n°1194
novembre 2007
Actualité
Générique
Substituer malgré tout
Le générique court toujours. Malgré l’actualité, les pharmaciens doivent continuer l’effort de substitution jusqu’à fin 2007. Et après ?
L’époque héroïque du générique, c’est fini. On est passé de la baïonnette à l’arme nucléaire, avec la fameuse mesure générique contre tiers payant qui s’étend cahincaha (voir liste ci-dessous) malgré de nombreux récalcitrants. L’avenant n° 2 de l’accord Uncam-syndicats sur les génériques, récemment signé par la FSPF, en décrit d’ailleurs les modalités. Rappelons que la condition sine qua non de la signature était un moratoire sur les contrôles DGCCRF, que Roselyne Bachelot a réussi à soutirer à son homologue de l’Economie Christine Lagarde. Et que cet avenant n°2 avait été concocté parce que l’objectif de fin d’année – six points de plus de pénétration – était déjà en passe d’être atteint fin juin dernier, soit six mois avant l’échéance. Tout pourrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, s’il n’y avait les déclarations de Bertrand Fragonard, président du Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie, selon lesquelles « les pharmaciens, on les a bien achetés avec le générique » et la possible suppression des marges arrière susurrée à l’oreille présidentielle par la Commission Attali. En attendant la guerre froide, les pharmaciens continuent tout de même à substituer. Mais dans quelles conditions ? Au dernier relevé des compteurs en septembre, il y a les stars et les traînards. Parmi les premiers, l’Aude qui caracole à près de 90 %, parmi les seconds, le Bas-Rhin et le Territoire de Belfort entre autres, en dessous des 70 %. Tout comme Paris, à 68 %, qui part de très loin. On le savait déjà : le tiers payant contre générique, ça marche. La question est plutôt, est-ce que cela continuera toujours ?
2008, année charnière
Le dispositif ne fonctionne en effet que s’il y a connivence entre le pharmacien et sa caisse face au patient, sur le mode « je dois vous proposer le générique, sinon pas d’avance de frais ». Si leurs relations s’enveniment, l’officinal a toujours l’arme du droit de non-substitution. Dans les faits, certaines caisses se font de plus en plus pressantes à coups de lettres, de convocation et de menaces de sanction, alors même que la convention entre l’Uncam et la profession n’en prévoit pas ! Les 70 millions d’euros d’économies supplémentaires que réclame l’avenant n° 2, sont envisageables dès lors que les pharmaciens jouent bien le jeu de la substitution. Ça n’en sera pas pour autant évident. Pour les meilleurs, cela veut dire arriver à 84% de substitution, soit pratiquement le maximum possible, selon les dires de Frédéric Van Roekeghem, directeur de la Cnam-TS, qui reconnaît que «l’enjeu économique d’un pays n’est pas tant d’aller au-delà de 75 %, parce que, même si on vise 80 % l’année prochaine, on sait qu’on n’ira pas beaucoup au-delà (...) L’enjeu est donc autant dans l’utilisation des produits susceptibles d’être génériqués et dans la fuite à l’extérieur du Répertoire des génériques que nous constatons sur toutes les classes thérapeutiques. » Bien que signataires d’un accord censé favorisé les prescriptions de molécules substituables, les médecins s’y emploient apparemment assez mollement. L’avenir des objectifs génériques sera donc un flux/reflux du taux national : baisse suite au rebasage du Répertoire avec l’échéance de nouvelles molécules, puis nouvelle hausse grâce à la substitution par les pharmaciens. Ad libitum. Pour passer à la vitesse supérieure, il faudra inventer, élargir. Les inhalateurs pour l’asthme ou les patchs ne sont toujours pas génériquables, par exemple. En outre, une possibilité intéressante a été récemment ouverte par Jean Marimbert, directeur de l’Afssaps : il s’est déclaré favorable à la substitution des équivalents thérapeutiques. Pour cela, il faudrait qu’un répertoire soit créé, ce que les industriels risquent de voir d’un oeil vipérin. Le générique n’est décidément pas un long fleuve tranquille.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina

LISTE DES DÉPARTEMENTS PASSÉS AU
TIERS PAYANT CONTRE GÉNÉRIQUES :
● Alpes-Maritimes
● Bouches-du-Rhône
● Corse-du-Sud
● Haute-Corse
● Creuse
● Eure
● Isère
● Haute-Loire
● Pyrénées-Orientales
● Rhône
● Paris
● Yvelines
● Var
● Haute-Vienne
● Essonne
● Hauts-de-Seine
● Seine-Saint-Denis
● Val-de-Marne
● Val-d’Oise
● Guadeloupe
● Martinique