n°1204
octobre 2008
Actualité
Edito
A bout de souffle
Les nombreux observateurs, représentants politiques, experts présents à Deauville lors de notre Congrès national, l’auront tous constaté : c’est sans langue de bois, sans a priori, avec audace et ouverture que les pharmaciens s’inscrivent dans l’avenir. Sur les nouveaux services à la personne, sur l’éducation thérapeutique du patient, sur la formation continue et sur bien d’autres pistes d’excellence : nous sommes là. Cela posé, ne nous voilons pas la face : les immenses défis qui se préfigurent en termes de santé publique ne pourront être relevés que si nous en avons la capacité et les moyens. Or, c’est aujourd’hui un réseau économiquement exsangue qui se présente aux Français. La qualité est là, toujours, mais pour combien de temps ? Depuis le début de l’année, les volumes sont en baisse de 4,6% du fait des franchises ; la marge sur les médicaments remboursables est, quant à elle, en baisse de 1,7 %. L’officine n’en finit plus de perdre les moyens de sa politique et, comme si cela ne suffisait pas, on nous annonce de nouvelles mesures de ponction dans le PLFSS 2009 ! Je l’ai dit à notre ministre lors de sa venue à Deauville : « Toute mesure directe sur les moyens des officines, c’est à dire sur la marge, serait prise par la profession comme un casus belli ». Rendons aux mots leur sens précis : un casus belli, c’est un acte susceptible de déclencher une guerre. J’assume cette formulation. C'est aujourd'hui un réseau économiquement exsangue
qui se présente aux Français J’ai également dit à Madame Bachelot le degré de colère, d’amertume, d’incompréhension que soulevait au sein de la profession l’attitude des pouvoirs publics, des services de l’Etat, des experts « officiels ». Une attitude qui conduit, année après année, mois après mois, à une lente asphyxie économique du réseau. La Fédération a obtenu qu’un débat contradictoire mette face à face les données produites par l’Etat sur notre économie et celles que nous avons collectées. Il ne fait aucun doute que la vérité des chiffres parlera. Il appartiendra alors aux autorités d’acter l’état de fragilité des officines et de tirer les conséquences qu’engendrerait la poursuite d’une politique mortifère pour le réseau. Je forme le souhait que notre ministre ne fera pas l’erreur commise par certains qui confondent remboursement, chiffre d’affaires, marge brute, bénéfice et revenu disponible. Alors que la profession a rempli ses engagements contractuels sur les génériques et qu’elle s’est impliquée dans un programme de suivi des patients au travers du Dossier pharmaceutique il serait regrettable – pour ne pas dire irresponsable – de stopper maintenant les progrès engagés. Il n’est plus temps de transiger : nous avons consenti d’énormes efforts ces dernières années, nous avons permis que soient dégagées d’énormes économies pour la collectivité... Que veut-on de plus ? Une rétraction du réseau le revolver sur la tempe ? Une chute de notre qualité de service, faute de moyens pour nous former, pour rémunérer nos équipes, pour maintenir un réseau de proximité ? Il faut que la raison revienne dans le débat, et que les pouvoirs publics redonnent de l’oxygène à la profession. Tout de suite.
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina