n°1193
octobre 2007
Actualité
Edito
Monopole de droit, monopole de fait
Chaude, la rentrée ! Les pharmaciens ont été replacés bien involontairement au coeur de l’actualité et dans le débat politique, suite aux propos offensifs du chef de l’Etat à l’endroit de professions accusées de bénéficier de « rentes de situation ». Les pharmaciens se sentent réellement floués, eux qui voient l’économie de leur officine à la peine avec des chiffres d’affaires en régression et des marges qui s’essoufflent. Le monopole de droit et de compétence qui a été octroyé à notre profession par la puissance publique a permis la constitution d’un réseau de proximité remarquable, qui est plébiscité par la population. Que veut-on au sommet de l’Etat ? La transformation de ce monopole de droit en un monopole de fait, qui ruine les efforts des indépendants au profit de quelques grands groupes qui n’ont aucun souci de santé public. Attention ! Si on laisse tomber les médicaments à prescription non obligatoire dans l’escarcelle de la grande distribution, l’équilibre déjà fragilisé des officines en souffrira et, rapidement, on aboutira à une contraction du réseau : la santé n’est pas un simple bien marchand, et quand le mécanisme sera enclenché, il sera déjà trop tard.
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Les franchises sur les remboursements posent également problème. Certes, elles contribueront au financement de l’Assurance maladie et on ne peut s’y opposer à un moment où les dépenses dérapent sans qu’on puisse indéfiniment augmenter la pression des prélèvements sur les salaires. Il est légitime pour les pouvoirs publics de chercher d’autres modes de financement, et celui des pathologies nouvelles est particulièrement vorace en termes budgétaires. Nous devons être cohérents, nous qui plaidons depuis des années pour des évolutions réalistes de l’Objectif national des dépenses d’Assurance maladie. Le problème est que, une fois de plus, nous sommes placés en première ligne ! Prélever auprès de chaque patient 50 centimes à la boîte revient à 2 euros sur une ordonnance moyenne de 4 boîtes, ce qui n’est pas rien. D’autre part, cette franchise induit une disparité entre les assurés sociaux : les petits consommateurs seront mis à contribution, ainsi que les malades polymédicamentés. En tout état de cause, l’officine n’a pas vocation à jouer le rôle de percepteur de taxes. Nous sommes les hommes – et les femmes – du médicament, et il serait temps que les pouvoirs publics nous laissent exercer sereinement ce métier dont les hautes exigences au service de la santé de nos concitoyens n’entretiennent qu’un lointain rapport avec le confort des rentiers.
Philippe Berthelot
Directeur de la rédaction
Membre du Bureau national de la FSPF
Photo Miguel Medina