS en France n’est pas prescrit aux femmes qui présentent un risque », se défend Marc Espié, un des experts de Mission, cancérologue à l’hôpital Saint-Louis de Paris. La première analyse porte sur 4949 femmes : les estrogènes étaient administrés par voie cutanée dans 77 % des cas, et la durée moyenne de traitement de huit ans. Résultat : l’incidence du cancer du sein après deux ans de suivi était comparable chez les femmes traitées ou non. «Ces résultats doivent à la fois conforter les médecins français dans leur pratique et rassurer les femmes, conclut Pia de Reilhac. J’insiste aussi sur le fait que le THS, en France, est mis en place et poursuivi à la carte, à la dose minimale efficace et avec une réévaluation régulière ». Le suivi de l’étude Mission se poursuit. Après six ans de tempête médiatique, il est urgent de délivrer un message clair sur la nature des molécules à utiliser, leur voie d’administration et le tempo de l’instauration du THS. Ne désespérons pas.

Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

(1) Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (2) Ménopause : rISque de cancer du SeIn, mOrbidité et prévaleNce (3) Étude réalisée auprès de femmes affiliées à la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN) (4) Étude EStrogen and THromboEmbolism Risk
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