n°1214 novembre 2009
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Actualité Polémique La pharmacie de la discorde
Il y a un mois, les pharmaciens lillois ont été confrontés à l’ouverture d’un concurrent d’un nouveau genre : une officine ouverte non-stop. Avancée pour les patients ou menace pour la permanence des soins ? 
Le 28 septembre, après neuf mois de travaux, la pharmacie des Halles, à Lille, a rouvert, affublée du qualificatif « Grande ». Et pour cause : ses ambitions ont été décuplées et sa surface, quasiment quintuplée. Placée sur une artère passante, à proximité d’un hôpital, l’officine est désormais ouverte 24 h/24, 7 jours sur 7. Une fois ses portes fermées, à 22 h, elle ouvre son guichet pour la nuit. « Tout était prévu depuis trois ans », indique Camille Dumetz, cotitulaire, associée à Pierre Mélard depuis mai 2008, après avoir été son adjointe. Leurs motivations? Le service rendu et une position centrale – « c’est plus rassurant pour les jeunes femmes la nuit ». Autrement dit, simplifier la vie des patients. « Notre offre vient compléter le système de gardes. Ayant prévu le stock adéquat, on arrive à répondre à la plupart des demandes », ajoute la jeune titulaire, qui s’étonne de la levée de boucliers suscitée par cette initiative. « On n’a pas compris cette réaction, certains pharmaciens lillois étaient bien soulagés de nous confier leurs gardes. D’autant que nous sommes en règle vis-à-vis de l’Ordre. »

Gardes déstabilisées


De fait, cette première régionale a été mal accueillie par la plupart de leurs confrères lillois, la plupart d’entre eux criant à la concurrence déloyale et craignant, à terme, une déstabilisation des gardes. Président du syndicat départemental, Dominique Gaudet indique ainsi avoir reçu trente-trois lettres de pharmaciens demandant au syndicat d’intervenir. En signe de protestation, une vingtaine de pharmacies lilloises ont laissé leur croix verte allumée toute la nuit du 28 septembre.
Il s’interroge sur le non-respect d’un arrêté préfectoral du 28 juin 2004 qui oblige les commerces ouvrant leurs portes le dimanche à fermer au moins un jour par semaine. Échaudé, l’élu syndical a saisi le conseil régional de l’Ordre (Crop), l’Inspection de la pharmacie et le préfet. Sa crainte ? Qu’au final, tout le système de garde de l’agglomération lilloise se trouve déstabilisé, « soi-disant dans un intérêt de santé publique ». Si l’Inspection « s’est contentée de rappeler que les pharmaciens ne peuvent pas abandonner leurs gardes », le Crop « va s’intéresser de plus près à l’affaire afin que cette pharmacie cesse d’empiéter sur le service de garde, obligatoire pour toutes les pharmacies », indique l’élu syndical, qui a été reçu le 20 octobre au cabinet du préfet. Il ne s’agit pas de demander la fermeture de l’officine, mais qu’un arrêté soit rédigé « afin que la pharmacie n’ait le droit d’ouvrir la pharmacie que dans le cadre du service de garde officinale ». La requête est à l’étude.

Fanny Rey
Photo Miguel Medina
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