n°1214
novembre 2009
Actualité
EDITO
Les épines du PLFSS
La vie syndicale nous apprend à nous défier par-dessus tout des promesses, qui n’engagent souvent que ceux qui y veulent bien y croire. Comme chaque année, nous avons vu arriver avec un soupçon d’angoisse le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale, prélude à un marathon parlementaire de plusieurs semaines, qui accouche bien souvent d’amendements-surprise qu’il convient de pister minute par minute, et de combattre le cas échéant. Or, cette année, nous avions reçu du cabinet de notre ministre de la Santé la garantie que l’officine, pour une fois, ne serait pas directement concernée par le prochain PLFSS. Ni en bien ni en mal. Bref, un PLFSS « blanc », qui n’apporterait à notre profession sinistrée ni oxygène ni coup de grâce.
Or, de jour en jour, ce PLFSS dévoile l’étendue des menaces qu’il fait directement peser sur notre économie. Il y a déjà les 460 millions d’euros de baisses de prix, mesure qui, si elle n’est pas directement dirigée contre notre marge, n’en a pas moins des effets directs sur nos recettes. De jour en jour, ce PLFSS dévoile l’étendue des menaces qu’il fait directement peser sur notre économieOn connaissait également l’intention du gouvernement de créer un nouveau taux de prise en charge de 15 % pour les médicaments à service médical rendu faible. Or, voilà que la Mutualité française appelle ses adhérents à ne pas prendre en charge ces mêmes médicaments, au motif que ce nouveau taux de prise en charge n’aurait « aucun sens » ! Un mouvement d’humeur qui fera entrer près de 500 millions d’euros d’économie dans les caisses de ces derniers, mais qui fera de facto passer de 100% à 15% la prise en charge totale de ces médicaments pourtant indispensables au confort de vie de millions de Français. En corollaire, nul doute que ce passage à 15% se traduira, pour la profession, par des pertes de recettes égales aux économies réalisées par l’Assurance maladie ! Une fois de plus, le médicament est bel et bien conçu comme une vulgaire variable d’ajustement, au mépris du poids économique de nos professions et de leur apport à la richesse nationale.
Outre ces ponctions insidieuses, que nous chiffrons à quelque 128 millions d’euros pour la profession, nous avons un autre motif d’inquiétude, et il est de taille : un amendement déposé fin octobre sur le bureau de l’Assemblée nationale propose de permettre aux maisons de retraite, pour « retrouver des marges de manoeuvre financières », de mutualiser la fonction de prestation pharmaceutique, et donc de pouvoir partager les services d’une même pharmacie à usage intérieure! Ce projet est en contradiction flagrante avec ce qui nous avait été présenté, lorsque fut introduit dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale un amendement visant à réintroduire le médicament dans le forfait de soins des Ehpad. Au contraire, le cabinet de Valérie Létard, alors secrétaire d’État aux Personnes âgées, nous avait assuré qu’il convenait de pérenniser la place des pharmaciens d’officine dans ces établissements, ce qui est d’ailleurs le sens des expérimentations actuellement menées dans 360 maisons de retraite. Pour les 5000 officines activement impliquées auprès des résidents en Ehpad, un tel amendement représente une lourde menace, et une forme de trahison proprement inacceptable. La FSPF continuera à suivre pas à pas ce PLFSS en discussion, et à combattre pied à pied toute tentative visant, intentionnellement ou pas, à porter de nouveaux coups à notre réseau. À nos représentants politiques, je pose aujourd’hui la question suivante : au moment où l’on nous demande de nous impliquer dans de nouvelles missions, est-ce vraiment la meilleure manière de mobiliser les énergies ?
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina