n°1193 octobre 2007
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Actualité Monopole « Rentes » : la profession réplique
Monopole, propriété, réseau… En réaction aux propos offensifs – et offensants – du chef de l’Etat, la Fédération annonce son intention de défendre pied à pied les fondamentaux de l’officine.
Depuis la rentrée, ces deux phrases alimentent la colère des pharmaciens. « Il faut supprimer les barrières qui existent dans différentes professions réglementées. On va aller encore plus loin : il faut mettre fin à des rentes de situation que rien ne justifie aujourd’hui ». En s’adressant le 30 août dernier aux membres de la commission Attali, nommés pour réfléchir aux moyens de relancer la croissance économique, le chef de l’Etat a-t-il vraiment mesuré ses propos ? Le fait est qu’aucun rectificatif n’a, depuis lors, été émis par l’Elysée. Or, les pharmaciens, qui détestent qu’on les compare à des épiciers, tolèrent encore moins qu’on les traite de rentiers. Réunis le 20 septembre à la Maison des pharmaciens pour y annoncer le contenu du prochain Congrès national des pharmaciens*, les représentants de la FSPF, de l’APR et de l’Utip, ont évidemment commenté la tirade présidentielle. « Les nombreux pharmaciens que nous rencontrons dans nos soirées de formation continue vivement très mal ces attaques, car ils ont le sentiment de faire beaucoup pour la collectivité », témoigne Philippe Gaertner, président de l’Utip, qui estime que « nous devons aujourd’hui, plus que jamais, nous serrer les coudes ». Pierre Leportier, président de la FSPF, trouve de son côté « parfaitement insultant de s’entendre dire qu’on bénéficie d’une rente de situation quand on assure une importante mission de santé publique. D’autant plus insultant que notre profession a su s’adapter à tous les grands enjeux auxquels elle a été confrontée, et qu’en portant à bouts de bras le générique, elle a été un vecteur essentiel de changements de comportements de la population vis-à-vis des dépenses de santé ».

Révolutionnaires

Et pour répondre au procès en immobilisme qu’on intente généralement aux rentiers, le président de la FSPF n’y va pas par quatre chemins : « La pharmacie a souvent fait sa révolution, et notamment sa révolution informatique au service d’une meilleure gestion des remboursements par l’Assurance maladie avec SESAM-Vitale, A l’issue de la visite du centre commercial Leclerc de Bois d’Arcy, Nicolas Sarkozy et Michel-Edouard Leclerc ont fait une brève apparition dans la pharmacie de la galerie marchande. ou plus récemment avec la mise en oeuvre du Dossier pharmaceutique pour une meilleure efficience du parcours de soins. La pharmacie est aussi la seule profession de santé à avoir bâti une permanence de soins véritablement efficace, ou encore à s’être formée à des défis professionnellement aussi imposants que les sorties de la réserve hospitalière. » Aujourd’hui que la réglementation du secteur est remise en question – sans que l’on sache très bien si le président visait le monopole de dispensation, la propriété de l’officine ou la répartition démogéographique – la Fédération prévient : « Grâce à ces trois fondamentaux, notre système s’est lentement construit depuis soixante ans pour répondre parfaitement aux besoins de la population. Les gouvernants successifs ont eu la sagesse de laisser se structurer ce réseau, et il serait inconcevable qu’on vienne aujourd’hui y porter atteinte, alors même que les besoins des Français en matière de santé vont aller crescendo ». Selon Pierre Leportier, « il est certain que la moindre altération du monopole de dispensation, la moindre entorse au principe de propriété de l’officine par un pharmacien, auraient pour effet de disloquer ce réseau. Dans un environnement économique déjà très tendu, toute initiative de ce type aurait pour conséquence immédiate de déstabiliser les plus faibles des officines, dans des quartiers et dans des territoires ruraux où elles occupent un rôle crucial ».

La croissance ? Chiche !

Au-delà des « propos malheureux » du chef de l’Etat, le président de la Fédération estime qu’« il appartient à la profession de s’interroger sur les objectifs fixés à la Commission Attali, à savoir la libération de la croissance ». Dans cette optique, Pierre Leportier lance deux pistes de réflexion : – faciliter l’accès à la propriété pour les adjoints, dégager des moyens pour créer de nouveaux emplois et créer de nouvelles possibilités d’évolution pour les préparateurs ; – impliquer la profession dans de nouveaux services aux patients en renforçant le pharmacien dans son coeur de métier. Des pistes que les pharmaciens auront la possibilité d’explorer ensemble lors du Congrès national des pharmaciens, les 13 et 14 octobre prochains à Saint-Malo, en présence de la ministre de la Santé. Et l’occasion pour la profession de démontrer ses atouts et de réfléchir à ses missions, avec quelques grands témoins de la vie publique. « J’invite très solennellement les membres de la Commission Attali à venir au Congrès pour voir comment fonctionne la profession et le rôle qu’elle entend prendre dans la relance de la croissance française », annonce Pierre Leportier. Et pour le cas où la démonstration et le dialogue seraient insuffisants à convaincre la puissance publique, le président de la FSPF prévient : « Nous défendrons jusqu’au bout le modèle officinal français et nous attendons de nos dirigeants qu’ils fassent de même. En cas de menace sur le service que nous rendons à nos concitoyens, nous n’hésiterions pas à alerter directement les quatre millions de Français qui franchissent chaque jour les portes de nos officines ! »

