n°1204 octobre 2008
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Actualité Automédication le libre accès à reculons
Constat mitigé et premières fausses notes pour l’OTC devant le comptoir. La mesure peine à convaincre pharmaciens et patients. 
Défendu par les plus optimistes qui mettent en avant des arguments centrés sur le renforcement du rôle du pharmacien mais suscitant par ailleurs la crainte d’une banalisation de ces spécialités de « médication officinale », le libre accès reste aujourd’hui, près de quatre mois après sa mise en place, au stade des balbutiements. On estime qu’à peine plus de 20 % des officines se sont engagées dans cette mutation... et déjà bon nombre de dérives sont constatées. Une récente enquête menée en septembre( 1) dans trente officines de grandes villes révèle que « l’espace libre accès comporte systématiquement soit des médicaments non autorisés en libre accès, soit des produits de parapharmacie devant se trouver dans un autre espace ». Les pharmaciens ont en effet développé un espace qui leur semblait plus « cohérent » pour les patients avec une offre de médicaments de même catégorie ou de catégorie proche, mais absents de la liste des quelque 220 médicaments autorisés. « La liste actuelle reste trop restrictive, ce qui est dommageable pour la mise en place du dispositif, souligne André Kuypers, président des commissions Exercice professionnel et Affaires rurales et vétérinaires à la FSPF. C’est un point que la Fédération avait signalé en amont de la publication du décret, ainsi que les difficultés pratiques et conceptuelles de mise en oeuvre et l’hostilité de la plupart des pharmaciens vis-à-vis de cette mesure ».

Repenser l’aménagement

Les officinaux les plus convaincus pensent que le libre accès « s’inscrit de facto dans la démarche qualité de l’officine », « renforce le conseil pharmaceutique et permet d’en améliorer la qualité », « améliore la lisibilité et la transparence sur les prix souhaitées par les patients » ou encore, ainsi que le prône l’Afipa(2) « va permettre de responsabiliser le patient en lui offrant la possibilité d’être acteur à part entière de sa santé ». A peine 20 % des officines se sont engagées dans cette mutation
et déjà bon nombre de dérives
 sont constatées
D’autres font preuve d’un enthousiasme plus modéré en soulignant que le pharmacien doit vérifier que le médicament choisi par le patient est adapté à son besoin, doit l’orienter vers un autre médicament le cas échéant et doit engager une démarche de conseil spécifique. Car ainsi que Philippe Gaertner, président de la FSPF, n’a pas manqué de le rappeler à plusieurs reprises, «le libre accès n’est pas synonyme de libre-service mais doit respecter la logique d’accompagnement du patient ; pour que le dispositif fonctionne, les pharmaciens doivent impérativement y souscrire ». A juste titre, certains jugent essentiel que les patients ne se laissent pas tromper par l’appellation « médication officinale », car ce sont des médicaments comme les autres, dont certains ont des contre-indications et des effets indésirables potentiels. Les réticences à la mise en place du libre accès sont de plusieurs ordres avec, le plus souvent en première ligne, la nécessité de repenser l’aménagement de l’officine, ce qui demande du temps et doit se faire sans précipitation. L’argument de la visibilité des prix n’est pas forcément décisif « puisqu’elle est déjà effective pour les médicaments OTC derrière le comptoir » et nombre de pharmaciens sont inquiets car « certains médicaments sur la liste sont loin d’être anodins », « le libre accès augmente le risque de mésusage et de surconsommation » ou encore puisque « certains patients n’acceptent pas que le pharmacien remette en cause leur choix, ce qui rend notre mission très délicate ». Les plus sceptiques avancent que le dispositif « n’a pas de justification en termes de santé publique » et « fragilise le rôle du pharmacien ».

Le paradoxe de la lisibilité

Côté patients, l’engouement n’est pas encore au rendez-vous. L’enquête citée plus haut indique que les patients « n’ont pas intégré la zone de libre accès dans leurs habitudes d’achat » et que la grande majorité (84 %) préfère demander conseil au pharmacien. La mise en « concurrence » de médicaments comparables incite logiquement à une plus grande attention sur les prix. Cette problématique avait été soulevée par la Fédération et il apparaît aujourd’hui que les patients ne comprennent pas pourquoi les médicaments en accès libre – donc à prix libres – sont plus chers que les médicaments remboursables – et donc à prix encadrés – restés derrière le comptoir. Ils ressentent et expriment que « ce qui est devant est cher ». Ce qui entâche quelque peu l’image du pharmacien... C’est tout le paradoxe de la lisibilité des prix. Et la justification technique de ces écarts de prix n’est pas nécessairement simple à exposer au patient.

Un maître mot, le temps


On l’aura compris, le dispositif de libre accès ne fait pas l’unanimité... Les pharmaciens reconnaissent pourtant que sa généralisation est inéluctable, à plus ou moins court terme, après avoir intégré deux aspects indissociables et nécessaires à sa réussite. Sur le plan matériel, une réorganisation optimale et efficace de l’officine doit être pensée pour déjouer les écueils du libre accès. En parallèle, un revirement conceptuel, tant pour le pharmacien que pour les patients, doit s’installer puisque, historiquement, il a toujours été interdit au pharmacien de placer le médicament « devant le comptoir ». Dans un cas comme dans l’autre, il faut du temps. « En outre, le contexte économique actuel mobilise une grande part de l’attention des pharmaciens, qui n’ont que peu de temps à consacrer à la transformation de leurs officines, constate André Kuypers. Je tiens cependant à rappeler que la Fédération accompagne la mise en place du décret pour garantir que cette mesure s’inscrit bien dans le respect du rôle et des missions du pharmacien. Pour l’heure, la mesure est trop récente pour en faire ne serait-ce qu’un premier bilan et aucune étude économique fiable n’a encore été engagée. Des enquêtes préliminaires semblent indiquer que les prix auraient déjà baissé, mais il est très prématuré d’en tirer des conclusions. D’ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une baisse des prix des médicaments d’automédication avait déjà été constatée il y a un an, bien avant la mise en place du dispositif de libre accès. » Le maître mot de cette petite révolution de l’exercice reste pour le moment le temps nécessaire pour modifier et adapter la configuration des locaux, pour s’imprégner du concept et roder le système. C’est sans nul doute le gage de son succès futur.

Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

(1) Mise en place du libre accès de l’OTC en officine : les premiers résultats – Médian Conseil.
(2) Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable  A peine plus de 20 % des officines se sont engagées dans cette mutation et déjà bon nombre de dérives sont constatées  Les patients ne comprennent pas pourquoi les médicaments en accès libre sont plus chers que les médicaments remboursables restés derrière le comptoir.
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Les patients ne comprennent pas pourquoi les médicaments en accès libre sont plus chers que les médicaments remboursables restés derrière le comptoir.

Le libre accès en bref
■ Il repose sur un double volontariat : celui de l’industriel qui dépose une demande auprès de l’Afssaps puis celui du pharmacien.
■ Sont concernés les médicaments à prescription facultative (potentiel de 3 000 médicaments pour un CA d’environ 350 millions d’euros). Une liste de « médicaments de médication officinale », évolutive et fixée par l’Afssaps, doit être respectée.
■ Les médicaments sont présentés dans un espace dédié, clairement identifié et à proximité immédiate du comptoir.
■ Les prix sont libres et affichés.
■ Une seule boîte de chaque médicament peut être vendue.