n°1194
novembre 2007
Santé
Nutrition
Du Mars à l’officine
La mise sur le marché de Cocoavia pose une fois de plus la question des alicaments. Mais cette fois, ce sont les pharmaciens qui devront trouver une réponse.
Les alicaments, ce n’est pas nouveau. Les géants de l’agroalimentaire, attentifs à leur image de marque, ne ménagent pas leurs efforts pour se racheter une conduite après avoir engraissé des générations de « couch potatoes »*. En revanche qu’un de ces géants, Mars, veuille diffuser sa nouvelle barre chocolatée en pharmacie, c’est plus nouveau et un rien provocateur. Cocoavia, sortie en 2005 au Etats-Unis, est une barre au chocolat noir, nature ou aux fruits, selon les goûts. Ce qui la différencie d’un banal Milky way ou d’un Snickers, également commercialisés par Mars, c’est son prix – 6,50 € les cinq barres, tout de même – et son argument de vente. Selon le fabricant, les flavanols contenus dans le chocolat noir de Cocoavia « contribuent au maintien d’une bonne circulation sanguine ». " Plutôt un Cocoavia qu’un Mars... Mais certainement pas tous les jours ‘‘C’est vague. Aux Etats-Unis, où les allégations santé sont moins strictement contrôlées, Cocoavia se targue également d’« aider à réduire le mauvais cholestérol ». « Les réglementations sont différentes et les Américains sont habitués aux suppléments alimentaires, se défend Koen Smalle, directeur Marketing de la division Mars Nutrition Health & Wellbeing. C’est pourquoi le produit américain est fortifié, en plus de sa teneur naturelle en flavanols de cacao, avec des stanols et de l’acide folique. Le goût du produit américain est également tout à fait différent du produit lancé en Europe ». Dès sa sortie en 2005, des voix se sont élevées pour dire que 200 calories par jour, l’équivalent de deux barres de Cocoavia « made in USA », c’était peut-être bon pour le coeur mais que, sans régime, les hanches allaient supporter 10 kilos de plus par an. Les barres françaises représentent 150 calories et Mars les recommande une fois par jour. Selon Marie-Paule Vasson, présidente de l’Association des enseignants de nutrition en faculté de pharmacie, c’est trop : « Ça pose un problème scientifique et éthique de promouvoir la consommation journalière de barres chocolatées qui auront au final un effet délétère sur la santé. Si vous devez en consommer une, alors oui, plutôt un Cocoavia qu’un Mars... Mais certainement pas tous les jours ».
Chocolat au comptoir
Quid des pharmaciens ? La diffusion de ce genre d’alicaments en officine est une première, on pourrait soupçonner Mars de se servir de la caution scientifique de la profession. Un peu comme Proactiv avait profité, avec son consentement, de la Maaf (Voir Le pharmacien n° 1180). « Les premiers retours des pharmaciens sont très positifs. Ils sont ouverts au fait qu’un industriel agroalimentaire tel que Mars, Inc. Chaque barre représente une valeur énergique moyenne de 150 calories, dont environ 10 g de lipides, 2 g de protéines, 13 g de glucides dont en moyenne 11 g de sucresouhaite élargir son portefeuille de marques avec des produits fonctionnels avec des bénéfices santé et bien-être pour les consommateurs », répond-on chez Mars, avec une belle langue de teck. Ce n’est pas l’avis de Marie-Paule Vasson, pour qui Mars se paie juste « une campagne publicitaire à moindre coût ». Et les flavanols dans tout ça ? De nombreuses études supportent l’idée d’un effet bénéfique sur la santé cardiovasculaire, ce qui est apparemment avéré. Mais la majorité de celles présentées par Mars... ont précisément été financées par Mars, ce qui n’est jamais très bon signe. Comme le souligne la nutritionniste, « les conditions de ces études n’ont rien à voir avec la façon dont ils vendent leur produit, c’est de la publicité en partie mensongère. Qu’ils donnent Cocoavia à un panel de patients dans le cadre d’une étude clinique sérieuse ! » Rappelons qu’en 2005, Mars clamait également être en discussion avec l’industrie pharmaceutique pour développer des médicaments à base de cacao contre le diabète ou certaines formes de démence. Rien de sûr, donc. Ah si, une chose : le chocolat noir, ça a bon goût.
Laurent Simon
Photo DR
* Littéralement « patates de sofa », expression désignant aux USA les personnes faisant une consommation abusive de télé, de chips et de sucreries.

Les gousses de cacao contiennent des flavanols supposés bénéfiques à la circulation sanguine