n°1218
Mars 2010
Santé
ANTALGIE
La douleur n’a pas d’âge
Les grandes douleurs sont muettes, dit le proverbe…Aiguës, chroniques ou lancinantes, voici comment les détecter et les quantifier à tous les âges de la vie.
■ Enfants de 1 mois à 15 ans
Pour l’enfant de plus de 6 ans, plusieurs échelles d’auto-évaluation peuvent être utilisées. Tout d’abord une très simple réglette verticale ou échelle visuelle analogique (EVA), graduée de 1 à 10 côté soignant, et dénuée de toute indication ludique (voir ci-dessous). Si l’enfant a du mal à l’utiliser, vous pourrez vous tourner vers la méthode des quatre jetons (« Chaque jeton représente un morceau de ta douleur : prends autant de jetons que tu as mal »), l’échelle des visages (voir encadré ci-contre) ou même un schéma corporel simplifié.
Entre 4 et 6 ans, utiliser deux tests d’autoévaluation (jetons + réglette ou jetons + échelle) : en cas de résultats divergents, utiliser l’hétéro-évaluation (définition plus bas). Les enfants ont souvent tendance à placer leur douleur à 0 ou à 10 sur l’EVA : en ce cas, l’échelle des visages sera utile.

L’échelle visuelle analogique doit être placée verticalement, le recto non chiffré vers l’enfant.
De 1 mois à 4 ans ou lorsque l’enfant est privé de moyen de communiquer, l’évaluation par un tiers, ou hétéro-évaluation, est de mise : de nombreuses échelles* existent, comme la NFCS abrégée, l’Amiel- Tison ou l’OPS. Le soignant peut également remplir lui-même une EVA, même si la précision est évidemment moins bonne. Au comptoir, un questionnaire comportemental est souvent suffisant : les activités de base de l’enfant (jouer, bouger, dormir, parler, manger) sont-elles perturbées ?
■ Adultes
Chez l’adulte communicant, de nombreuses solutions sont possibles, depuis les EVA, comparables à celles utilisées chez l’enfant, en auto-évaluation, jusqu’à des questionnaires très complets, comme le Questionnaire de Saint-Antoine (QDSA). Ce dernier est intéressant à consulter : il contient tous les « mots » possibles pour décrire une douleur.
■ Personnes âgées
Pour les personnes âgées non communicantes, il existe deux échelles : la Doloplus 2 et l’ECPA. Cette dernière a l’avantage de permettre la cotation par un seul soignant… Attention à bien respecter la chronologie du questionnaire et réaliser la première partie avant les soins. Toutes deux sont rapides, de une à cinq minutes. La Doloplus 2 sera parfaite dans une prise en charge multidisciplinaire où la cotation est confiée à plusieurs personnes, y compris à la famille ; on pourra mettre en place un carnet de liaison. Quand la personne est communicante, utilisez les outils d’auto-évaluation classiques.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina
* Les échelles ne peuvent être utilisées pour comparer des douleurs entre les patients.
[nota bene]
Où se procurer les échelles ?
■ NFCS abrégée, Amiel-Tison abrégée ou OPS : http://tinyurl.com/y8ky3dn
■ Doloplus et ECPA disponibles sur http://tinyurl.com/ydz72cg
■ EVA, bonhomme, visage, QDSA : http://tinyurl.com/y9wve77
■ Formation Evendol à la cotation et commande EVA : www.sparadrap.org 
Les 6 règles chez l’enfant
1 Exprimez clairement les limites extrêmes : « pas mal du tout » et « très très mal ». N’utilisez pas les mots « triste » ou « heureux ».
2 Pour l’échelle des visages, précisez bien qu’il s’agit de la sensation intérieure, pas de l’aspect affiché de leur visage : « Montre-moi comment tu te sens à l’intérieur de toi. »
3 Il peut être utile de quantifier la douleur par rapport à un autre événement douloureux, surtout chez les plus petits : « Quand tu tombes, à combien as-tu mal ? »
4 Le suivi doit être fait avec la même échelle utilisée pour la détection de la douleur.
5 Pour une auto-évaluation, parler lentement, distinctement à l’enfant.
6 Le seuil de la douleur est fixé à 3/10 (EVA), le traitement doit donc ramener la douleur à ce seuil.
Source : HAS