n°1184
novembre 2006
Santé
Alcoologie
Soutien médicamenteux à l’abstinence
Une étude conclut à l’efficacité de la naltrexone dans le traitement des personnes alcoolodépendantes. Pour accompagner au mieux ces dernières, mieux vaut bien connaître les modalités d’administration.
Contrairement à ce que la pensée collective imagine, peu de différences séparent l’alcoolisme mondain de l’addiction sévère... Au total, 2 à 3 millions de Français (5 % de la population adulte) se retrouvent dans l’impossibilité de gérer leur consommation d’alcool. Autrement dit, ils sont l’objet d’une alcoolodépendance, une affection trop souvent banalisée qui entraîne pourtant 40 000 à 50 000 décès chaque année en France. Parmi eux, moins de 20 % font une démarche pour arrêter.
Fiable et efficace
Pourquoi ce manque de motivation à consulter un professionnel ? Pour le docteur Philippe Batel, responsable de l’unité de traitement ambulatoire des maladies addictives à l’hôpital Beaujon de Clichy (92), cette situation est essentiellement due à une représentation erronée des soins : « Le traitement est présenté trop souvent comme une hospitalisation obligatoire et une interdiction totale et définitive de boire de l’alcool. » S’il n’existe encore aucun traitement qui annihile le désir de boire, les molécules existantes ont un intérêt dans le maintien de l’abstinence. Il en va ainsi de la naltrexone (Revia) et de l’acamprosate (Aotal). Parce que l’alcoolodépendance n’est pas encore considérée comme une maladie, ces molécules sont encore très peu prescrites. Pour la première fois, une étude récemment menée et publiée dans le Jama* (étude Combine) a évalué l’efficacité de l’ensemble des approches thérapeutiques, médicamenteuses et non médicamenteuses, de l’alcoolodépendance. Sa conclusion ? La naltrexone est un soutien fiable et important pour les patients alcoolodépendants en phase d’abstinence. Les patients qui l’ont reçu ont connu une amélioration significative en termes de maintien de l’abstinence et de prévention du risque de rechutes. L’acamprosate n’a lui pas obtenu de résultats aussi significatifs. Ce qu’il faut savoir sur la naltrexone ? Elle ne présente pas d’effets indésirables, associée à une éventuelle prise d’alcool. Ses modalités d’administration sont simples : un comprimé quotidien pendant trois mois, en commençant quelques jours après le sevrage. La prise doit cependant d’accompagner d’une surveillance des fonctions hépatiques et d’un dosage régulier des transaminases. L’intérêt démontré de la naltrexone est une nouvelle importante, notamment pour les professionnels de ville : en effet, un encadrement médical avec un traitement à la naltrexone peut être facilement mis en oeuvre au cabinet, donnant ainsi aux patients un accès à une prise en charge efficace de l’alcoolodépendance.
Claire Grevot
Photo Miguel Medina
* Journal of the American Medicine Association