n°1214 novembre 2009
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Santé DOSSIER Dans l’imbroglio de la cosmétique bio
La mode est au vert, et la cosmétique ne fait pas exception. Comment s’y retrouver dans la multiplicité des labels bio ? Un label garantit-il le naturel d’un produit ? Pas si simple…
Souvenez-vous, il y a peu, on les trouvait exclusivement dans les coopératives bio et ils affichaient sombre mine. Aujourd’hui, ils exhibent partout leurs packagings aguicheurs et leur marché ne cesse d’augmenter : près de 300 millions d’euros en 2008, pour 180 en 2006, soit une progression annuelle de 25 à 30%. Comment expliquer cette explosion ? Marc Bonnevay, président des laboratoires Bioscreen et trésorier adjoint de la Société française de cosmétologie, plaide coupable : « Tout a commencé parce que nous avions un mal fou à concevoir des bases stables et que nous avons voulu les surprotéger. Les formulateurs proposaient des actifs déjà inclus dans un système de conservateurs ; en additionnant tous les ingrédients, on finissait par dépasser les normes. Nous nous sommes donc fait taper sur les doigts par les associations de consommateurs et les journalistes. Mais, au lieu de revenir à la raison, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Pour moi, les parabènes, utilisés avec mesure et intelligence, sont d’excellents antibactériens. » Trop tard ! Exit la chimie et tous les parabènes, éthers de glycol, phtalates, triclosan, huiles silicones… soupçonnés d’être toxiques pour l’homme ou la nature. Bienvenue aux chartes de bonne conduite ! Chaque pays d’Europe a élaboré les siennes, et le consommateur, séduit, a suivi.

Trop de labels

En attendant l’application en 2012 d’un label européen unique, il faut faire avec la complexité des labels : BDIH pour l’Allemagne, Aiab pour l’Italie, Soil Association pour le Royaume-Uni, Cosmébio Éco et Bio en France. Leurs cahiers des charges respectifs définissent une liste positive de substances autorisées, et les procédés chimiques admis pour la fabrication des matières premières. Ces bonnes pratiques sont certifiées par des organismes de contrôle reconnus et indépendants. Où l’affaire se complique, c’est qu’un groupe de fabricants, véritables institutions en matière de culture bio (Dr Hauschka, Logona, Weleda…) a développé en 2008 un standard « NaTrue » qui se veut plus exigeant. Comme un célèbre guide gastronomique, il attribue une, deux ou trois étoiles aux produits certifiés. Enfin, les cosmétiques issus du commerce équitable sont signalés par des logos spécifiques comme Fairtrade Max Havelaar ou Transfair. Néanmoins, si des différences de point de vue existent, ces chartes ont en commun de promouvoir des processus de fabrication respectueux de l’homme et de l’environnement, de bannir les substances problématiques et d’interdire les essais sur les animaux. Cela suffit-il à garantir un produit véritablement biologique ?

Le naturel selon Cosmébio-Écocert

La charte française Cosmébio-Écocert impose qu’au moins 95% des ingrédients d’une formule soient naturels ou d’origine naturelle. Que signifie ce « naturel » ? Deux points font débat : les huiles estérifiées et les eaux florales. En effet, aucune restriction ne limite les composants naturels modifiés et notamment, les huiles estérifiées, qui résultent de la chimie des acides gras. Les labos arguent, à juste titre, que la texture procurée par ces produits est plus agréable – semblable à celle des silicones bannis. Pourtant, BDIH et NaTrue limitent leur emploi à 50% au maximum de la phase huileuse. Ainsi, il suffit de comparer différents produits certifiés Écocert, pour constater de notables différences : des produits contenant une proportion élevée d’huiles végétales authentiques se retrouvent face à des produits dans lesquels ces ingrédients sont présents en infime partie. Autre souci : l’eau, classée dans la catégorie des produits naturels dans les directives de certification. En France pourtant, les eauxminérales ou de fruits sont incluses dans la part bio. Or, ces dernières, qui résultent de l’extraction d’huiles essentielles, contiennent un taux minimal d’huile essentielle de 0,5%. Autrement dit 99,5% d’eau. Dans ces conditions, il devient facile d’atteindre les quotas exigés par le cahier de charges ! Ce n’est pas le cas avec les labels NaTrue ou BDIH, et bientôt impossible avec la norme européenne Cosmos. Beaucoup vont devoir réviser leur copie.

