n°1204
octobre 2008
Actualité
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Marge ou grève
Les pharmaciens encaissent mal l'annonce de nouvelles ponctions dans le PLFSS 2009. Plus qu’une inquiétude, la situation économique du réseau suscite aujourd’hui l’angoisse de la profession.
Les pharmaciens sont-ils au bord de la crise de nerfs ? Le soutien affiché par Roselyne Bachelot lors du Congrès des pharmaciens (1) n’y a rien fait : la pilule du PLFSS 2009 ne passe pas. Malgré les quelques avancées arrachées à Deauville, l’étau ne se desserre pas sur l’économie officinale et cela, les pharmaciens ne le supportent plus. Un climat suffisamment tendu pour que Philippe Gaertner ait cru bon d’adresser un signal à la ministre de la Santé : « Est-il besoin, comme nombre d’entre nous me le suggère, de rééditer le mouvement de grève de substitution de 2005 pour obtenir l’écoute de l’Etat ? ». Grève, le mot est lâché. Cette réflexion visait particulièrement la politique du générique, mise à mal dans le rapport de la Cour des comptes. "Facile de tirer sur un lapin en cage pour lui prendre sa carotte" Mais le vent de fronde qui souffle parmi les pharmaciens va bien au-delà. « Véritablement, témoigne Philippe Besset, président de la commission Economie de la FSPF, on sent une pression très forte de nos confrères, qui ne supportent plus d’être attaqués sur leur économie. Il y a quelques années, on entendait certains râler parce que notre taux de marge baissait, alors même que notre rémunération en euros suivait, elle, une pente normalement ascendante. Mais aujourd’hui, c’est différent : de nombreux pharmaciens se rendent bien compte que nous subissons une véritable baisse de marge en euros, ce qui correspond à une authentique régression économique. » Sur les forums de discussion en ligne, la rancoeur est palpable. « Il y a 20 ans, quand j'ai commencé pharma, je ne savais pas que j'allais exercer une profession de bénévole humanitaire... sauf que je ne vis pas d'amour et d'eau fraîche, et qu'à part mes revenus, tout a augmenté en 20 ans... », ironise sur le forum de la FSPF un pharmacien du Berry. Une titulaire parisienne, elle, constate que «de nombreux pharmaciens nous ont contacté pour nous faire part de leurs difficultés. A ce jour, une dizaine de pharmacies déposeraient le bilan sur Paris. » Un titulaire rhodanien dénonce : « Je ne comprends pas cette politique d'étouffement... Facile de tirer sur un lapin en cage pour lui prendre sa carotte ».
Ras le PLFSS
Ce nouveau projet de loi de financement de la Sécu n’épargne pas les pharmaciens. Il faut dire qu’après les mesures distillées ces douze derniers mois (lire encadré ci-contre), qui viennent s’ajouter à trois ans de baisse des revenus, la profession tire la langue. L’effort demandé à la pharmacie d’officine pour le PLFSS 2009 a été chiffré par la Fédération à près de 13 000 euros par officine. Un effort proportionnellement « treize fois supérieur à celui demandé aux établissements de santé, s’indigne Philippe Gaertner, le cumul de l’ensemble des mesures prises depuis 2006 fait déjà de notre branche l’un des plus gros contributeurs aux économies à ce jour ». « En 2008, analyse Philippe Besset, il y aura eu 300 millions d’euros en moins sur les résultats de l’officine et, en 2009, on s’oriente vers une nouvelle baisse de 330 millions. Ce constat tient compte de tous les paramètres de notre économie : les remises commerciales, les marges sur le non-remboursable, la parapharmacie, les produits de la LPP, l’évolution des charges de l’officine… Imaginez ce que cela représente pour des jeunes titulaires qui ont acheté leur officine ces dernières années et qui doivent déjà soustraire 12 000 euros de leur prévisionnel en 2008, et bientôt 25 000 en 2009. S’ils s’étaient accordé une rémunération annuelle de 30 000 euros, c’est 5 000 euros qu’il leur restera pour vivre. A moins qu’ils ferment leur officine, bien sûr. » Tout cela, bien évidemment, n’est pas du goût des syndicats : « Il est inadmissible qu’on veuille encore s’attaquer à la marge du réseau », explique Jean-Marc Yzerman, conseiller économique de la FSPF. D’autant que la réalité économique est beaucoup plus sombre que ce qu’en perçoivent les services de l’Etat : « On a expliqué à Roselyne Bachelot que les chiffres avancés ne correspondaient pas à la réalité, et l’avons convaincue de remettre tout cela à plat ». Résultat : syndicats et Direction de la Sécu ont passé au crible l’ensemble des recettes et des dépenses de l’officine, histoire avant toute chose de se mettre d’accord sur l’état des lieux. « L’évolution de certains postes a été sousestimée, à l’exemple des patchs nicotiniques, qui n’ont pas du tout connu l’essor escompté, ou des contraceptifs oraux, maintenant génériqués, et qui ont entraîné une perte de marge », poursuit Jean-Marc Yzerman. Surtout, c’est l’envolée des charges de l’officine qui plombe la facture. D’où cette demande faite à Roselyne Bachelot par le président de la FSPF, lors du Congrès de Deauville : « La situation économique ne permet plus à nombre de nos confrères d’attendre plus longtemps. Dans l’urgence et sans préjudice des discussions en cours, je vous demande instamment de ne pas prendre de mesures de baisse de marge mais d’envisager, au contraire, une réévaluation du seuil de la première tranche de 22,90 à 27 euros ». Une revendication que les pharmaciens défendront dans les semaines qui viennent, dans un climat plus tendu que jamais. « Nous sommes conscients de la dégradation des comptes sociaux, concède Philippe Besset, mais il faut que l’Etat comprenne que l’excellence du service que nous rendons à la population est aujourd’hui menacée. A lui d’en tirer les conclusions. »
Laurent Gainza
(1) lire notre compte-rendu intégral en milieu de magazine
Un an de galères
Après des années de vaches maigres, l’année 2008 portait l’espoir d’une amélioration économique pour l’officine, ou du moins d’un répit. Il n’en a rien été. Retour sur ces mesures qui ont plombé l’économie officinale, avant même les annonces du PLFSS 2009.
