n°1193
octobre 2007
Actualité
Interview
L’officine au cœur du débat
PLFSS, franchises Sarkozy, monopole pharmaceutique... Valérie Boyer, qui vient d’être nommée secrétaire nationale en charge des questions de santé à l’UMP, fait le point pour Le Pharmacien.
Philippe Douste-Blazy avait promis en 2004 le retour à l’équilibre de la Sécu pour cette année. Son successeur avait lui assuré plus modestement qu’il y aurait un retour vers l’équilibre. Nous sommes en 2007, le déficit est identique : que faire ?
Même s’il y a eu un redressement en 2005/2006, la branche maladie a de nouveau dérapé. L’exercice est très compliqué. Nous avons un objectif : ne pas faire peser le poids de nos dépenses sur les générations futures. Le gouvernement a une volonté forte : cela commence par le remboursement par l’Etat de ses dettes à la Sécu mais passera aussi par la création de nouvelles recettes. La nouvelle franchise dont nous allons discuter les modalités ne fera pas de miracles, mais à besoins nouveaux, recettes nouvelles, compte tenu de la démographie. Il faut bien prendre des mesures pour assurer le niveau de protection actuel de notre Sécurité sociale. Je remarque d’ailleurs que les critiques viennent surtout sur la forme, pas sur le fond. Nous attendons les propositions des autres partis, et, pour l’instant, il y en a peu. Les modalités de mise en place de la franchise ne sont pas encore arrêtées, et toutes les idées seront les bienvenues.
La TVA sociale, présente dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy, était pourtant une idée nouvelle pour les cotisations sociales. Et les sommes qu’elle aurait rapportées auraient été bien supérieures à celles des franchises, à peine 850 millions d’euros. A-t-elle été complètement abandonnée ?
La TVA sociale n’est plus d’actualité, le gouvernement a décidé de prendre le temps de la réflexion. On ne peut tout de même pas demander à Nicolas Sarkozy de mettre en place l’intégralité de son programme dans les quatre premiers mois de son mandat, c’est un mauvais procès qu’on lui fait. On reproche souvent au président de la République d’aller trop vite : cette fois ce n’est pas le cas. Le projet n’est pas enterré mais repoussé.
Lors de l’installation de la Commission Attali le 30 août dernier, Nicolas Sarkozy a parlé de la «rente de situation » des pharmaciens. Le lendemain, le président a déclaré à Michel-Edouard Leclerc, qui rapporte ses propos dans son blog, vouloir s’attaquer aux « entraves à la concurrence, aux numerus clausus ». Comment interpréter ses dires ?
La commission Attali a été mise en place pour travailler sur la croissance, l’emploi et la compétitivité des entreprises. Toutes les professions réglementées y seront passées en revue, dont la pharmacie. Mais il faut se rappeler que nous ne vivons pas dans un monde clos ni figé, la mondialisation est en marche. Néanmoins, toutes les évolutions envisagées le seront avec la profession. Nicolas Sarkozy a pris des engagements forts avec les pharmaciens, qui a un rôle de pivot dans l’offre de soins, une mission importante d’accueil et de conseil. Personne ne peut ignorer que l’officine propose des biens pas comme les autres mais encore une fois le monde évolue : DMP, traçabilité... Personne ne peut rester dans sa petite boîte. Tout le monde est attaché au pharmacien en termes de santé publique et pour leur rôle dans le développement des génériques. Je me souviens qu’au début de sa carrière, Roselyne Bachelot s’était opposée à la vente de médicaments en dehors du giron des professionnels de santé.
On parle plutôt ici de la vente de médicaments de type OTC en dehors des officines...
Dans les pays où cela se passe, je ne crois pas qu’il y ait de problèmes majeurs de santé publique. D’autant que la parapharmacie est déjà disponible dans la grande distribution. Mais je le répète, rien ne se fera sans consultation. Notre credo à l’UMP est de discuter de tous les sujets sans tabous avec les professionnels de santé, qu’il s’agisse du capital des officines ou des gardes.
