n°1208
mars 2009
Actualité
Formation
L1Santé : une réforme dans la grogne
Suivant les députés, les sénateurs ont adopté mi-février la proposition de loi instaurant la réforme de la première année d’études de santé, en repoussant sa mise en application à 2010.
La demande n’avait pas été prise en compte lors de l’examen du texte à l’Assemblée nationale, mi-décembre. Mais sur fond de grogne des enseignants- chercheurs, la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur a reconnu l’utilité d’accorder un délai à l’entrée en vigueur de la réforme de la première année d’études de santé, qui regroupera les étudiants en médecine, pharmacie, odontologie et les futures sages-femmes. Les potards craignent que la qualité de leur enseignement en pâtisse Cette requête a finalement été prise en compte sur proposition de Jean-Claude Etienne (UMP), coauteur du texte, lors de la réunion de la commission des affaires culturelles du Sénat: « Je tiens beaucoup à cette réforme, que j’estime essentielle pour lutter contre le taux d’échec des étudiants concernés, qui s’élève aujourd’hui à 80 %. C’est pourquoi j’attache davantage d’importance à l’adoption de son principe – qui fait l’objet d’un très large consensus – qu’à sa date d’application, s’il s’avère que le report d’un an permet d’assurer le succès de cette réforme dans la sérénité ». Cette année supplémentaire devrait laisser le temps aux universités de parfaire leur préparation et aux lycéens d’être mieux informés. Un bon point aux yeux des étudiants des quatre filières concernées, qui réclamaient à l’unanimité ce report. « Au niveau du Sénat, on a bien senti qu’on avait été entendus, contrairement à l’Assemblée nationale », se félicite Mickaël Groult, président de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf). Mais les griefs des potards n’ont pas disparu pour autant, loin de là.
Cursus personnalisé
La réforme, en gestation depuis une dizaine d’années, affiche deux objectifs ambitieux : simplifier le système et prévenir l’échec massif des étudiants en première année, sans pour autant remettre en cause le numerus clausus. Concrètement, cela implique de faciliter les réorientations, de limiter le nombre de redoublements à l’issue de la première année, de rapprocher les quatre filières afin de donner une culture commune aux futurs professionnels de santé amenés à collaborer. Ce tronc commun préparera à quatre concours distincts, avec des modules spécifiques à chaque filière. Par ailleurs, le redoublement ne sera plus automatique : une note minimale deviendra nécessaire. Mais de nombreux points restent encore à préciser par décret. C’est le cas notamment de l’organisation de cette première année, des modalités d’admission des étudiants à l’issue de la première année et des conditions dans lesquelles ils peuvent être réorientés après la L1 ou en cours de route. Reste également à régler l’épineuse question des moyens alloués à cette réforme. « Sur les 700 millions d’euros débloqués pour le plan ‘‘Réussir en licence’’, 94 millions viendraient soutenir chaque année cette réforme, sur la base du projet de chaque université », précise Michel Brazier, président de la Conférence des doyen. « Globalement, la principale difficulté sera de gérer le nombre d’étudiants », concède-t-il.
Problèmes logistiques
Ce sont toutes ces inconnues que dénoncent les détracteurs du texte, au premier rang desquels les associations étudiantes, qui maintiennent la pression à coup de manifestations et de lobbying. L’Anepf s’est montrée particulièrement active dans ce travail en coulisses. Son président, Mickaël Groult, a commencé par adresser Si le projet est bon, la mutualisation a un prix un courrier le 12 novembre aux élus concernés expliquant la réserve des 33 000 étudiants en pharmacie. Argument avancé : si le projet est bon, la mutualisation a un prix – augmenterl’attractivité de leur cursus et accroître le nombre d’inscrits dans les prochaines années –, et les potards craignent que la qualité de leur enseignement en pâtisse. « Actuellement, nous bénéficions d’enseignements dirigés en petits groupes. Ils sont efficaces avec des effectifs maximaux de 50 étudiants et lorsqu’ils représentent 30 % des enseignements annuels. Avec cette réforme, ils seront réduits à moins de 20 %. » Ce que confirme Michel Brazier : « Il y aura probablement moins d’enseignements dirigés que ce qui se faisait jusqu’à présent, mais nous pourrons avancer sur de nouvelles pistes, à partir de formats numériques, notamment ». L’enseignement magistral et le tutorat sont censés pallier le manque de moyens logistiques et humains. « Pour le tutorat, le problème va être de s’entendre entre filières », pronostique Mickaël Groult.
Course contre la montre
La mobilisation a véritablement commencé le 10 décembre, juste avant que la proposition de loi ne soit débattue dans l’Hémicycle. Les étudiants en pharmacie manifestaient ce jour-là devant l’Assemblée nationale. Début février, plusieurs opérations « fac morte », notamment à Tours et Reims, étaient soutenues par les enseignants. Le 10 février, à la veille de l’examen du texte au Sénat, les potards défilaient dans le cortège des enseignants chercheurs pour défendre leurs intérêts. Et maintenant ? « Le report ne suffit pas. Il y a encore beaucoup de travail et nous comptons bien participer à la rédaction du décret. » Les universités seront-elles prêtes à temps ? Selon Valérie Pécresse, en décembre dernier, « les trois quarts des présidents d’université » étaient prêts pour la rentrée 2009. « Mais ils ne sont que les trois quarts. Nous sommes déjà en février et l’heure est tardive. Les délais sont courts », concédait-elle aux sénateurs. Le président de l’Anepf est, quant à lui, beaucoup plus circonspect. « Pour moi, on est encore très loin du compte », comme en témoigne le questionnaire envoyé aux 24 corpos. « Toutes ont indiqué qu’il y avait encore des problèmes à régler, notamment en termes de locaux adaptés. » Afin d’homogénéiser la préparation du nouveau dispositif, les associations étudiantes réclament la création d’un comité de suivi et d’évaluation de cette réforme intégrant des représentants des quatre filières. En espérant que le décret ne tarde pas trop à être publié.
Fanny Rey
Photo DR

Une manifestation étudiante à Tours dans le cadre de l’opération « fac morte » qui s’est déroulée début février
DE NOUVELLES PASSERELLES
Le nouveau dispositif va permettre d’élargir le recrutement des formations santé et de limiter le nombre de redoublements à l’issue de la première année. – Par un système de passerelle, un étudiant en L1 santé pourra revenir sur sa décision initiale et changer de filière. A partir de janvier 2013, les étudiants dont les résultats sont trop faibles pourront se réorienter, puis revenir en L1 santé après avoir validé deux années de sciences et s’être remis à niveau. – De nouvelles passerelles permettront à des étudiants d’autres horizons de réintégrer les filières santé en L2 ou L3, dès lors qu’ils seront titulaires d’un master ou d’un doctorat.