Laurent Gainza
Photo Miguel Medina

* Congrès national des pharmaciens, les 13 et 14 octobre prochains, à Saint-Malo. Programme complet joint à ce numéro du Pharmacien. Infos et inscriptions en ligne : www.congresdespharmaciens.org

Les pharmaciens en colère appellent à la mobilisation
Le blog mis en place l’an dernier par la Chambre syndicale des pharmaciens de l’Hérault (www.pharmaciensencolere.fr) s’était massivement investi dans la campagne présidentielle, relayant comptes-rendus de rencontres, réponses de candidats et réactions de pharmaciens. Le revirement soudain de Nicolas Sarkozy sur la question de l’officine n’y est évidemment pas passé inaperçu, et l’équipe du blog, emmenée par Frédéric Abecassis (photo), lance aujourd’hui un appel à la mobilisation. « Depuis les déclarations du chef de l’Etat sur « les rentes de situation » et « les monopoles de fait », en totale contradiction avec ses promesses de campagne, la colère des pharmaciens ne fait que s’amplifier », observe le président de l’Hérault. Il invite donc l’ensemble de ses confrères à venir « faire entendre la voix du peuple pharmaceutique » sur le site, dont la nouvelle version vient d’être mise en ligne.


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De gauche à droite : Albin Dumas, secrétaire général de l’APR, Philippe Pignard, président du Congrès national des pharmaciens, Pierre Leportier, président de la FSPF, et Philippe Gaertner, président de l’Utip.

Une étrange visite
Une heure à arpenter le centre commercial Leclerc de Bois d’Arcy, dans les Yvelines. Et une minute passée entre les murs de son officine. Le 31 août dernier, la visite-éclair de Nicolas Sarkozy aura laissé à Dominique Rambaud, co-titulaire de la pharmacie, une impression étrange. Point de propos menaçants pour la profession, mais une ambiance un peu tendue. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’attitude de Michel-Edouard Leclerc, son mot malheureux. Il est arrivé en nous présentant comme ses "concurrents", avant de se rattraper en citant un exemple de bonne entente entre une pharmacie et un centre Leclerc… » Nicolas Sarkozy se serait contenté d’une tirade sur sa détermination à « libérer les forces du travail, afin que tous les Français puissent accéder à un emploi ». Rien sur les marges arrière ou le numerus clausus. La démarche était pourtant loin d’être désintéressée : « Michel-Edouard Leclerc tenait à lui présenter la pharmacie de son centre. Réformer la loi Galland, il attend ça avec impatience ! » Nicolas Sarkozy, qui a entamé le processus de réforme de cette loi lorsqu’il était ministre des Finances, aussi. Sur son blog*, l’héritier de l’empire de la grande distribution livre sa version des faits. Lors de sa visite à la pharmacie de la galerie, « Nicolas Sarkozy en a profité pour dire qu’il allait s’attaquer à toutes les entraves à la concurrence, aux numerus clausus. Situation cocasse. Luc Chatel [secrétaire d’Etat à la consommation et au tourisme, NDLR] commence à évoquer le prix des médicaments de confort. Le pharmacien qui n'était pas prévenu ne semble pas trop "voir venir" mais commence à s'interroger sur ce qui va lui "tomber dessus". Mais ouf, le président a déjà changé de sujet : " Ça fait dix ans qu’on dit qu’il faut plus de taxis à Paris, faudrait peut-être commencer à planifier l’ouverture de ce marché... Il faut s’attaquer aux rentes, à toutes les rigidités. La Commission Attali doit tout balayer, j’essaierai de reprendre un maximum de propositions". Ce n’est qu’une fois sorti de l’officine que, répondant aux journalistes, le chef de l’Etat « a confirmé son souhait de supprimer les marges arrière. Non plus progressivement, comme on avait commencé à le faire avec la réforme Dutreil, mais totalement, dès le prochain projet de loi. L’ambiguïté reste dans la forme que prendra le dispositif : puisque tantôt il parle de "suppression totale des marges arrière", tantôt de "réintégration des marges arrière dans les prix"… Ce qui n’est pas la même chose. »
Fanny Rey