n°1193 octobre 2007
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Santé Bénévolat Osez l’aventure humanitaire
Retrouver sa vocation première de professionnel de santé, être sur le terrain, au plus près des malades, et (re)prendre toute la mesure de son utilité. Voilà ce que propose l’association Ar Mada, à travers sa dizaine d’expéditions annuelles à Madagascar.
« Nous accueillons toutes les bonnes volontés prêtes à vivre une aventure professionnelle et humaine hors du commun. » C’est ainsi que Christian Gros, président d’Ar-Mada, résume l’esprit de son association, dont le nom évoque les allersretours (« AR ») réguliers de professionnels de santé bénévoles entre « Mada » (gascar) et la France. Sur le terrain, deux semaines durant, il s’agit de mener des « expéditions humanitaires itinérantes à visée médicale », dans des régions où l’accès aux soins est quasiment inexistant. Sous la houlette d’un chef de mission, Ar-Mada permet à un groupe d’une vingtaine de professionnels de santé – des médecins, pour l’essentiel, auxquels se greffent au gré des missions des infirmières, sages-femmes, gynécologues, dermatologues, kinésithérapeutes, dentistes, ophtalmologistes et pharmaciens – de délocaliser ponctuellement leurs compétences sans entraver leurs activités professionnelles habituelles. Et de goûter au plaisir de travailler ensemble, de se concerter en faisant tomber les clivages traditionnels, bien loin des consultations en cabinet ou du conseil au comptoir. « Tout est fonction des disponibilités de chacun. On part avec les compétences qu’on a », indique Christian Gros. Mais un constat s’impose : malgré un important turn-over, les pharmaciens sont sous-représentés, alors que leur rôle sur place s’avère fondamental. « Nous manquons cruellement de pharmaciens, notamment pour répondre aux besoins en substitution, très importants », souligne-t-il.

Des pathologies parfois spectaculaires
A chaque mission, 2 000 à 3 000 consultations sont dispensées dans les villages, à même le sable, en brousse et dans des lieux reculés, les bénévoles se déplaçant en bateau sur les fleuves ou les canaux de l’île, et, sur terre, en char à zébus et en taxibrousse. Une fois arrivée à Tananarive, la capitale, la mission se scinde en deux. Un premier groupe descend le fleuve Tsiribihina, à l’ouest de Madagascar. Les stocks de médicaments sont confinés dans une pièce avant d’être triés et acheminés par voie fluviale, maritime et terrestre. Pour le second, cap vers l’Est en 4X4 jusqu’au village de Mananjary avant de remonter en bateau le canal des Pangalanes. Ainsi répartis, les bénévoles sillonnent l’île pour dispenser des soins médicaux et assurer des campagnes de vaccination lors de consultations. L’occasion aussi de diffuser des messages de prévention et d’éducation sanitaire, notamment en matière de contraception. Un rôle primordial, alors que depuis trois ans, « plus aucun médecin ne veut s’isoler en brousse », comme le rappelle Christian Gros. Sur place, il s’agit aussi de prodiguer des soins d’urgence face à des pathologies parfois spectaculaires, comme la tuberculose avec écrouelles, la lèpre, la bilharziose, des dermatoses très étendues et autre éléphantiasis, qui représentent près de 15 % des consultations. Et qui rappellent, si besoin était, que l’Ile rouge figure parmi les pays les plus pauvres de la planète.

Suivi sur le long terme

Association médicale reconnue par l’Ordre des médecins de Madagascar, Ar-Mada bénéficie d’un accord avec le ministère de la Santé malgache et du soutien financier et logistique des laboratoires Médiflor. L’approvisionnement en médicaments – parfois insuffisants ou inadaptés face à des pathologies inexistantes en Europe – est assuré par les laboratoires, par les apports des volontaires et par la Centrale humanitaire médico-pharmaceutique de Clermont-Ferrand. « A la base de départ, les stocks de médicaments sont confinés dans une pièce fermée », explique Christian Gros. Sur place, ces médicaments sont triés, répartis dans des cantines, chargés sur un bateau, récupérés sur la berge, puis transportés à destination avec les moyens locaux. « Il est déjà arrivé qu’on se retrouve en rupture, sur certaines missions », ajoute le fondateur de l’association. Depuis janvier 2000, 47 missions itinérantes se sont succédées, totalisant plus de 44 000 consultations. « Quand une mission rentre, une nouvelle repart trois semaines après », indique-t-il, ce qui permet d’instaurer un réel suivi médical sur le long terme. Plus de 500 personnes se sont déjà laissées tenter par cette aventure humanitaire. Pourquoi pas vous ?

Fanny Rey
Photo DR

* Hors juillet et août, où les tarifs sont majorés de 300 à 500 euros, le coût global de la mission revient à 1 600 euros par personne, déductible en frais professionnels pour les libéraux. Pour les salariés, ces frais sont partiellement défalqués de leur déclaration de revenus. Pour connaître le calendrier des prochaines missions (complètes jusqu’à fin 2007) : www.ar-mada.asso.fr ou Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir


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Pharmacienne dans le Gard, Anne Amphoux a pris part à une mission d’Ar-Mada en juin dernier
(voir encadré).


« Une vraie utilité sur place »
Anne Amphoux, pharmacienne adjointe
 
Pour elle, l’aventure a eu un petit goût de retour aux sources. « Mon père, médecin, est né à Madagascar, où il n’était jamais retourné », explique Anne Amphoux, pharmacienne de 35 ans. Jusqu’à sa rencontre avec Christian Gros, qui l’a décidé à y retourner. « Il m’en a parlé, et j’ai été enthousiasmée par ce projet », ajoute cette petite-fille de Malgache. En septembre 2006, décision est prise de partir. Le 3 juin, père et fille atterrissent à Tananarive, avant d’entamer leur périple sur le fleuve Tsiribihina, mission la plus « spartiate », sans eau ni sanitaires, où le bivouac est de mise. Qu’importe, la saison sèche (l’hiver local) est propice à l’expédition. « Tout le monde arrive avec son lot de médicaments pour approvisionner la “pharmacie’’ locale. Grâce à Cyclamed, j’ai pu récupérer pas mal de médicaments que j’ai apporté là-bas. Dommage qu’on n’ait pas été assez informé en amont sur les pathologies saisonnières, notamment en pneumologie. » C’est dans ce lieu de stockage, puis lors des étapes dans les villages, que la présence d’un pharmacien prend tout son sens. « On doit tout trier par classe thérapeutique, puis conditionner les médicaments dans des cantines que l’on charge sur des bateaux ». A chaque halte, les médicaments sont transportés à destination par char à zébus. Sur place, dans l’école du village ou tout autre local transformé en centre de soins pendant quelques heures, « on déconditionne tout : on fait à l’économie ». Une tâche effectuée de concert avec les infirmières présentes. « En tant que pharmacien, on a une vraie utilité sur place, une valeur ajoutée en ce qui concerne la substitution générique ou pour remplacer un médicament manquant par un autre de la même classe thérapeutique. »
Perfectible, l’expérience l’a enthousiasmée. « J’aimerais bien repartir et effectuer l’autre itinéraire. La prochaine fois, je penserai à apporter d’autres médicaments, notamment en pneumologie, et des petits flacons dont on manque toujours pour les déconditionnements. » Côté organisation, rien à redire. « Les bénévoles sont bien encadrés : tout est fait pour nous faciliter la vie. Même si, modère-t-elle, en saison des pluies, cela doit être plus
aléatoire. »