n°1218
Mars 2010
Pratique
MARCHE
Tension sur les tensiomètres
Il s’en vend de plus en plus, et les prix peuvent varier du simple au double. Difficile de déchiffrer le marché des tensiomètres, en l’absence d’un cadre réglementaire.
Cherchez l’erreur : il existerait 7 à 8 millions d’hypertendus qui s’ignorent en France. Or il n’y aurait environ que 600000 autotensiomètres vendus chaque année. Résultat : seuls 25% des hypertendus en possèdent un. Ce « petit » marché est donc appelé à grandement se développer. Reprenons les chiffres : sur ces 600000 tensiomètres vendus, 340000 le sont en pharmacie et 150000 en magasins de fournitures médicales, le reste dans les parapharmacies, les grandes surfaces et… Internet. En officine, Hartmann s’affiche comme le leader, suivi d’Omron, avec 12% du marché, et la Cooper, qui en possède 10%. De fait, la France est à la traîne par rapport aux marchés américains et européens : il s’écoule 800000 tensiomètres par an en Italie pour une population identique à la nôtre.
Seuls 25% des hypertendus possèdent un tensiomètre. Elle est aussi derrière en matière de technologie : « On vend un tiers de tensiomètres radiaux pour deux tiers de tensiomètres huméraux. Alors que dans tout le reste de l’Europe, c’est l’inverse », explique Thibaud Teyssier, responsable de gamme chez Omron. Question de prix, car faute de remboursement, le choix des clients se porte sur les modèles bracelets, moins coûteux. Sans parler des médecins qui considèrent que la prise de tension est un geste médical et ne poussent pas à l’achat.
Un marché très concurrentiel
Autre tendance, le chiffre d’affaires, stable pendant une dizaine d’années, subit la crise : les fabricants ont constaté une grosse chute depuis octobre 2008. Sur le marché de l’officine, le chiffre d’affaires est passé de 18 millions d’euros en 2007 à 17,2 millions en 2009, soit une érosion de plus de 4% en valeur. La concurrence est un autre facteur : on compte plus de vingt-cinq marques en France. Avec des écarts de prix importants, notamment sur les bracelets : la grande distribution en propose à 11 euros pour des prix en pharmacie allant jusqu’à 45 euros. Sans compter que beaucoup d’acteurs « font un coup » et repartent après six mois de présence sur le marché. En officine, les groupements proposent des tensiomètres sous marque propre et les génériqueurs s’y mettent aussi. Quant aux contrefacteurs, malheureusement de plus en plus dynamiques, et aux ventes sur Internet, ils faussent carrément la partie. Concurrence rude, canaux de distribution pléthoriques… Pas facile d’y voir clair. La fabrication des tensiomètres doit rester du domaine des spécialistes. Seuls 5% des marchands, comme Omron ou Microlife, possèdent un labo de R&D et fabriquent leurs propres produits en Asie. À bon entendeur…
Jacqueline Machu
Photo : Miguel Medina
[ Nota bene ]
Les modèles de tensiomètres
• Au bras (brassard huméral)
• Au poignet (brassard radial)
• Digital (mesure au doigt)

340000 autotensiomètres sont vendus chaque année en pharmacie.
Comment choisir son fournisseur ?
Tous les experts mondiaux s’accordent à écarter les tensiomètres digitaux et les bracelets, pour cause d’imprécision. La taille du brassard est aussi à considérer : un brassard de taille trop petite surestime la pression artérielle. Il faut donc privilégier les brassards réglables. Par ailleurs, la plupart des appareils disponibles n'ont pas été testés cliniquement car aucune obligation de mesure de précision n'est exigée. La validation Afssaps, qui se fait sur la base du volontariat et de déclarations non vérifiées, ainsi que le label CE, ne présument pas de l’efficacité d’un appareil. Il existe cependant des organismes indépendants qui ont mis au point des protocoles de validation clinique, dont la British Hypertension Society (BHS). Ainsi, les marques A&D, Omron, Hartmann, Microlife, Spengler, Colson, notamment, proposent des articles ayant subi une validation clinique. Voilà qui pourra guider votre choix, en attendant une norme mondiale.