n°1184 novembre 2006
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Actualité Exclusif Qui veut la peau des préparations magistrales?
Un projet de réglementation de l’Afssaps rendrait pratiquement infaisables les préparations magistrales réalisées à l’officine. La FSPF monte au créneau.
Cela fait deux ans que le projet de réglementation des bonnes pratiques de préparation magistrale, que ce soit en ville ou à l’hôpital, mijote sur les fourneaux de l’Afssaps. Or voilà que l’Agence vient de donner un coup d’accélérateur au dossier. Son directeur général, Jean Marimbert, entend en effet publier mi-novembre ces recommandations, qui auront dès lors force de loi pour les acteurs du dossier. Un projet a donc été adressé pour avis aux différents protagonistes – et notamment à la FSPF – en préalable à une réunion convoquée une dizaine de jours plus tard. Un délai on ne peut plus court pour analyser les 150 pages du dossier, mais qui n’a pas empêché les pharmaciens de lever quelques lièvres. Matières premières, locaux, contrôle de la préparation, échantillonnage… Le document institue des règles que seule la fabrication en petite série semble en mesure de respecter, tant elles sont contraignantes. Mais quid de la préparation magistrale, unitaire, traditionnellement pratiquée à l’officine pour une ordonnance donnée ? Faut-il, par exemple, pour chaque préparation extemporanée, que le pharmacien d’officine, conformément au projet de l’Afssaps, prélève un échantillon qu’il conservera trois ans dans ses placards ? « Cette logique de travail conviendra parfaitement aux sous-traitants, mais pas à nous ! », plaide Danièle Paoli, présidente de la commission Exercice professionnelle de la FSPF, qui précise que la préparation unitaire concerne 80 % des préparations magistrales réalisées à l’officine. « Si de telles mesures entraient en vigueur, les pharmaciens seraient dans l’incapacité de respecter les règles du jeu, et n’auraient d’autre choix que de s’adresser à des prestataires spécialisés. » Un phénomène qui desservirait le patient, sommé d’attendre plusieurs jours la dispensation de la préparation prescrite. « La continuité des soins ne serait plus assurée, déplore l’élue, et c’est tout un pan de notre activité qui disparaîtrait. » Une réponse argumentée, commune avec l’Ordre des pharmaciens, sera adressée avant le 10 novembre au directeur général de l’Afssaps, pour tenter d’infléchir le projet. On en devine déjà la teneur.

Laurent Gainza
Photo Miguel Medina
Image