n°1218
Mars 2010
Actualité
EDITO
Diviser pour mieux régner
Les semaines que nous vivons sont essentielles pour l’avenir de notre système de soins. Qu’adviendra- t-il des promesses de changement que porte, pour nous tous, la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoire (HPST) ? Entre le texte publié le 21 juillet dernier, et son inscription dans la réalité de nos exercices professionnels, il peut y avoir plus qu’une nuance : un gouffre. Le travail d’ingénierie réglementaire qui se déroule en ce moment, celui-là même qui doit donner corps à la loi HPST, sera-t-il fidèle au corpus législatif que, dans leur grande sagesse et au terme de nombreuses concertations, les parlementaires ont voté? Nous sommes aujourd’hui forcés d’en douter. Nous, ce sont les professionnels de santé libéraux réunis au sein de nos instances interprofessionnelles.
Des beaux principes inscrits dans la loi – et notamment cette idée d’une coopération entre les acteurs de santé libéraux autour du patient, dans une logique d’efficience médico-économique et de relais performant entre l’hôpital et la ville –, que reste-t-il ? Quand on analyse les décrets d’application que nous proposent aujourd’hui les services de l’État, on constate avec atterrement que l’ambition médico-économique s’est délitée au profit du seul facteur économique. Ce n’est pas en montant les professions les unes contre les autres que l’on obtiendra une meilleure prise en charge des patients.
Exit la coopération ! Les pouvoirs publics ne retiennent de la loi que son volet « transfert de tâches », entendu comme la possibilité de transférer vers d’autres, pour moins cher, des actes jusque-là assurés par certains. Qu’on ne s’étonne pas de la mauvaise humeur des médecins, dont on excite sans nuance la fibre corporatiste, alors même que se profilent d’importantes élections professionnelles, et que se joue la représentativité des syndicats au sein des futures Unions régionales des professions de santé. Est-il bien responsable d’attiser les incompréhensions entre prescripteurs et prescrits, dans un contexte par définition sensible ? L’État porte l’entière responsabilité de ces blocages, en opposant le silence aux propositions portées unitairement par les professionnels de santé. Ce n’est pas en montant les professions les unes contre les autres, en menaçant de confier au mieux disant financier des tâches jusque-là assumées par son voisin, que l’on obtiendra une meilleure prise en charge des patients. Les nouvelles tâches que les pharmaciens pourraient être amenés à assumer n’amputent en rien les prérogatives du prescripteur. En intervenant pour optimiser l’effet des traitements médicamenteux prescrits, sur des pathologies aussi importantes que le diabète, l’asthme ou l’hypertension, les pharmaciens ne se substituent à personne. Au contraire, ils restaurent et potentialisent l’autorité de la prescription médicale. C’est pourquoi je demande que soient définis des outils permettant rapidement à la très grande majorité des officines de s’approprier ces nouvelles responsabilités. Je demande également que les économies réalisées sur les séjours hospitaliers, grâce à l’engagement des acteurs de soins libéraux, ne se transforment pas en charges supplémentaires pour les soins de ville. L’engagement du chef de l’État – « Travailler plus pour gagner plus » – doit légitimement s’appliquer à tous les acteurs de soins de ville.
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina