n°1218
Mars 2010
Santé
VACCINATION
les nouveaux sceptiques
Inefficacité des messages de prévention émanant des autorités de santé, politique vaccinale française cahotante…En matière de vaccination, la France est à la traîne. Explications.
La campagne de vaccination de masse contre le virus grippal A/H1N1 proposée aux Français n’a attiré pour l’instant que 8% d’entre eux. Plus globalement, si l’on regarde la couverture vaccinale de la population, celle-ci se révèle insuffisante pour certaines maladies comme la rougeole ou la grippe. Les Français auraient-ils tendance à « bouder » les vaccins en général? À qui la faute, ou à quoi? Selon Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations, l’organisme chargé de l’élaboration de la politique vaccinale sur le territoire, l’une des raisons expliquant le peu de succès de la campagne de vaccination contre A/H1N1, c’est la méfiance : « Celle-ci apparaît à chaque fois que l’on fait une campagne de santé publique un peu vaste. Plus largement, on peut dire que la population française entretient, vis-à-vis de la politique de santé menée dans notre pays, une certaine méfiance. Comme elle peut le faire d’ailleurs envers la politique en général. » Un réflexe culturel, en quelque sorte. Mais, comme il le souligne, « la polémique qui a eu lieu à propos du vaccin contre l’hépatite B, encore très présente dans les esprits, n’est certainement pas pour rien dans ce climat de doutes ». « Les mouvements anti-vaccinations contribuent à entretenir tout un ensemble de mythes dont l’importance est exagérée par rapport à la réalité ». Daniel FloretPrenons l’hépatite B, justement : en dépit des recommandations, seulement 29% des parents font vacciner leurs nourrissons; il semblerait cependant que les chiffres remontent doucement la pente. Quant à la rougeole, elle est en résurgence uniquement parce que la couverture vaccinale est insuffisante : elle est estimée, selon les départements, entre 87 et 90% à l’âge de 2 ans. Alors que le taux souhaitable est de 95 à 97%.
Maladies oubliées
La vaccination contre la grippe saisonnière pose également problème. Celle-ci continue en effet de stagner : seuls 67% des 65 ans et plus s’étaient faits vacciner fin janvier 2009, et ce malgré la mise en place d’une démarche simplifiée. Fâchés avec la vaccination, les Français ? « On ne peut pas dire cela, répond Daniel Floret. Les enfants sont bien vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, la polio, la coqueluche, l’Haemophilus, mais certains vaccins, comme ceux contre l’hépatite B, la rougeole, la grippe, posent des problèmes. »
Même parmi les Français convaincus, le message de prévention a parfois du mal à passer. Dans l’esprit de beaucoup en effet, le risque de contamination par le virus de l’hépatite B est faible, la rougeole reste une maladie bénigne de l’enfance, la grippe est sans conséquences graves sur la santé, etc. Certains perçoivent mal le « trop » grand nombre de vaccins inscrits dans le calendrier vaccinal : peur des effets indésirables ou des complications, méfiance vis à vis des adjuvants, doutes sur l’efficacité, répugnance à intervenir dans les défenses naturelles ? Des craintes d’ailleurs entretenues par les « anti-vaccinations ». « Il n’y a aucune preuve scientifique convaincante que les vaccins aient éliminé la moindre maladie infantile. » Françoise Berthoud Pour le Groupe médical de réflexion sur les vaccins, une association de praticiens suisses qui conteste, entre autres, l’utilité du ROR, le programme est déjà très chargé. D’après ses calculs, à la fin de sa scolarité, chaque enfant aura reçu près de quarante immunisations, contre une dizaine de maladies. Et déjà dix-huit, à l’âge de 6 mois ! Or, il n’est pas sans risque, selon lui, d’obliger l’organisme fragile du nouveau-né à s’immuniser contre cinq ou six maladies.
Le Groupe s’interroge, d’autre part, sur l’utilité de protéger les enfants contre des maladies bénignes ou improbables, et sur le lien possible entre vaccinations massives et précoces et augmentation d’autres maladies chez l’enfant (troubles du caractère, allergies, maladies auto-immunes, etc.). De plus, comme l’avance Françoise Berthoud, pédiatre homéopathe et membre du Groupe, « il n’y a aucune preuve scientifique convaincante que les vaccins aient éliminé la moindre maladie infantile ». Bases de ces affirmations : toutes les maladies infectieuses, même celles qui n’ont pas de vaccin, ont décru en fréquence ou en gravité au cours du XXe siècle, et il reste à prouver le rôle du vaccin dans cette décroissance, en l’absence d’études comparatives. « Des contrevérités ! s’insurge Daniel Floret. Les quelques foyers de polio qui persistent dans le monde le sont dans des régions où la vaccination est en difficulté pour des motifs idéologiques ou religieux. La vaccination contre la rougeole a réduit la mortalité due à cette maladie de 90% en Afrique entre 2000 et 2007 et les méningites à Haemophilus ont quasiment disparu des pays qui vaccinent. »
Grands méchants labos
Autre argument des « anti-vaccins » : l’influence des firmes pharmaceutiques sur les programmes de vaccination. De l’avis de Françoise Berthoud, cela ne fait aucun doute, « les lobbies sont à l’origine de la grosse machination organisée autour du virus de la grippe A, qui a fait cent fois moins de morts que la grippe saisonnière ». Pour Daniel Floret, « ces mouvements anti-vaccinations contribuent à entretenir tout un ensemble de mythes dont l’importance est exagérée par rapport à la réalité ». Pourtant il est vrai que la France a longtemps souffert de grandes maladresses dans la communication des autorités : « Pour l’hépatite B, l’arrêt de la campagne de vaccinations dans les écoles a été interprétée comme une reconnaissance de la nocivité du vaccin. Pour la grippe A, on n’a pas suffisamment expliqué que les schémas vaccinaux évoluaient en fonction des données, ce qui a contribué à entretenir la méfiance. Il conviendrait également de mieux communiquer sur la gravité réelle des maladies », analyse le chercheur. Rappelons que la rougeole reste l’une des causes importantes de mortalité du jeune enfant : en 2008, l’OMS a recensé 164 000 décès dans le monde, soit dix-huit par heure. Il reste également aux autorités de santé à mieux communiquer auprès des professionnels en contact direct avec la population. Car l’intérêt de vacciner les enfants contre certaines maladies, comme l’hépatite B, n’est pas toujours suffisamment perçu par les médecins. « L’implication des pharmaciens est une piste pour promouvoir la vaccination puisqu’ils jouent un rôle de conseil vis à vis du public », conclut Daniel Floret. Espérons que cela ne restera pas lettre morte.
Claire Grevot
Photo : Miguel Medina
Pour en savoir plus
• L’état de santé de la population en France – indicateurs associés à la loi relative à la politique de santé publique – rapport 2007.
• Enquête européenne conduite en 2004 sur la perception de la vaccination auprès du grand public européen et des professionnels de santé, par le Comité Vaccins du Leem.
• Qui aime bien, vaccine peu ! - Groupe médical de réflexion sur les vaccins (Ed. Jouvence 2009). Site internet : www.infovaccins.ch 
Le Groupe médical de réflexion sur les vaccins a calculé qu’à la fin de sa scolarité, chaque enfant aura reçu près de quarante immunisations, contre une dizaine de maladies.
Y a-t-il une exception française ?
En termes de couverture vaccinale, nous ne sommes pas plus mal placés que la plupart des autres pays, sauf en ce qui concerne l’hépatite B – 97% de couverture en Italie ou au Portugal! – ou la rougeole, qui a par exemple été éliminée en Finlande. Concernant la grippe A, la France se situe au même niveau que la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie. À l’inverse, la Suède présente 70% de vaccinés. À quoi attribuer cette différence? En grande partie à la tradition « nordique » qui est d’écouter et de suivre les recommandations des autorités sanitaires.