n°1214
novembre 2009
Santé
CONSEIL
Improbables grossesses
Tomber enceinte n’est pas une maladie mais c’est parfois une tuile, surtout quand on ne s’y attendait pas. Tour d’horizon des idées reçues en matière de contraception.
■ L’abstinence est le meilleur moyen de contraception.
VRAI, dans un monde où la tentation n’existe pas… En d’autres termes, proscrire le coït vaginal incite à essayer les autres : sodomie, fellation… Une étude de Pediatrics, parue cette année, est plutôt cruelle : cinq ans après avoir passé des « pactes de virginité » (très en vogue aux États-Unis), 82% des ados signataires avouaient les mêmes pratiques que leurs petits camarades, tout en utilisant comparativement moins de préservatifs. À réserver aux purs et durs.
■ On ne peut pas tomber enceinte quand on allaite.
VRAI, mais à condition de respecter des règles drastiques. La méthode de l’allaitement maternelle et de l’aménorrhée – ou Mama – suppose l’absence de règle et la nutrition au sein du bébé à la demande jour et nuit. Dans ces conditions, le taux de grossesses observé pour un allaitement de 6 mois est inférieur à 2 %. Si par hasard la maman se lassait d’être sur le pont 24 heures sur 24 auprès de bébé, on pourra utiliser des progestatifs purs, quelle qu’en soit la forme : pilule, injection, ou implant.
■ On peut retomber enceinte, une fois enceinte.
VRAI, mais cet événement appelé superfoetation est extrêmement rare : pas plus d’une dizaine de cas depuis les années 1970. Il s’agit de la fécondation de deux ovules de cycle différent donnant lieu à deux grossesses se déroulant ensemble dans l’utérus. À ne pas confondre avec la superfécondation, où deux ovules sont fécondés dans le même cycle! La situation est parfois cocasse : souvenez- vous de Mia Washington, cette mère de famille américaine qui a mis au monde cette année des jumeaux de deux pères différents, son mari… et son amant ! Les deux rapports fécondants avaient eu lieu à quelques heures d’intervalle.
■ Le stérilet rend stérile.
FAUX. Aucun cas de stérilité provoqué par la pose d’un stérilet n’a été enregistré. En revanche, il provoque parfois des inflammations.
■ Absence de règle égale grossesse.
FAUX, tout comme le fait que leur présence n’implique pas que la femme n’est pas enceinte. De nombreux exemples de ces contradictions existent : si la patiente prend la pilule, les règles entre deux plaquettes sont artificielles, elle peut donc tout à fait être enceinte. De la même façon, une parturiente peut présenter des « règles anniversaires ».
■ La pilule est la contraception la plus efficace.
Utilisée de façon optimale, VRAI, puisque le taux d’efficacité est de 99,9%! FAUX, dans la réalité : le taux de grossesses non désirées est de 6 à 8 pour 100 femmes durant les douze premiers mois, un taux d’échec équivalent aux méthodes « naturelles » ou au diaphragme et autres spermicides. La clef de l’efficacité est donc une parfaite régularité de prise. Hors stérilisation, les contraceptions les plus sûres sont les implants hormonaux.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina
EllaOne : et les pharmaciens ?
La désormais fameuse « pilule du surlendemain », qui permet une contraception d’urgence jusqu’à cinq jours après le rapport « à risques », est en vente depuis début octobre, mais uniquement sur prescription et non remboursable. Vendu au prix conseillé de 30,70 € – même si certains pharmaciens le vendent près de 40 € –, le produit n’obtiendra pas son remboursement avant mars 2010. Concernant la délivrance anonyme et gratuite aux mineures, EllaOne suivra-t-elle le même chemin que sa grande soeur Norlevo? HRA-Pharma l’espère mais ne parie pas dessus : « Il n’y a pas de démarche du laboratoire pour obtenir ce mode de dispensation », témoigne Perrine Koch, chef de gamme Santé de la femme. Mais dans la mesure où la nouvelle molécule semble plus efficace et tout aussi sûre, il y a de nombreuses raisons de le penser.