■ Suppression des marges arrière : 150 millions d’euros.
■ Déremboursements du mois de janvier : 80 millions.
■ Grands conditionnements, boostés par la LFSS 2008 : 60 millions. Initialement limité aux sartans, aux IEC et aux statines, le champ d’application de cette mesure a été étendu unilatéralement.
■ Baisse de marge des grossistes répartiteurs, très rapidement répercutée au travers d’une baisse des remises accordées.
■ En septembre, nouvelles mesures sur le générique : décote de 55 % par rapport aux princeps, nouvelle baisse du prix du générique et du princeps à 18 mois, annonce de nouveaux TFR : une économie de 85 millions d’euros pour l’Assurance maladie.
■ Enfin, pour les pharmaciens d’Outre-mer, et en plus de toutes ces mesures, une baisse de marge représentant, pour une officine moyenne, plus de 10 000€ annuels.

i la lettre ouverte adressée aux syndicats le 8 octobre par le collectif des Pharmaciens en colère (PEC) et la réponse que leur a faite Philippe Gaertner, président de la FSPF.
“ Il est évident que le moral est bas et que les pharmaciens crèvent d'envie de laisser éclater leur ras le bol.
■ Oui, nous nous sommes sentis persécutés par ces rapports successifs, rédigés à charge, par des auteurs mal intentionnés, mal informés, inconscients des répercussions de leurs tripatouillages intellectuels et idéologiques sur un système qui a fait ses preuves au service de la santé publique.
■ Oui, nous nous sentons laissés pour compte, quand après maintes consultations (Egos, missions nouvelles, loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires ») aucun rôle n'est retenu pour le pharmacien, superbement ignoré.
■ Oui, nous sommes désemparés de voir la Commission européenne vouloir nous entraîner dans le tourbillon fou de l'ultralibéralisme financier, dont le vrai visage s'offre à nous actuellement à longueur d'articles ou d'émissions télé.
■ Oui, nous sommes écoeurés que l'on veuille porter l'estocade financière à une profession qui ne cesse de contribuer aux efforts nécessaires de redressement des comptes sociaux, année après année et souvent davantage que bien d'autres. Les pharmaciens crèvent d'envie de laisser éclater leur ras le bol Tout ceci, nous le ressentons durement. Alors quoi ? Il ne reste qu'à trouver ensemble la meilleure façon de le faire savoir. Les concertations, les campagnes d'affichage ont montré leurs limites et il est plus que temps d'organiser une action forte. Ce pourrait être une manifestation à Paris un dimanche avec nos équipes, une grève des gardes, une grève des génériques ou encore une fermeture pure et simple de nos officines pendant quelques heures ou plus si besoin, ainsi qu'une manifestation devant le ministère ou l'Assemblée nationale. Aussi, nous comptons sur vous, les syndicats, pour vous unir et nous vous demandons instamment d'appeler la profession à se rassembler sans plus attendre. Nous, les PEC, sommes prêts à relayer votre action comme nous avons soutenus toutes les campagnes dans notre intérêt à tous et pour la survie de notre profession."
Le collectif des Pharmaciens en colère
La réponse de Philippe Gaertner
"Chers confrères,
Votre message a retenu toute mon attention. Je n’ai pas manqué d’intervenir, notamment à la Commission des comptes de la Sécurité sociale devant les ministres Eric Woerth, Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot et Nadine Morano pour exprimer l’incompréhension des pharmaciens et leur refus des multiples rapports et de l’avalanche des mesures économiques prises sur l’officine. Notre profession a toujours rempli ses engagements et représente l’un des plus gros contributeurs aux économies de santé. Restons vigilants ensemble et prêts à réagir Ces charges successives constituent un véritable acharnement. A Deauville, à l’occasion de notre congrès annuel, j’ai rappelé à Mme Bachelot que l’économie de l’officine est de plus en plus tendue depuis 2006, en particulier depuis le début de cette année, avec une baisse significative des unités vendues et de la marge. Je vous assure de mon entière mobilisation ainsi que celle de tout mon Bureau à la défense des intérêts, en particulier économiques, des officines. Restons vigilants ensemble et prêts à réagir contre toute mesure directe sur la marge – qui serait inacceptable – ainsi que sur l’intégration des médicaments dans le forfait de soins des Ehpad.
Bien confraternellement,"
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France