n°1208 mars 2009
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Actualité Outre-mer Les domiens piégés par la grève
Près d’un mois de grève générale… Après avoir subi des baisses de prix sur les médicaments, les officines antillaises traversent un mouvement social sans précédent.

Désespoir social, vie chère, sentiment d’oubli… Les causes du mal antillais sont difficiles à cerner. Les conséquences de la grève générale qui paralyse la Guadeloupe et la Martinique sont, en revanche, évidentes : Pour les officines, comme pour toutes les entreprises domiennes, c’est une catastrophe. « On est déprimé, se désole Henri Petit, président du syndicat des pharmaciens de la Guadeloupe, mon officine est maintenant fermée depuis près de quatre semaines et je suis obligé d’y rester pour surveiller les émeutiers. On mettra plusieurs mois à s’en remettre. » Bien que majoritairement épargnées par les pillages et les incendies qui ont touché les grandes surfaces – Auchan, Carrefour… –, les officines guadeloupéennes ont pris la crise de plein fouet. Surtout celles situées dans les centres commerciaux, régulièrement mis à sac par les émeutiers. Avec des services de Sécurité sociale en grève depuis plusieurs semaines, impossible pour le pharmacien de se faire payer les dispenses d’avances de frais accordées aux patients. Ou de la difficulté de réclamer le paiement de leurs médicaments à des patients en pleine révolte contre la vie chère…

Pouvoir d’achat

Financièrement, les officines tournent donc pratiquement à vide. Henri Petit a d’ailleurs envoyé une lettre aux banquiers les invitant à « bien vouloir réexaminer la demande de découvert bancaire » en fonction des situations financières de chacun. Sans la Sécu, il faut également négocier des délais de paiements plus avantageux avec des grossistes qui livrent cahin-caha les médicaments. Point positif, malgré les inquiétudes, aucun gros problème d’approvisionnement n’est survenu mais certains patients en hospitalisation à domicile ont tout de même été rapatriés à l’hôpital ou suivis d’encore plus près par des professionnels libéraux. Si les barrages filtrants « officiels » laissent passer les professionnels de santé et les véhicules sanitaires, il n’en va pas de même pour les barricades sauvages, qui bloquent tout ce qui passe. Chômage technique, perte de chiffre d‘affaires… le mouvement risque d’envoyer définitivement au tapis les plus fragiles. Ironie du sort, les grèves des pharmaciens domiens suite à la baisse de prix autoritaire de 3 % des médicaments, préfiguraient de quelques mois l’embrasement des Antilles. Trop catégoriel, le mouvement n’a pas vraiment été suivi par la population… Difficile d’avoir raison avant tout le monde.

Laurent Simon 
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INTERVIEW
« C’est un désastre pour nos officines » Douglas Bravo, trésorier du syndicat des pharmaciens de la Martinique

Après un mois de grève qui a mis à mal de nombreuses officines, quelle opinion avez-vous du mouvement ?
Sur le fond, les pharmaciens sont solidaires du mouvement contre la vie chère, évidemment, mais moins sur la forme. C’est un désastre pour nos officines, le moral est au plus bas. La Sécu ne paie plus, les grossistes ont du mal à livrer. Et encore, en Martinique le mouvement est moins dur qu’en Guadeloupe !

Comment vous débrouillez-vous au jour le jour ?
Il y a des pompes à essence réservées aux professionnels de santé – médecins, infirmières, pharmaciens – et aux véhicules prioritaires. Il m’est arrivé d’aller chercher moi-même ma commande chez le grossiste mais en Martinique, où la tradition du dialogue social existe – grâce notamment à Aimé Césaire –, la situation se décante petit à petit. Nous avons la chance d’avoir des élus écoutés par la population. Les pharmaciens étaient en grève il y un an pratiquement pour les mêmes raisons.

Pourquoi les pharmacies ne participent elles pas au mouvement actuel ?
La « profitation » existe partout dans les Dom où tout le monde vend plus cher qu’ailleurs. Mais le prix de la santé, malgré les franchises sur les médicaments subies par les patients, n’est pas au coeur du mouvement. Le non remboursable est d’ailleurs peu cher en Martinique où les officines se livrent une guerre sans merci sur les prix : personnellement, je suis d’ailleurs pour réglementer ces tarifs. C’est pour ces raisons que les pharmaciens n’ont pas rejoint le collectif syndical qui a mené la grève.