Question subsidiaire : le DMP semble au point mort. Changement de nom, siphonnage d’une partie de ses fonds… Reste-t-il une priorité ministérielle ?
Oui ! Pour y avoir participé durant ma vie professionnelle, le DMP est une idée forte et populaire : le gage d’une vraie modernisation du système. En revanche, sa mise en place était trop complexe et mal organisée. En annonçant une ouverture du DMP pour 2010, Roselyne Bachelot a annoncé un calendrier réaliste : le pilotage du DMP va redevenir national pour lui redonner une coordination qui manque. Deux missions d’information ont également été montées, l’une à l’Assemblée nationale, dirigée par Jean-Pierre Door, l’autre conjointe entre l’Igas et l’Inspection des finances. Même s’il est trop tôt pour le dire, il faudra certainement lui allouer des fonds supplémentaires.
Propos recueillis par Laurent Simon
Photo Miguel Medina
Catherine Lemorton, pharmacienne, députée PS de la 1ère circonscription de la Haute-Garonne
« On a tendu le bâton pour se faire battre »
« Qu’il s’agisse de dénoncer des rentes de situation, du souhait plus ou moins affiché de Nicolas Sarkozy de s’attaquer au numerus clausus, d’ouvrir le capital de l’officine, de mettre fin au monopole et de supprimer le système des marges arrière : tout cela s’inscrit dans une vision comptable du système de soins. Nous avons affaire à une droite décomplexée, qui cherche par tous les moyens à ce que les soins coûtent moins cher à la Sécu, en favorisant l’automédication et les déremboursements de médicaments, ces derniers permettant à l’État de se mettre 3,4 % de plus dans la poche [passage de la TVA de 2,1 à 5,5 %, NDLR]. Ce système est à revoir, c’est une certitude. Dans le cadre de la Mecss (Mission d’évaluation et de contrôle de la Sécurité sociale), nous avons demandé qu’un groupe d’études sur la fiscalité du médicament soit mis en place. Quant au fait d’instaurer un forfait à la boîte, c’est scandaleux ! Ajouté aux déremboursements, cela risque de pousser les personnes aux revenus modestes mais ne bénéficiant pas de la CMU à se passer de soins ou à attendre d’être très malades avant de se soigner, ce qui, au final, coûtera plus cher à la collectivité. On ne peut pas prôner la prévention pour diminuer les dépenses de soins et faire en sorte que les plus modestes n’y aient pas accès. Le comble, c’est que Roselyne Bachelot fait culpabiliser les gens, lorsqu’elle déclare : “Quelle est la personne qui ne peut pas payer 4 euros par mois sur des objectifs aussi importants ? ’’ Du point de vue du pharmacien, la gestion de ce forfait va poser problème, techniquement parlant, les logiciels n’étant pas prêts, d’autant que la mise en place des franchises va se télescoper avec l’entrée en vigueur du DMP. Par ailleurs, ce forfait à la boîte va pousser les patients à privilégier les grands conditionnements, ce qui sera préjudiciable pour la marge des pharmaciens. On est en train de raisonner uniquement sur l’axe commercial. Si l’on suit la logique actuelle, aura-t-on toujours les moyens d’assurer la permanence des soins, de s’investir dans des réseaux ? En renvoyant depuis une trentaine d’années une image de commerçants, la profession a donné au gouvernement tous les arguments pour s’attaquer à la pharmacie, certains ayant perdu de vue qu’ils étaient des spécialistes du médicament. Formation négligée, place excessive de la parapharmacie... A laisser dériver certains membres de la profession, on a tendu le bâton pour se faire battre. Fort heureusement, nous sommes une large majorité à remplir notre mission de santé publique. J’en veux pour preuve les 92 % de Français satisfaits du service rendu... Cela suffira-t-il à arrêter les propos délétères et méprisants de monsieur Sarkozy à notre encontre ? »
Propos recueillis par Fanny Rey

Valérie Boyer, secrétaire nationale chargée des questions de santé à l’UMP