n°1214
novembre 2009
Santé
ORL
Le froid a bon dos !
Suffit-il d’éviter les courants d’air pour ne pas « attraper un rhume »? Et, comment se fait la transmission ? Bousculons quelques idées reçues…
En anglais, rhume se dit cold. En français, on parle souvent de « refroidissement ». Est-ce à dire que le froid est responsable des rhumes ? Vieux débat, qui prend racine sur un constat évident : c’est en hiver que le nez coule et que la toux survient. Pour en avoir le coeur net, des chercheurs britanniques (Cardiff) ont mis les pieds dans le plat. Ils ont payé 90 étudiants pour qu’ils immergent leurs pieds dans des seaux d’eau froide, pendant 20 minutes. Deux jours plus tard, 14% d’entre eux avaient contracté un rhume, contre 5% dans le groupe témoin, resté pieds au chaud. Utiliser des mouchoirs à usage unique permet d’éviter la contamination.
Les chercheurs en ont d’abord déduit que le froid, en rétractant les vaisseaux sanguins du nez, diminuait l’efficacité des barrières contre rhinovirus et autres coronavirus. En poussant les investigations un peu plus loin, ils se sont aperçus que les étudiants soumis à un bain d’eau froide souffraient en général d’un plus grand nombre de rhumes chaque hiver. Conclusion inattendue, mais indiscutable : certaines personnes sont plus sensibles au rhume que d’autres ! Reste que, si nous contractons plus de rhumes par temps froid que par temps chaud, c’est tout simplement parce que nous passons plus de temps à l’intérieur qu’à l’extérieur, confinés dans un air surchauffé et sec, qui assèche la muqueuse du nez, empêchant les cils d’éliminer la poussière et les agents infectieux de l’air inspiré. Comme le résume le Dr Catherine Huber, qui exerce au centre Alfred-Fournier de Paris, « à la campagne, on souffre moins de rhumes. C’est plutôt une maladie urbaine due à la promiscuité et à la pollution ». Les conseils viennent d’euxmêmes : humidifier l’air, humidifier les narines grâce à des solutions salines, sortir et faire de l’exercice…
Transmissions simples et croisées
Le risque de contagion est à son maximum environ deux jours après la contamination. Les virus pénètrent dans le nez pour aller infecter les membranes nasales, s’y fixer et se multiplier. Ce sont les gouttelettes produites lorsque quelqu’un tousse ou éternue, qui favorisent cette transmission. " Le rhume est plutôt une maladie urbaine. " Catherine Huber, médecin à ParisMais pas uniquement. Car ces diables de germes demeurent contagieux une fois excrétés de l’organisme, pendant quelques heures. Si, après avoir touché à un objet contaminé (poignée de porte, jouet…) on porte ses doigts à son nez ou qu’on se frotte les yeux, c’en est fait ! Les virus atteignent le nez en passant par les canaux lacrymaux. Il est aussi possible que les doigts soient contaminés par des sécrétions nasales et tout s’enchaîne : une personne se mouche, puis elle serre la main d’une autre personne, qui se frotte les yeux avec ses doigts. Il y a mille et une façons de s’enrhumer. Se laver les mains pendant 30 secondes, utiliser des mouchoirs à usage unique ; ne pas toucher son nez, ni ses yeux, ni son visage en général, permettront d’éviter nombre de contaminations.
Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
[ Nota bene ]
Plus de 200 virus différents peuvent provoquer des rhumes : le rhinovirus est à lui seul à l’origine de 40 % d’entre eux. 
Au comptoir : éviter les complications
Avant de proposer le schéma classique – traitement de la fièvre et de la douleur, décongestionnant nasal, sirop antitoux –, il faut se rappeler que le rhume présente un danger chez les sujets à risque : asthmatiques, insuffisants respiratoires, ainsi que chez les enfants, les personnes âgées, les fumeurs. Assurez-vous donc que la personne ne fait pas partie de ces catégories. Ensuite, demandez depuis combien de temps elle souffre de ses symptômes : au-delà de dix jours, conseillez une visite médicale. A-t-elle de la fièvre ? Au-delà de 39 °C, pensez à une surinfection, surtout en cas de signes associés – larmoiement, douleurs auriculaires, toux, mal de gorge, céphalées, acouphènes : ils peuvent évoquer rhinite allergique, otite, angine ou sinusite. Enfin, poser la question des traitements en cours permet de ne pas dispenser des médicaments à la pseudoéphédrine aux hypertendus, par exemple.