n°1184 novembre 2006
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Santé Tabac Bertrand mise sur les patchs
Les récentes mesures anti tabac vont mathématiquement faire augmenter le marché de la substitution nicotinique. Aux pharmaciens maintenant de tenir leur rôle.


«Lundi j’arrête » ! Raté, le 1er janvier 2008 sera un mardi. Mais parions que ce sera l’heure de la « der des ders » pour beaucoup. C’est à cette date que la France va s’aligner sur beaucoup de ses voisins européens, en interdisant le tabac dans les hôtels, restaurants, discothèques et casinos. Un cran en dessous, le 1er février prochain, le “clope” sera banni des lieux « affectés à un usage collectif ». Histoire de ne pas laisser les fumeurs orphelins, le gouvernement se devait d’accompagner ces mesures drastiques. Au moment où les NTB et les cigarettes à l’eucalyptus, selon le Journal Officiel du 13 octobre dernier, sont interdites en officine, les pharmaciens vont se trouver confrontés à une demande croissante des patients en matière de sevrage tabagique. Demande qui augmentera doucement en 2007 avant de culminer début 2008 (voir encadré). Actuellement, quatre acteurs se partagent le marché de la substitution : Pierre Fabre (Nicopatch), GSK (Niquitin), Novartis (Nicotinell) et Pfizer (Nicorette). Ils ne peuvent que se réjouir de la future interdiction. D’autant que le ministre a écarté le remboursement des substituts à 35 %, ce qui aurait certainement impliqué un tour de vis au niveau des prix et une interdiction de publicité : les fabricants auront donc le champ libre.

Nicotine ou rien

La solution du forfait de 50 € sur trois mois – un tiers du coût total, environ – a été privilégiée par Xavier Bertrand. Cette prise en charge se fera sur présentation d’une prescription médicale. Ce qui implique que les substituts conseillés en officine ne seront pas remboursés : un petit pas en arrière dans le rôle du pharmacien ? L’avenir le dira, d’autant que les modalités de versement de cette « allocation sevrage » sont floues. Peut-être l’Assurance maladie s’inspirera-t-elle des expériences de remboursement des patchs déjà mises en place en région parisienne en 2002. A l’heure actuelle, la substitution nicotinique reste le meilleur moyen d’arrêter de fumer. La récente mise sur le marché de Champix (varénicline), dernière molécule “miracle” en date, n’a pas du tout impressionné la revue Prescrire : « Autant rester en premier choix à la nicotine, disponible sous de multiples formes et dosages ». L’Afssaps s’est de plus montrée rassurante sur leur utilisation chez la femme enceinte Ainsi, Xavier Bertrand prévoit de doubler le nombre d’utilisateurs de ces substituts, qui passeraient de 600000 actuellement à 1,2 million. Pour continuer de fumer après 2008, il faudra vraiment aimer cela.

Laurent Simon  
Photo Miguel Medina
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« Le marché pourrait atteindre 150 millions d’euros »
Vincent Cottard, président de GSK santé grand public : « Dans beaucoup d’autres pays, les mesures ont été prises de façon beaucoup plus brutale. Si l’on prend l’exemple de l’Italie, du jour au lendemain la consommation de tabac a été interdite dans les bars. Du coup, le marché de la substitution a augmenté de 50 % en un trimestre. En France, le gouvernement a apparemment choisi une solution plus graduée et l’effet sur les ventes risque d’être plus dispersé. Le début d’année 2007 devrait voir une augmentation sensible du marché, les bonnes résolutions du Premier de l’an aidant. Le deuxième coup de pouce arrivera au début 2008, quand la consommation de tabac sera proscrite dans les bars et les restaurants. La mentalité française fait que les gens ne s’y prendront pas en avance, et que seule l’interdiction effective les fera éventuellement s’arrêter. Le marché représente actuellement 80 à 95 millions d’euros : après l’interdiction, il pourrait atteindre 150 millions d’euros en fourchette haute. Chaque mesure contre le tabagisme fait augmenter le marché de la substitution : lors des dernières hausses du tabac de 2003, le chiffre d’affaires représentait 125 millions d’euros, et puis le nombre de fumeurs est reparti à la hausse. »