Conservateurs et tensioactifs : peut mieux faire


La certification Écocert (comme le BDIH) autorise d’autres composants de synthèse et notamment, une sélection de conservateurs, à hauteur de 5% au maximum. Il s’agit le plus souvent d’un complexe de sels et d’acides (benzoate de sodium, sorbate de potassium, acide déhydroacétique…), et/ou d’éthanol, et/ou d’huiles essentielles : Cosmos ne les autorisera plus qu’à hauteur de 2%. Les fabricants ont donc le choix d’utiliser les conservateurs de synthèse autorisés. Les purs et durs se tournent vers les huiles essentielles, ou la vitamine E (antioxydant naturel), travaillent leurs conditionnements (pompes airless). Il y a aussi la stérilisation UHT et d’autres systèmes viendront sûrement. Reste le problème des tensioactifs utilisés dans les shampooings ou gels douches. Ici, seuls des tensioactifs d’origine naturelle peuvent être employés. Il y en a des doux comme les glucosides, les acylglutamates et de plus irritants comme l’ammonium lauryl sulfate. Les tensioactifs cocamidopropyl betaine et sodium cocoamphoacetate, autorisés par Écocert, ne le sont en revanche pas selon les normes BDIH ou NaTrue. On le voit, les exigences bio varient beaucoup d’un pays à l’autre, d’où la nécessité de mettre au point un label européen : Cosmos Standard. Tous dans le Cosmos Enfin! Après six ans de travail, les Français, Allemands, Italiens, Belges et Britanniques – soit 1000 fabricants de cosmétiques – viennent de finaliser le nouveau cahier des charges européen sur les cosmétiques naturels et biologiques, baptisé Cosmetic Organic and Natural Standard (Cosmos-Standard). La procédure de dépôt des candidatures et d’autorisations est ouverte depuis le 1er octobre, et son application pré- vue en 2012. Parmi les critères :
• au moins 95 % des ingrédients végétaux contenus dans le produit fini doivent être bio ;
• au moins 20 % du total des ingrédients doivent être bio, 10 % pour les produits moussants, lotions et produits en poudre ;
• le pourcentage autorisé d’ingrédients synthétiques passe de 5% à 2%. Le plus intéressant est qu’il intègre, pour la première fois, les principes de la chimie verte et s’inscrit dans une politique de développement durable. En définitive, comme le souligne Rita Stiens, auteur de La Vérité sur les cosmétiques naturels, la réelle quantité de part bio contenue actuellement dans un produit ne peut être identifiée à partir du label. Certains fabricants offrent à leurs clients une qualité naturelle supérieure à d’autres. Et paradoxe surprenant : de nombreux produits sans label bio contiennent une plus grande quantité d’ingrédients naturels que certains produits certifiés. En fait, c’est la mention « bio » qui focalise l’attention, alors que les produits ne contiennent le plus souvent que de 1% à 5% d’ingrédients garantis AB. En attendant une certification plus exigeante, il faut s armer de patience et détailler les étiquettes à la loupe !

Jacqueline Machu  

Photo DR
Dessin Martin Vidberg


[ Nota bene ]
Adresses utiles
• Label AB Agriculture biologique : http://agriculture.gouv.fr/
• Labels Cosmébio : www.cosmebio.org
• Écocert : www.ecocert.com/
• Label européen : www.cosmos-standard.org
• Greenpeace : www.vigitox.org
• Composition des produits : www.leflacon.free.fr 

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Comprendre la composition
Matières premières végétales La base pour la déclaration d’une matière première végétale est le nom botanique. Pour les profanes, il suffit de regarder le dernier mot du terme INCI (lnternational nomenclature of cosmetic ingredients) après le nom latin. Et savoir que les proportions d’ingrédients sont détaillées par ordre décroissant :
• « oil » pour les huiles végétales et les huiles essentielles ;
• « extract » pour les extraits de plantes;
• « water » ou « distillate » pour les eaux végétales ;
• « butter » pour le beurre végétal ;
• « wax » pour les cires. Ingrédients naturels modifiés
• Les huiles estérifiées : caprylic/ capric triglyceride, dicaprylyl ether, decyl olive esters octyldodecanol.
• Les produits hydrolysés ou hydrogénés : noms INCI commençant par hydrogenated et hydrolyzed, comme hydrogenated palm glyceride ou hydrolyzed wheat protein. Tensioactifs doux
• À base de sucre, ils contiennent le terme de glucoside.
• Les acylglutamates apparaissant sous le terme de glutamate. Tensioactifs irritants autorisés par Écocert • Ammonium lauryl sulfate.
• Sodium lauryl sulfate.
• Cocamidopropyl betaine. Les conservateurs synthétiques autorisés • Benzyl alcohol. • Dehydroacetic acid.
• Potassium sorbate.
• Sodium benzoate.
• Sorbic acid. À noter, un nouveau symbole sur les emballages indique la date limite de consommation une fois le produit ouvert : le dessin d’un pot de crème sur lequel est indiqué un chiffre suivi de M pour mois.

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À SAVOIR À l’index !
• Les produits issus de la pétrochimie.
• Les silicones.
• Les OGM.
• Les traitements ionisants.
• Les tests sur les animaux.
• Les ingrédients d’origine animale comme la lanoline, sauf issus de la ruche et du lait. • Les engrais, les pesticides dans les matières premières végétales.
• Les procédés chimiques polluants.
• Les emballages non recyclables.  

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Le bio made in France
Née en 2002, Cosmébio est une association regroupant plus de 200 fabricants de cosmétiques naturels, avec plus de 4000 produits certifiés. Son cahier des charges est certifié par l’organisme indépendant Écocert, lui-même agréé par un ensemble de ministères (Agriculture, Pêche, Économie, Finances et Industrie), et donne naissance à deux labels : COSMÉBIO-ÉCOCERT logo BIO Minimum 95 % d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle (hormis l’eau) :
• ingrédients issus de l’agriculture biologique : minimum 10 % du total des ingrédients (eau comprise) ;
• ingrédients issus de l’agriculture biologique : minimum 95 % des ingrédients certifiables (certifié AB). Maximum 5% d’ingrédients de synthèse (liste positive) :
• emballages recyclables. COSMÉBIO-ÉCOCERT logo ÉCO Minimum 95 % d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle (hormis l’eau) :
• ingrédients issus de l’agriculture biologique : minimum 5% du total des ingrédients (eau comprise) ;
• ingrédients issus de l’agriculture biologique : minimum 50 % des ingrédients certifiables (certifié AB). Maximum 5% d’ingrédients de synthèse :
• emballages recyclables.
   

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